Elle a été arrêtée en juin 2013, suite à une demande d’aide médicale. Le CPAS d’Anvers est venu à son domicile pour contrôler sa domiciliation accompagné par la police qui l’a arrêtée !

Cela fera 8 mois et un jour qu’elle est emprisonnée dans le centre fermé 127 bis. Elle est en Belgique depuis 6 ans.

Rose ne peut et ne veut pas retourner au Cameroun. Elle a fait plusieurs demandes d’asile mais sans succès, le CGRA ne reconnaissant pas ses difficultés dans son pays.

Elle a continué à résister depuis des mois à cette emprisonnement , elle a résisté à 6 tentatives d’expulsion.

Elle dit et redit qu’elle ne PEUT pas retourner au Cameroun.

Des informations que nous avons pu récoltés, elle a été amenée à l’aéroport comme prévu ce 01/02, a été gravement maltraité au point ou le médecin du centre a refusé qu’on la mette dans l’avion

Elle est revenue au centre fermé 127bis . Elle était hier soir en pleur, sous le choc, et etait incapable d’expliquer ce qui s’est passé. Ce matin elle ne répond pas au téléphone. D’autres infos suivent.

STOP DEPORTATION

Rappel : rassemblement devant le 127 bis ce 02/01 à 15 heures

(bon, sorry pour le rendez-vous, c’est un peu tard…)

 

**nederlands hieronder**

Bonjour à tous-te-s,

Cela fait un petit moment que nous aimerions trouver l’occasion de
rencontrer les personnes désireuses de s’investir un peu plus dans le
travail de Getting The Voice Out pour recueillir les témoignages, les
diffuser et créer des moyens de faire exister la question des centres
fermés et des luttes qui l’accompagnent tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur.

*Dès lors, nous vous invitons tous les derniers jeudi du mois à 20h. *
C’est le moment de se rencontrer et détailler un peu plus les envies de
l’un et l’autre
concernant la récolte et la diffusion d’informations autour de centres
fermés.

*La première rencontre aura lieu le jeudi 30 janvier à 20 h au 104 rue des
paquerettes à Schaerbeek.*

Merci et bienvenue

www.gettingthevoiceout.org *

Wel*com iedereen

Dat is al een tijdje dat we een moment zoeken om mensen te ontmoeten die
wensen met ons mee te werken aan onze site,om getuigenissen te verzamelen,
en middelen te vinden om verder het bestaan van de gesloten centra te laten
kennen en de strijd binnen en buiten de centra te ondersteunen

Wij nodigen u uit elke laatste donderdag van de maand om 20 uur om ons te
ontmoeten en daarover te praten.

Dank u en welkom

*De eerste ontmoeting zal plaatsgrijpen op donderdag 30/ 01 om 20 uur
Madeliefjesstraat, 104 in Schaerbeek*

www.gettingthevoiceout.org *
*

 

Qui sommes-nous?
Nous sommes un groupe d’anarchaféministes de différents genres, milieux et ayant parcouru des trajectoires différentes, qui nous sommes réuni-es pour organiser un événement anarchaféministe. Nous voulons que celui-ci serve à transformer nos propres expériences et aide à renverser les institutions et les idées qui nous oppriment.

