Fille ou garçon ?

Lu sur Citrouille : « De comment être une fille ou un garçon sans adhérer aux modèles dominants, à comment être soi-même quand son sexe n’est pas son genre… Première partie d’une chronique qui en comporte deux – 2e partie publiée demain – Chronique parue dans le n°64 de Citrouille, avril 2013.
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L. Edelman, L’impossible homosexuel. Huit essais de théorie queer

Parution livre

Information publiée le lundi 23 décembre 2013 par Marc Escola

sur : Fabula.org

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L’impossible homosexuel – Huit essais de théorie queer
Lee Edelman

DATE DE PARUTION : 20/06/13 EDITEUR : Epel COLLECTION : Grands classiques érotologie ISBN : 978-2-35427-028-5 EAN : 9782354270285 PRÉSENTATION : Broché NB. DE PAGES : 356 p.
Candidat à l’intégration sociale, l’homosexuel est devenu une figure du possible, un personnage respectueux et respectable, un citoyen normal. Lee Edelman fait bien plutôt valoir que, paria politique et social, emblème du gaspillage, de la non-productivité et du non-sens, l’homosexuel est nécessairement et fatalement impossible. En présentifiant ainsi et pour tous l’impossibilité comme telle subvertit le privilège jusque-là réservé à l’hétérosexualité de s’ignorer elle-même.

L’oeuvre d’Edelman a suscité la colère d’une droite homophobe autant que celle d’une gauche bien-pensante.

 
Les 8 questions que les queers palestinien.ne.s ne veulent plus entendre [Electronic Intifada]
Publié par
sur : yagg
«Est-ce que tous les Palestiniens ne sont pas homophobes?», «Est-ce que se battre pour les droits des LGBT n’est pas plus urgent que le pinkwashing?»,… Les réponses de l’organisation LGBTQ palestinienne Al-Qaws.

Ghaith Hilal, un militant LGBT palestinien a répertorié une série de questions fréquemment posées aux LGBTQ en Palestine, une façon de mettre un terme à certaines interrogations, mais surtout à certains préjugés:

«Vous devez penser que le but principal d’un groupe de militant.e.s queers en Palestine comme nous dans Al-Qaws devrait être de toute évidence la tâche sans fin de démanteler la hiérarchie sexuelle et du genre dans la société. C’est le cas. Mais on doit penser autrement, au regard des questions récurrentes que nous recevons lors de nos lectures et de nos événements, ou des interrogations de la part des médias et d’autres organisations internationales. Nous souhaitons y mettre fin une fois pour toutes. Éduquer les gens sur leur propre privilège n’est pas notre fardeau. Mais avant que nous annoncions que nous nous retirons de cette mission, voilà les huit questions qu’on nous pose le plus souvent, et leurs réponses définitives.»

Petit aperçu des questions et réflexions déconstruites par Ghaith Hilal: «Est-ce qu’Israël n’offre pas aux queers palestiniens un refuge?», «Est-ce que tous les Palestiniens ne sont pas homophobes?», «Comment gérez-vous votre pire ennemi, l’Islam?», «Y’a-t-il des Palestinien.ne.s out?», «Pourquoi n’y a-t-il pas d’Israélien.ne.s dans Al-Qaws?», «J’ai vu le film sur les homos palestiniens (Invisible Men/Bubble/Out In The Dark) et j’en ai beaucoup appris sur votre lutte», «Est-ce que se battre pour les droits des LGBT n’est pas plus urgent que le pinkwashing?», «Pourquoi utilisez-vous les termes de « l’Occident » comme LGBT ou queer pour décrire votre lutte? Comment répondez-vous à cette critique?». À lire sur Electronic Intifada.

 

Les bears sont de mauvais poil

Cette communauté homosexuelle déplore que le concept soit désormais devenu fourre-tout.