Qu’est-ce qu’AFem2014?
AFem2014 sera la première d’une série de conférences internationales anarchaféministes, du moins, on l’espère. Cela fait longtemps que la nécessité de tels événements est patente au sein des organisations anarchistes. Les tentatives de nous empêcher d’agir, de ridiculiser nos idées, de nous attaquer physiquement ou de nous insulter ont fait monter notre colère contre la masculinisation de notre mouvement. Nous ne sommes pas représenté-e-s à nombre égal et souvent ne sommes pas pris-e-s au sérieux. Bien que sur le papier nous soyons tou-te-s égales-aux, nous rencontrons parfois une oppression au sein même de nos groupes ou organisations. Les limites à notre participation politique pleine restent intactes. Cela signifie que notre mouvement anarchiste n’est pas réellement ‘anarchiste’. Nous ne le tolérerons plus. De plus, dans l’ensemble de la société, les soi-disant victoires du féminisme social-démocrate n’ont pas mené à l’égalité. C’est le cas en termes légaux, économiques, sociaux et politiques, ainsi que dans les relations interpersonnelles. Les réformistes les plus en vue et les partis de la gauche autoritaire ne font pas grand chose pour nous. Alors que nous souhaitons une conférence féministe qui aura à cœur l’anarchisme social et le combat contre l’exploitation de classe, nous savons que le capitalisme n’est pas notre seul ennemi : nous sommes tenu-e-s en échec et divisé-e-s par beaucoup d’oppressions différentes, qui se recouvrent et se recoupent de façon complexe. Le racisme, l’handiphobie, la trans*phobie, l’âgisme ainsi que les oppressions liées à l’appartenance culturelle, sont des formes habituelles d’oppression, mais il en existe bien d’autres. Elles peuvent nous atteindre autant que l’exploitation économique, et parfois de façon plus immédiate.
L’anarchaféminisme n’est pas seulement une réponse à l’anarchisme et au féminisme. C’est une critique anti-autoritaire et anti-oppressive des formes de dominations capitalistes, et une arme qui peut nous servir au quotidien. Nous espérons explorer les intersections entre les oppressions, développer une théorie, apprendre des autres et arriver à des résultats pratiques.

A qui cette conférence est-elle ouverte?
Cette conférence n’est pas ouverte aux hommes cisgenres, c’est à dire les hommes qui se trouvent être assigné le genre masculin à la naissance. Elle s’adresse aux personnes en tous genres et d’aucun genre, et espère inclure activement les personnes trans*, genderqueer, genderfluid et non-binaires, ainsi que les femmes cisgenres. Nous ne jugerons pas de la présentation de genre des personnes, mais n’hésiterons pas à répondre aux comportements et attitudes trans*phobes, cissexistes ou binaristes.

Comment se déroulera la conférence?
Nous proposons que des axes thématiques soient établis, avec des résultats à la fin de la conférence que nous pourrons développer par la suite. Nous invitons tout le monde à initier des réunions et des axes entiers, en se centrant sur l’analyse et l’action anarchaféministe. Ces axes doivent inclure ceux auto-organisés par des personnes trans, genderqueer, genderfluide et non-binaire, des personnes de couleur, des travailleur-se-s du sexe, des personnes en situation de handicap et des personnes en situation de troubles de santé mentale. Nous nous engageons à faire ce que nous pouvons pour inclure différentes personnes dans l’organisation, donc ces axes seront soutenus et recevront des ressources en priorité par le projet général. La conférence aura également une politique d’espace safe, qui est explicite et sera respectée, afin de soutenir la participation pleine et libre de toutes les personnes.

Rejoignez-nous
La conférence était l’initiative d’anarchaféministes au sein de la Fédération Anarchiste de Grande Bretagne (AF) et le groupe d’organisation inclut désormais des représentant-es de l’Internationale des Fédérations Anarchistes et de ses fédérations membres, de la Solidarity Federation (AIT) et un nombre croissant d’anarchaféministes non-aligné-e-s et autonomes. Il y a beaucoup à faire et nous vous invitons à nous rejoindre pour créer cet évenement, que ce soit en contribuant des idées ou des concepts, ou en prenant part à l’organisation pratique.

SVP faites-nous signe rapidement si vous êtes d’accord avec ce texte et souhaitez vous joindre à l’organisation, en tant qu’individu ou délégué-e, en précisant si vous souhaitez participer ou aider à organiser un axe spécifique.
SVP faites circuler cet appel largement autour de vous, dans vos groupes, organisations et réseaux, et incitez-les à rejoindre la liste de soutiens et de participants.
SVP aidez-nous à trouver les moyens financiers pour organiser cet événement. Plus nous avons de moyens et plus la conférence sera réellement accessible à tou-te-s et  internationale.

En espérant bientôt travailler avec vous…
Organisteur-trices Afem
Janvier 2014
Email: afem [at] afed.org.uk

 

*
Jeudi 5 décembre : Un homme de Côte d’Ivoire d’une trentaine d’année a été
découvert mort dans son lit au centre fermé de Bruges.*

Et ce qui devait arriver est arrivé ! Les tortures quotidiennes que subissent
les personnes dans ces centres ne peuvent mener qu’à l’humiliation, la violence
et la mort. Tous les prisonniers des différents centres s’engagent dans des
grèves de la faim, protestations, grèves générales.

Au centre fermé 127 à Steenokkerzeel ils sont 75 en grève de la faim, à Vottem
40. A Bruges c’est la grève générale. Ils ont décidé de ne plus manger, de ne
plus dormir, plus de télé, plus de douche. A 23 h ce jeudi, aucun d’entre eux
n’est monté se coucher. Ils ont décidé de veiller.
*Lire la suite

*Rassemblements en soutien à la révolte
*
*N’hésitez pas à venir et à créer d’autres rassemblements, **
**devant le centre fermé de Bruges et de Merksplas !*
/*
Samedi 7 décembre à 16 heures devant le centre fermé de Vottem.*/
Lire l’appel du CRACPE

/*Dimanche 8 décembre à 15h30 devant le centre fermé 127bis*//
/

Tervuursesteenweg 300, 1820 Steenokkerzeel

Train direction Leuven, arrêt Nossegem
Gare du midi 14.36, Gare Central 14.45, Gare du Nord 14.25

*Coup de gueule* : *Feu aux prisons !*

Ce 5 décembre, un prisonnier du centre fermé pour sans-papiers de Bruges est
retrouvé mort dans sa cellule. S’il n’y a pas encore d’éclairage sur les
circonstances de sa mort, le constat est là, une nouvelle personne a succombé à
l’enfermement.

Suite à cet événement, tou-te-s les incarcéré-e-s du centre ont entamé un grève
de la faim, dernier recours des sans-voix. C’est le moyen de lutte de celles et
ceux qui n’ont plus rien à perdre.

Le mouvement de grève s’est rapidement propagé vers d’autres centres, au 127Bis
et à Vottem.
Lire la suite

*Besoin d’argent et de crédit pour rester en contact avec les prisonniers*
*Nous avons épuisé les derniers sous qu’il nous restait pour rester en contact
avec les Congolais lors du dernier vol collectif*

Un des problèmes auxquels nous sommes confrontés sont les coûts des appels
téléphoniques et surtout les demandes des détenu-e-s de leur envoyer des
recharges de téléphone pour appeler leur famille ou ami-e-s à l’extérieur. Dans
certains centres, cette demande est relayée à d’autres associations qui en ont
les moyens. Cependant, il n’existe pas de relais dans plusieurs centres.

Vous pouvez soutenir ces détenu-e-s en achetant chez votre épicier, votre
nightshop ou votre libraire une recharge de 5 euros de l’opérateur Lycamobil.
Vous**nous envoyez le code pin inscrit sur cette recharge sur notre adresse mail
gettingthevoiceout(a)riseup.net. Nous nous chargeons d’envoyer ce code au
prisonnier-ère-s qui ont besoin de recharge, leur permettant ainsi de garder un
contact avec nous et avec l’extérieur.

Vous pouvez aussi, si c’est plus facile pour vous, verser ou encore mieux faire
un ordre permanent de 2, 5, 10, 20 euros ou plus (!) sur le compte : Collectif
Contre Les Expulsions

Banque Triodos BE58 5230 8016 1279

Faite passer ce message à vos amis , connaissances.