à lire sur : slate

 
Une conversation avec deux travailleuses du sexe

Lu sur Alliance féministe solidaire : Intéressante conversation avec deux travailleuses du sexe qui s’assument – et elles sont loin d’être minoritaires comme beaucoup trop sont portés à le croire; elles sont souvent comme ça, groundées, fortes et connaissant leurs limites – avec une intervieweuse respectueuse, mais qui demeure prise dans ses idées préconçues et opinions personnelles. « Ce que vous dites discrédite ce que moi je pense et ressens. » Moi, moi, moi, alors qu’il ne s’agit pas d’elle soupir. Ce n’est pas pour toi le travail du sexe, ok? Elles parlent de relations avec des clients vs un amant, d’intimité, de consentement et du manifeste des 343 salauds.
Voir la vidéo ici

 
Prostitution en Suède : des voix discordantes PDF Imprimer Envoyer

 

En 1999, la Suède interdit à un homme ou à une femme d’acheter du sexe. On peut continuer à vendre du sexe, mais on ne peut plus en acheter. On peut se prostituer, mais on ne peut pas être client.

La loi est adoptée dans la foulée d’un plan d’action visant à lutter contre les violences liées au sexisme, la prostitution étant perçue comme un mode particulier de domination de l’homme sur la femme.

Il faut dire qu’à l’époque, aucune association LGBT n’est consultée. Seule la prostitution féminine est dans le collimateur du gouvernement suédois. On ne parle à aucun moment des hommes, ni des trans.

Les effets de la loi ? Sur la prostitution en elle-même, personne ne le sait vraiment. Un rapport de 2010 pointe une diminution du nombre de prostituées de rue, mais le sexe tarifé ne se cantonne pas aux vitrines et au racolage. La prostitution est multiforme et s’articule autour de relations interpersonnelles qui échappent au recensement et à toute forme de criminalisation. De plus, la démocratisation de l’accès à l’Internet permet, bien plus qu’en 1999, aux prostitué-e-s et aux clients de se rencontrer à l’abri de l’inquisition policière.

Car c’est une des conséquences de la loi. L’allocation des moyens aux services d’ordre pour traquer les clients se fait au détriment des services de prévention et d’accompagnement : éducateurs de rue, accompagnement médical, services sociaux,…

 

C’est ce que dénonce notamment la RFSL[1] par la voix de sa présidente, Ulrika Westerlund, pour qui la loi rate son objectif. Il n’y a, à ce jour, aucune preuve scientifique de l’efficacité de la criminalisation du client sur l’éradication de la prostitution.

La RFSL a interrogé des hommes, des femmes et des personnes trans qui se prostituent. Les résultats sont clairs, tranche Ulrika Westerlund. Malgré la loi, les travailleur et travailleuses du sexe qui ont répondu n’ont pas de problème à trouver des clients.

La loi aurait donc surtout des effets pervers, notamment celui d’augmenter la précarité de ces hommes et de ces femmes pour qui la prostitution fait partie des rentrées financières. La pression policière joue, à cet égard, un rôle désastreux.

 

Cette approche du gouvernement suédois, sans solide base scientifique, est également dénoncée par des travailleurs du sexe. L’une d’entre elle, Pye Jacbsson, revient sur les dysfonctionnements de la loi suédoise dans une vidéo postée sur Youtube (en anglais).

La loi s’appuie sur l’idée qu’aucun acte de prostitution n’est volontaire. Et que donc, tous les travailleuses et travailleurs du sexe sont des victimes, explique Pye Jacbsson. Si vous proclamez que vous n’êtes pas une victime, alors on vous dira que vous vous voilez la face (dans le texte : false consciousness), et si vous insistez pour dire que c’est votre choix, alors on vous dira que vous n’êtes pas représentative. Mais en fait, je suis très représentative. J’ai  la cinquantaine, je suis suédoise et je travaille à l’intérieur. Une travailleuse du sexe dans la moyenne en somme.

De plus, la loi est floue. Elle condamne la rétribution sous forme d’argent ou de drogue. Or, l’alcool est considéré comme une drogue, continue Pye Jabsson. Donc, grosso modo, toutes les aventures d’un soir à Stockholm pourraient tomber sous le coup de la loi.

Ce paternalisme aux relents de féminisme radical donne une image des femmes qui confine à l’infantilisation.

Bien entendu, la violence faite aux femmes, notamment la traite des êtres humains, doit être combattue. Mais l’arsenal législatif existait déjà pour lutter contre ces réseaux, insiste Ulrika Westerlund de la RFSL. La traite des êtres humains, c’est de l’esclavage. C’est illégal.

La loi suédoise de criminalisation du client est une forme d’instrumentalisation de la violence faite aux femmes à des fins d’hygiénisme social. Et encore une fois, c’est la sexualité qui est au cœur des crispations.

 

Dans son livre Surveiller et jouir, Gayle Rubin rappelle que notre culture traite le sexe avec suspicion. Le sexe est présumé coupable jusqu’à preuve du contraire. Presque tous les comportements érotiques sont jugés mauvais à moins qu’on invoque une raison particulière de les tolérer. Les excuses les plus acceptées sont le mariage, la reproduction et l’amour.

En Suède, depuis une dizaine d’année, la prostitution fait partie de ce sexe intolérable qu’on ne veut plus voir dans la sphère publique.

Alors, quand vous irez à Stockholm, dans un bar,… n’offrez pas de verre. Certain-e-s pourraient mal l’interpréter.

Vincent Bonhomme

 

 

 


[1] Riksförbundet för homosexuellas, bisexuellas och transpersoners rättigheter (Fédération suédoise pour les droits des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres).

 

La colère et les privilèges, ou la tristesse de l’homme blanc hétéro fortuné

par Laurent Chambon Co-fondateur de Minorités.org, Laurent Chambon a siégé pour le Parti travailliste dans l’arrondissement d’Amsterdam Oud Zuid de 2006 à 2010.

sur : slate

Quel est le lien entre les anti-mariage pour tous français, les attaques contre Christiane Taubira, les bonnets rouges et la polémique autour de Zwarte Piet aux Pays-Bas? Analyse à l’occasion de la rencontre entre Marine Le Pen et Geert Wilders.

Zwarte Piet et Saint-Nicolas, à Bruxelles le 1er décembre 2012.  REUTERS/Francois Lenoir – Zwarte Piet et Saint-Nicolas, à Bruxelles le 1er décembre 2012. REUTERS/Francois Lenoir –

Cette semaine, Marine Le Pen vient aux Pays-Bas rendre visite à Geert Wilders. La presse néerlandaise est au bord de l’hystérie et je passe mon temps libre à répondre aux journalistes, vu que l’année dernière j’avais sorti Marine ne perd pas le Nord, mon bouquin sur les échanges idéologiques, rhétoriques et humains entre les différents partis d’extrême droite d’Europe du Nord, FN inclus.

Le but principal de cette visite est probablement de construire un groupe au Parlement européen après les prochaines élections, et de voir comment ils peuvent collaborer avec la droite néo-libérale. Cette visite a lieu justement au moment où, dans les deux pays, les électeurs d’extrême-droite sont en train d’occuper massivement le paysage médiatique. En France, il y a le mouvement contre le mariage pour tous, violemment anti-Taubira et difficile à distinguer des bonnets rouges, alors qu’aux Pays-Bas, la polémique autour de la Saint-Nicolas a des effets similaires. Je pense qu’il est donc grand temps de creuser la question.

Les francophones du Nord et de l’Est connaissent la Saint-Nicolas, qui est une fête très populaire dans le monde germanique. Chaque région a sa propre version. Aux Pays-Bas, Saint-Nicolas (Sinterklaas) arrive d’Espagne en bateau, accompagné de Pierre-le-Noir (Zwarte Piet), appelé Père Fouettard en Belgique francophone. Il fait le tour du pays pour finalement rendre visite simultanément (!) à tous les enfants le 6 décembre. C’est l’occasion d’échanger des cadeaux et des poèmes en famille et entre collègues, mais aussi de vendre beaucoup d’objets inutiles. C’est une cérémonie à la fois conviviale et angoissante, tant les Hollandais en profitent pour moquer les travers des uns et des autres, souvent à l’aide de rimes fabriquées à l’aide de générateurs automatiques en ligne.

Cette année, l’arrivée de Sinterklaas a été précédée de polémiques sur la nature raciste de cette tradition, ce qui a mis le pays au bord de la guerre civile. Zwarte Piet, souvent habillé comme un page du XVIe siècle, est joué par des Blancs grimés en nègres, avec la peau noire, du rouge à lèvres, une perruque frisée et de grosses boucles d’oreilles dorées. Il est bête et méchant, a souvent un accent des colonies, fait des bruits d’animaux et punit les enfants méchants, alors que Sinterklaas est un vieil évêque blanc, bonhomme et généreux, qui leur apporte des cadeaux.