*Merci*

 

La colère et les privilèges, ou la tristesse de l’homme blanc hétéro fortuné

par Laurent Chambon Co-fondateur de Minorités.org, Laurent Chambon a siégé pour le Parti travailliste dans l’arrondissement d’Amsterdam Oud Zuid de 2006 à 2010.

sur : slate

Quel est le lien entre les anti-mariage pour tous français, les attaques contre Christiane Taubira, les bonnets rouges et la polémique autour de Zwarte Piet aux Pays-Bas? Analyse à l’occasion de la rencontre entre Marine Le Pen et Geert Wilders.

Zwarte Piet et Saint-Nicolas, à Bruxelles le 1er décembre 2012.  REUTERS/Francois Lenoir – Zwarte Piet et Saint-Nicolas, à Bruxelles le 1er décembre 2012. REUTERS/Francois Lenoir –

Cette semaine, Marine Le Pen vient aux Pays-Bas rendre visite à Geert Wilders. La presse néerlandaise est au bord de l’hystérie et je passe mon temps libre à répondre aux journalistes, vu que l’année dernière j’avais sorti Marine ne perd pas le Nord, mon bouquin sur les échanges idéologiques, rhétoriques et humains entre les différents partis d’extrême droite d’Europe du Nord, FN inclus.

Le but principal de cette visite est probablement de construire un groupe au Parlement européen après les prochaines élections, et de voir comment ils peuvent collaborer avec la droite néo-libérale. Cette visite a lieu justement au moment où, dans les deux pays, les électeurs d’extrême-droite sont en train d’occuper massivement le paysage médiatique. En France, il y a le mouvement contre le mariage pour tous, violemment anti-Taubira et difficile à distinguer des bonnets rouges, alors qu’aux Pays-Bas, la polémique autour de la Saint-Nicolas a des effets similaires. Je pense qu’il est donc grand temps de creuser la question.

Les francophones du Nord et de l’Est connaissent la Saint-Nicolas, qui est une fête très populaire dans le monde germanique. Chaque région a sa propre version. Aux Pays-Bas, Saint-Nicolas (Sinterklaas) arrive d’Espagne en bateau, accompagné de Pierre-le-Noir (Zwarte Piet), appelé Père Fouettard en Belgique francophone. Il fait le tour du pays pour finalement rendre visite simultanément (!) à tous les enfants le 6 décembre. C’est l’occasion d’échanger des cadeaux et des poèmes en famille et entre collègues, mais aussi de vendre beaucoup d’objets inutiles. C’est une cérémonie à la fois conviviale et angoissante, tant les Hollandais en profitent pour moquer les travers des uns et des autres, souvent à l’aide de rimes fabriquées à l’aide de générateurs automatiques en ligne.

Cette année, l’arrivée de Sinterklaas a été précédée de polémiques sur la nature raciste de cette tradition, ce qui a mis le pays au bord de la guerre civile. Zwarte Piet, souvent habillé comme un page du XVIe siècle, est joué par des Blancs grimés en nègres, avec la peau noire, du rouge à lèvres, une perruque frisée et de grosses boucles d’oreilles dorées. Il est bête et méchant, a souvent un accent des colonies, fait des bruits d’animaux et punit les enfants méchants, alors que Sinterklaas est un vieil évêque blanc, bonhomme et généreux, qui leur apporte des cadeaux.

Zwarte Piet = racisme

Cette tradition est critiquée pour son racisme depuis les années 1980, avec pour slogan Zwarte Piet = Zwarte verdriet («Pierre-le-Noir = Tristesse noire»), mais sans que cela ne cause de vraie polémique. Cette année, par contre, elle a vraiment pris. Contrairement a ce qui a été rapporté sur Slate, l’histoire commence en fait à Dordrecht, avec l’arrestation musclée par la police (blanche) d’activistes (noirs) qui portaient pacifiquement un t-shirt Zwarte Piet is racisme («Pierre-le-Noir c’est du racisme»).