Zwarte Piet = racisme

Cette tradition est critiquée pour son racisme depuis les années 1980, avec pour slogan Zwarte Piet = Zwarte verdriet («Pierre-le-Noir = Tristesse noire»), mais sans que cela ne cause de vraie polémique. Cette année, par contre, elle a vraiment pris. Contrairement a ce qui a été rapporté sur Slate, l’histoire commence en fait à Dordrecht, avec l’arrestation musclée par la police (blanche) d’activistes (noirs) qui portaient pacifiquement un t-shirt Zwarte Piet is racisme («Pierre-le-Noir c’est du racisme»).

Invités à des émissions de débats, histoire de faire monter l’audimat, les pourfendeurs de cette tradition raciste (en particulier Quinsy Gario) ont été violemment pris à partie dans la presse et sur les réseaux sociaux, surtout avec une Pietitie (mélange de Piet et de petitie, «pétition») aimée et commentée par plus de deux millions de personnes sur Facebook.

La presse néerlandaise a ressorti des historiens plus ou moins crédibles pour raconter au peuple que Zwarte Piet était en fait un petit ramoneur (blanc) tout à fait anodin, et donc qu’il n’y avait aucun racisme là-dedans. D’autres ont affirmé qu’il s’agissait d’un «marchand islamique», en oubliant qu’au IIIe siècle (Saint Nicolas était évèque de Myre, en Turquie actuelle, entre 250 et 270) l’islam n’existait pas encore, et que cela ne faisait que déplacer la question de la négritude à l’islam.

Des historiens un peu plus sérieux ont ensuite (et heureusement) fait le rapprochement entre l’accoutrement de Zwarte Piet et les vêtements portés par les jeunes pages noirs, très à la mode dans les familles hollandaises fortunées au XVIe et XVIIe siècle, jeunes esclaves très souvent maltraités, affichés comme un signe extérieur de richesse et qu’on retrouve dans de nombreux tableaux. Le débat avançait dans la bonne direction.

«Aveugles aux douleurs des autres»

Plus intéressant, l’écrivain Robert Vuijsje, dont j’avais célébré le premier roman Alleen maar nette mensen, et qui se trouve être marié avec une femme noire avec qui il a des enfants, a publié son opinion dans le Volkskrant sur la question.

Il raconte comment il avait d’abord traité avec dédain la complainte de Quinsy Gario, mais que sa femme lui a raconté combien elle avait été mal à l’aise, petite fille, lorsque Zwarte Piet avait débarqué dans la classe en faisant des bruits d’animaux et des grimaces débiles et parlait avec un accent surinamien (ancienne colonie hollandaise peuplée de descendants d’esclaves). Pour la petite fille noire qu’elle était, Piet était surinamien, mais aussi le serviteur du blanc Saint Nicolas, et sa peau était grimée de la même couleur que la sienne. Est-ce que cela voulait dire que ses camarades blancs devaient la considérer comme leur servante?

Vuijsje, intrigué, a appelé un ami d’enfance, noir lui aussi, et qui était dans la même classe que lui en primaire. Même histoire: énorme malaise lorsque Zwarte Piet débarque, avec des bruits de jungle, et même solitude extrême, alors que Vuijsje ne se souvient ni de l’accent surinamien, ni des bruits de jungle.

«C’est alors que j’ai compris que je faisais une faute intellectuelle: j’étais parti de ma propre expérience de la fête pour enfants. Mon premier instinct avait été de penser à partir de la majorité, et non comme appartenant à la minorité. C’était la même faute intellectuelle que Henk Westbroek [défenseur public de la fête] avait commise et que tout Néerlandais non-créole qui juge que Lynn [sa femme] ou Arnie ou Quinsy [les activistes les plus médiatisés] n’ont pas le droit d’être heurtés par Zwarte Piet. Ce n’est pas important ce que Henk Westbroek en pense, et notre sentiment n’est finalement pas important. Etre obsédé par ses propres douleurs fait que nous devenons aveugles aux douleurs des autres.» (Ma traduction, probablement à améliorer)

Le raisonnement de la majorité, et Vuijsje l’explique très bien, est que puisque la majorité (blanche) ne souffre pas, la minorité (noire) doit se taire. «Vous voulez ruiner un moment de bonheur pour les enfants?» Alors que je n’avais pas d’avis particulier sur la question (je n’ai pas grandi avec la Saint-Nicolas), l’article de Vuijsje m’a convaincu: on ne peut pas confronter les enfants (noirs comme blancs) à une fête qui renforce les stéréotypes racistes dans une société où tout le monde doit pouvoir trouver sa place.

C’est ensuite qu’Anouk, une chanteuse très populaire, assez rock ’n roll, hypertatouée, maman gâteau et ayant juste défendu l’honneur du pays au concours de l’Eurovision, s’est invitée dans le débat.

Soutenant la pétition pour l’interdiction de la parade de Saint Nicolas à Amsterdam Zuid-Oost (l’arrondissement le plus noir de la capitale, avec beaucoup de Surinamiens, de Ghanéens et d’Antillais), elle a déclenché une avalanche de réactions racistes de ses fans qui l’ont traitée de pute à nègre, nigger bitch, l’ont menacée de mort et lui ont suggéré de faire carrière auprès des «singes» qu’elle aime tant. Ce qui m’a le plus choqué, ce n’est pas l’intensité des réactions, mais le sentiment d’impunité de ces gens qui ont utilisé leur profil Facebook pour signer de tels commentaires.

A l’heure actuelle, après de longues discussions avec le maire d’Amsterdam et les représentants des différentes associations noires, la seule concession que les organisateurs de la parade ont bien voulu faire est que le rouge à lèvres de Piet et les perruques frisées seront de différentes couleurs, et que les anneaux d’oreilles dorés seront évités. En attendant, la plupart des Hollandais que je connais, même les plus progressistes, sont furieux… contre les noirs qui «ruinent ce beau moment pour les enfants».

L’effroi ou le privilège?

Toute cette histoire me rappelle la violence à laquelle nous avons dû faire face lors du «débat» sur le mariage pour tous, mais aussi celle à laquelle est exposée Christiane Taubira. Là aussi, le racisme et l’homophobie les plus sauvages ont été exprimés avec une innocence fascinante, à visage découvert dans la rue comme en ligne, et en toute impunité.

Je vous propose donc les deux hypothèses les plus crédibles auxquelles je suis parvenu: celle de l’effroi, et celle des privilèges de naissance.

L’hypothèse de l’effroi, c’est d’imaginer que la plupart des gens ne se considèrent pas racistes ni homophobes, et se retrouvent à participer à quelque chose qui s’avère être raciste ou homophobe, sont pris d’effroi devant cette révélation.

Avant que des activistes révèlent le caractère violemment raciste (surtout pour les enfants) de la tradition du gentil et généreux Saint Nicolas blanc avec son esclave noir crétin et méchant, les Hollandais n’avaient jamais soupçonné que ce moment de bonheur pour eux puisse être un moment de souffrance pour d’autres. Surpris la main dans le bocal à bonbons, plutôt que de réagir avec humilité, ils hurlent au complot anti-blanc tellement ils ont honte.

J’ai des amis qui défendaient le monopole hétérosexuel du mariage avec les arguments les plus débiles parce qu’ils n’arrivaient pas à sortir de leur opposition originelle, reprise sans trop se poser de questions, maniant la mauvaise foi la plus terrible pour ne pas perdre la face.

«Je ne suis pas homophobe, il n’empêche que je suis contre le mariage homo parce que… [accolez ici l’argument fallacieux de votre choix].»

C’est l’hypothèse (à laquelle j’ai quand même du mal à croire) que je sers à ceux qui continuent à ne pas voir de racisme en Zwarte Piet. Je leur tends une perche en leur disant qu’ils ne sont pas racistes mais qu’ils ne s’étaient jamais posé la question, et que maintenant que le voile est tombé, il faut passer à autre chose. Pour l’instant sans trop de succès.

L’autre hypothèse, à laquelle je crois beaucoup plus, est celle des privilèges de naissance. La question des privilèges des hommes blancs hétérosexuels fortunés est un classique, à la fois parce qu’elle a été largement analysée par les féministes et les théoriciens des études ethniques, mais aussi parce qu’elle reste niée contre toute évidence par ceux qui en profitent le plus, c’est-à-dire les hommes blancs hétérosexuels fortunés.