Invités à des émissions de débats, histoire de faire monter l’audimat, les pourfendeurs de cette tradition raciste (en particulier Quinsy Gario) ont été violemment pris à partie dans la presse et sur les réseaux sociaux, surtout avec une Pietitie (mélange de Piet et de petitie, «pétition») aimée et commentée par plus de deux millions de personnes sur Facebook.

La presse néerlandaise a ressorti des historiens plus ou moins crédibles pour raconter au peuple que Zwarte Piet était en fait un petit ramoneur (blanc) tout à fait anodin, et donc qu’il n’y avait aucun racisme là-dedans. D’autres ont affirmé qu’il s’agissait d’un «marchand islamique», en oubliant qu’au IIIe siècle (Saint Nicolas était évèque de Myre, en Turquie actuelle, entre 250 et 270) l’islam n’existait pas encore, et que cela ne faisait que déplacer la question de la négritude à l’islam.

Des historiens un peu plus sérieux ont ensuite (et heureusement) fait le rapprochement entre l’accoutrement de Zwarte Piet et les vêtements portés par les jeunes pages noirs, très à la mode dans les familles hollandaises fortunées au XVIe et XVIIe siècle, jeunes esclaves très souvent maltraités, affichés comme un signe extérieur de richesse et qu’on retrouve dans de nombreux tableaux. Le débat avançait dans la bonne direction.

«Aveugles aux douleurs des autres»

Plus intéressant, l’écrivain Robert Vuijsje, dont j’avais célébré le premier roman Alleen maar nette mensen, et qui se trouve être marié avec une femme noire avec qui il a des enfants, a publié son opinion dans le Volkskrant sur la question.

Il raconte comment il avait d’abord traité avec dédain la complainte de Quinsy Gario, mais que sa femme lui a raconté combien elle avait été mal à l’aise, petite fille, lorsque Zwarte Piet avait débarqué dans la classe en faisant des bruits d’animaux et des grimaces débiles et parlait avec un accent surinamien (ancienne colonie hollandaise peuplée de descendants d’esclaves). Pour la petite fille noire qu’elle était, Piet était surinamien, mais aussi le serviteur du blanc Saint Nicolas, et sa peau était grimée de la même couleur que la sienne. Est-ce que cela voulait dire que ses camarades blancs devaient la considérer comme leur servante?

Vuijsje, intrigué, a appelé un ami d’enfance, noir lui aussi, et qui était dans la même classe que lui en primaire. Même histoire: énorme malaise lorsque Zwarte Piet débarque, avec des bruits de jungle, et même solitude extrême, alors que Vuijsje ne se souvient ni de l’accent surinamien, ni des bruits de jungle.

«C’est alors que j’ai compris que je faisais une faute intellectuelle: j’étais parti de ma propre expérience de la fête pour enfants. Mon premier instinct avait été de penser à partir de la majorité, et non comme appartenant à la minorité. C’était la même faute intellectuelle que Henk Westbroek [défenseur public de la fête] avait commise et que tout Néerlandais non-créole qui juge que Lynn [sa femme] ou Arnie ou Quinsy [les activistes les plus médiatisés] n’ont pas le droit d’être heurtés par Zwarte Piet. Ce n’est pas important ce que Henk Westbroek en pense, et notre sentiment n’est finalement pas important. Etre obsédé par ses propres douleurs fait que nous devenons aveugles aux douleurs des autres.» (Ma traduction, probablement à améliorer)

Le raisonnement de la majorité, et Vuijsje l’explique très bien, est que puisque la majorité (blanche) ne souffre pas, la minorité (noire) doit se taire. «Vous voulez ruiner un moment de bonheur pour les enfants?» Alors que je n’avais pas d’avis particulier sur la question (je n’ai pas grandi avec la Saint-Nicolas), l’article de Vuijsje m’a convaincu: on ne peut pas confronter les enfants (noirs comme blancs) à une fête qui renforce les stéréotypes racistes dans une société où tout le monde doit pouvoir trouver sa place.