Cette question des privilèges est intéressante, parce que ce sont ceux qui en ont le moins qui y tiennent le plus. Les working class anglais sont d’autant plus racistes que leur privilège de blancs est bien la seule chose qui les distingue de leurs collègues noirs, tout aussi exploités et méprisés. Les prolos homophobes sont d’autant plus attachés à leurs privilèges d’hétérosexuels que c’est bien un des seuls dont ils peuvent encore jouir en 2013.

La tristesse des blancs hétéros

Alors que nous parlions des choses qui nous mettent en colère en Hollande, une amie irlandaise m’avait dit: sous la colère, il y a la tristesse. La paresse des autres la mettait en colère parce qu’elle n’avait pas eu le droit d’être paresseuse quand elle grandissait en Irlande. Chez moi, l’arrogance des kakkers, ces nouveaux riches semi-illettrés qui envahissent Amsterdam avec leurs 4×4 achetés à crédit me mettait en colère, parce que j’avais dû étudier très dur et que je m’étais vautré (à tort) dans l’illusion que seuls le travail et la discipline seraient récompensés quand je serai grand.

Je pense que la colère des Hollandais envers Quinsy Gario et Anouk, et la haine des opposants au mariage pour tous envers les homos et Christiane Taubira (noire et femme qui refuse la place en bas de la pyramide sociale qu’on lui a assignée depuis sa naissance) est liée à cette tristesse enfouie.

Si les discussions avaient été gérées par un bon psy, nous aurions pu avoir un moment de révélation, premier pas vers la guérison:

«On nous avait dit que ce n’était pas grave que nous soyons exclus et humiliés, car être blanc et hétérosexuel nous rendait exceptionnels, intrinsèquement supérieurs. Tout cela était un mensonge. Nous sommes au même niveau que les autres perdants de la société, et cela nous rend triste.»

Il n’en a rien été. Les élites hollandaises ont été nulles, et les élites françaises plus nulles encore. Les partis politiques n’ont pas été à la hauteur, l’Eglise non plus. Des moments qui auraient pu être cathartiques ont finalement conforté les déçus dans leur haine et ont fossilisé les rancœurs.

Le Pen et Wilders n’ont qu’à faire leur récolte

Et, dans cet océan de tristesse, les seuls à vraiment en profiter sont Marine Le Pen et Geert Wilders, dont je vous parlais au début. Ils n’ont qu’à se baisser et ramasser les voix, sans avoir même dû se mouiller sur la question. C’est cela que Marine Le Pen vient célébrer aux Pays-Bas: la nullité de nos «débats», l’incapacité des élites au pouvoir à faire avancer les choses du bon côté, leur manque de vision, la haine des classes moyennes et inférieures causée par la révélation de l’inexistence de leurs privilèges.

Si Marine et Geert étaient vraiment sincères, voici ce qu’ils nous diraient:

«Venez à nous, prolétaires racistes, catholiques homophobes, populasse déclassée et triste, nous ferons semblant de vous défendre tout en collaborant avec la droite libérale et ceux qui ont de vrais privilèges sonnants et trébuchants. Venez donc! Elisez-nous contre les nègres grincheux et les pédés vindicatifs, nous célébrerons vos privilèges imaginaires en nous goinfrant de postes intéressants et d’honneurs inaccessibles pour vous! Allez-y! Rassemblement Bleu Marine, les Pays-Bas aux Hollandais, sus à l’islam et à l’UMPS!»

Laurent Chambon

Article également publié sur Minorites.org

 

Do It Yourself de Fabien Hein, Autodétermination et culture punk

displayFabien Hein est maître de conférence à l’Université de Lorraine et chercheur au laboratoire lorrain de sciences sociales. Il a publié Ma petite entreprise punk et Sociologie du système D. Avec Do It Yourself, il nous livre un ouvrage essentiel (édité au Passager Clandestin en 2012) pour comprendre et jeter un éclairage sur l’histoire, la culture, l’idéologie et les paradoxes d’un mouvement. Le punk apparaît en 1971 à New York. En 1976 Il est exporté en Grande Bretagne qui en devient alors l’épicentre.

« Il faut choisir, se reposer, ou être libre. » (Thucydide)

Cela doit paraître étrange de citer Thucydide en ouverture d’un livre sur le Punk, au lieu de citer des extraits de paroles des Sex Pistols ou des Ramones. Mais ce n’est pas si étrange que ça. Si en France nous n’avons retenu que le folklore et les clichés du mouvement, Fabien Hein nous fait vite comprendre, et ce dès les premières pages, que nous n’avons rien compris au Punk. Quand on entend le mot Punk, on pense à tous ces singes surexcités et braillards qui en fait viennent ternir l’image et l’idéologie du mouvement. Alors que les vrais punks sont Henry David Thoreau, Gustave Courbet, Edward Abbey, ou Penny Rimbaud. Il est important de savoir que le punk existait avant que la scène punk existe. Il est important de savoir que le Punk, Do it Yourself, est une invitation à prendre les affaires en main, et à voler de ses propres ailes. A faire avec les moyens du bord, et ouvert à tous.

« Ëtre punk ne se décrète pas. Ëtre punk se vit. Concrètement. Sans différé. Sans l’aval de quiconque. Par l’engagement et par l’action. Avec l’autonomie et l’indépendance pour horizon. L’émancipation pour élan. Et l’autodétermination pour tout bagage. En cela, la culture punk est bien davantage qu’une musique. Elle ouvre les possibilités, dresse des perspectives, donne du sens, offre un mode d’existence positif, encourage la créativité »

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On est loin du cliché No Futur crié par les Sex Pistols. On est loin de la violence, des drogues et de l’alcool, des punks-à-chiens semi-clochards, de la destruction et de l’auto-destruction. La pratique punk c’est construire, apprendre, expérimenter, bricoler, créer, participer, réfléchir, imaginer, mobiliser, rêver, coopérer, connecter, innover…

Comment faire tout ça si on est totalement défoncé ? Voilà un premier cliché qui vole en éclat, et qui est issu du triptyque « Sex, Drugs and Rock n’roll » véhiculé par des junkies comme Sid Vicious, Dee Dee Ramones et bien d’autres… Flex your Head (Sers toi de ta tête) est le rejet des cerveaux ramollis par les drogues, le rejet de l’auto-destruction. C’est l’importance de la lucidité des actes, le Positive Mental Attitude, lancé par des groupes comme Crass, Minor Threat, ou Bad Brains…

Le mouvement punk meurt avec les signatures des Sex Pistols et des Clash dans des majors (1976-1977). Punk is Dead (Crass, 1978). Apparaissent alors 2 logiques contradictoires : ceux qui signent dans des majors, et ceux qui restent indépendants. Certains, comme Henry Rollins, défendent leurs signatures par la stratégie du Cheval de Troie, être à l’intérieur du système pour le faire exploser. D’autres se défendent en disant qu’enfin, grâce à leur signature, ils vont pouvoir se consacrer exclusivement à la musique et quitter leurs petits jobs minables. Les arguments sont légitimes, toujours est-il que le punk est rattrapé par la société de consommation, devient un véritable produit, un véritable outil promotionnel des grandes marques qui véhiculent des modèles économiques dissonants. Un véritable revival lucratif : Contestation-Récupération, Skate-punk, Vans, Think Different… Et l’expression parfaite de cette Me Decade, la décennie du « moi, moi, moi » qui souligne la tendance au recentrement sur soi où l’irrévérence et la provocation constituent les meilleurs atouts pour se dégager du lot, pour devenir des stars…

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Mais la valorisation d’une démarche à caractère non-commercial, et de l’indépendance trouve aussi sa légitimité et sa réussite, et permet d’entrevoir de nouvelles possibilités d’existence. En septembre 1993, le groupe Fugazi a atteint le sommet de sa popularité. Le groupe est courtisé par toutes les multinationales du disque qui leur offrent tout « ce qu’ils veulent ». Mais Fugazi n’est pas à vendre. Ils déclinent toutes les offres, et justifient leur démarche : « signer avec une major aurait été la plus stupide et la plus autodestructrice des choses à faire. Cela n’avait aucun sens pour nous. Dès le moment que vous signez avec une major vous devenez un investissement dont on attend des retours. Il n’y a pas quelque chose de mal ou de bien là-dedans. Mais nous ne sommes pas intéressés par l’idée d’être instrumentalisés pour les besoins de quelqu’un qui doit faire du fric. Au final, il nous semble plus intéressant de rester un groupe punk-rock ultra-indépendant. ».

Fugazi a fait de l’indépendance une valeur et une condition nécessaire de sa liberté de création. C’est l’un des rares groupes à avoir réussi à être connu tout en restant indépendant et fidèle à l’éthique Do It Yourself.

Le Punk est donc un refus affirmant que tout est possible. C’est le refus d’abandonner son sort aux mains de l’industrie culturelle ou d’un quelconque système politique. C’est l’autodétermination qui renouvelle la possibilité d’une prise sur le monde en réaffirmant les potentialités créatives de l’Homme. Sans répondre aux impasses de la société contemporaine, la pratique punk ouvre la voie à d’autres formes d’engagement et d’action collective.

La révolution ne consiste pas en une révolte contre l’ordre existant, mais dans la mise en œuvre d’un nouvel ordre contraire à l’ordre officiel…

« Sentiment sans action n’est que ruine de l’âme » (Edward Abbey).

Fabien Hein, Do it Yourself, Autodétermination et culture punk, édition Le Passager Clandestin, mai 2012

 

Penser le savoir queer avec et sans Foucault

Mardi 12 Novembre, 18h

Bruxelles

ULB, Institut de Sociologie, Salle Henri Janne (15ème étage)

 

Abstract
Au moment où elle irrigue les espaces académiques en études genre et sexualité, la théorie queer est souvent considérée comme l’héritage laissé par Michel Foucault, et notamment par ces réflexions sur le sujet et le pouvoir. Pourtant, une généalogie de la théorie queer en tant que « politique de l’expérience » reste encore à faire. Autrement dit, si la voie foucauldienne du queer a été et est encore très amplement discutée et travaillée, la voie expérientielle du queer telle que formulée dans les productions politiques et poétiques de Guy Hocquenghem, Mario Mieli, Monique Wittig et Teresa de Lauretis, notamment, demeure une région inexplorée des études sur le genre et la sexualité. Comment alors saisir la mise en discours du queer comme expérience ?
Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, en pleine épidémie du sida, un groupe de personnes soucieuses de faire œuvre de témoignage et de mémoire historiques lance une grande enquête nationale en Grande Bretagne, la National Lesbian & Gay Survey. Cette enquête (N=250) a permis de recueillir des documents autobiographiques et réflexifs particulièrement riches de gays et de lesbiennes produisant un savoir ancré dans l’expérience et le vécu de leur homosexualité. Ces discours donnent à voir une forme expérientielle d’un savoir qui se définit alors comme queer et qui ouvre sur une autre histoire de la théorie queer. Il s’agira ici, dans une approche généalogique de saisir le fondement expérientiel du queer, avec et sans Foucault.

Biographie
Massimo Prearo est docteur en Études Politiques de l’EHESS (Paris). Sa thèse sur la construction d’un mouvement inter-associatif LGBT en France sera publiée prochainement. Il a travaillé pendant quatre ans au Centre LGBT de Paris, où il a réalisé des recherches approfondies sur l’histoire et l’actualité du mouvement français. Il est également traducteur de l’ouvrage de Mario Mieli, Éléments de critique homosexuelle, Paris, EPEL, 2008, et rédacteur en chef de la revue Genre, sexualité & société. Il a été Visiting research fellow à l’University of Sussex au Centre for the Study of the Sexual Dissidence et est actuellement Marie Curie Fellow à l’Université de Vérone, où il conduit des recherches sur les mouvements LGBT italiens.


Pour plus de renseignements, contacter:

Cathy Herbrand (FNRS/ULB)
David Paternotte (FNRS/ULB)

 
Géométrie conjugale et anarchisme

Lu sur Grand angle : « Dans Le mariage est une mauvaise action (1907), Voltairine de Cleyre justifie le titre de son texte en affirmant qu’après une première phase où l’appétit sexuel masque tout le reste, la cohabitation conduit nécessairement au désenchantement, avec « les détails mesquins de la vie commune ». La routinisation est un argument classique. Mais l’auteure avance un autre argument, plus important, me semble-t-il : « … les corps, tout comme les âmes, évoluent rarement, voire, jamais de façon parallèle. Ce manque de parallélisme est la plus grave objection que l’on puisse opposer au mariage ». En effet, pour Voltairine de Cleyre, « même si deux personnes sont parfaitement et constamment adaptées l’une à l’autre, rien ne prouve qu’elles continueront à l’être durant le reste de leur existence ».
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