C’est ensuite qu’Anouk, une chanteuse très populaire, assez rock ’n roll, hypertatouée, maman gâteau et ayant juste défendu l’honneur du pays au concours de l’Eurovision, s’est invitée dans le débat.

Soutenant la pétition pour l’interdiction de la parade de Saint Nicolas à Amsterdam Zuid-Oost (l’arrondissement le plus noir de la capitale, avec beaucoup de Surinamiens, de Ghanéens et d’Antillais), elle a déclenché une avalanche de réactions racistes de ses fans qui l’ont traitée de pute à nègre, nigger bitch, l’ont menacée de mort et lui ont suggéré de faire carrière auprès des «singes» qu’elle aime tant. Ce qui m’a le plus choqué, ce n’est pas l’intensité des réactions, mais le sentiment d’impunité de ces gens qui ont utilisé leur profil Facebook pour signer de tels commentaires.

A l’heure actuelle, après de longues discussions avec le maire d’Amsterdam et les représentants des différentes associations noires, la seule concession que les organisateurs de la parade ont bien voulu faire est que le rouge à lèvres de Piet et les perruques frisées seront de différentes couleurs, et que les anneaux d’oreilles dorés seront évités. En attendant, la plupart des Hollandais que je connais, même les plus progressistes, sont furieux… contre les noirs qui «ruinent ce beau moment pour les enfants».

L’effroi ou le privilège?

Toute cette histoire me rappelle la violence à laquelle nous avons dû faire face lors du «débat» sur le mariage pour tous, mais aussi celle à laquelle est exposée Christiane Taubira. Là aussi, le racisme et l’homophobie les plus sauvages ont été exprimés avec une innocence fascinante, à visage découvert dans la rue comme en ligne, et en toute impunité.

Je vous propose donc les deux hypothèses les plus crédibles auxquelles je suis parvenu: celle de l’effroi, et celle des privilèges de naissance.

L’hypothèse de l’effroi, c’est d’imaginer que la plupart des gens ne se considèrent pas racistes ni homophobes, et se retrouvent à participer à quelque chose qui s’avère être raciste ou homophobe, sont pris d’effroi devant cette révélation.

Avant que des activistes révèlent le caractère violemment raciste (surtout pour les enfants) de la tradition du gentil et généreux Saint Nicolas blanc avec son esclave noir crétin et méchant, les Hollandais n’avaient jamais soupçonné que ce moment de bonheur pour eux puisse être un moment de souffrance pour d’autres. Surpris la main dans le bocal à bonbons, plutôt que de réagir avec humilité, ils hurlent au complot anti-blanc tellement ils ont honte.

J’ai des amis qui défendaient le monopole hétérosexuel du mariage avec les arguments les plus débiles parce qu’ils n’arrivaient pas à sortir de leur opposition originelle, reprise sans trop se poser de questions, maniant la mauvaise foi la plus terrible pour ne pas perdre la face.

«Je ne suis pas homophobe, il n’empêche que je suis contre le mariage homo parce que… [accolez ici l’argument fallacieux de votre choix].»

C’est l’hypothèse (à laquelle j’ai quand même du mal à croire) que je sers à ceux qui continuent à ne pas voir de racisme en Zwarte Piet. Je leur tends une perche en leur disant qu’ils ne sont pas racistes mais qu’ils ne s’étaient jamais posé la question, et que maintenant que le voile est tombé, il faut passer à autre chose. Pour l’instant sans trop de succès.

L’autre hypothèse, à laquelle je crois beaucoup plus, est celle des privilèges de naissance. La question des privilèges des hommes blancs hétérosexuels fortunés est un classique, à la fois parce qu’elle a été largement analysée par les féministes et les théoriciens des études ethniques, mais aussi parce qu’elle reste niée contre toute évidence par ceux qui en profitent le plus, c’est-à-dire les hommes blancs hétérosexuels fortunés.

Cette question des privilèges est intéressante, parce que ce sont ceux qui en ont le moins qui y tiennent le plus. Les working class anglais sont d’autant plus racistes que leur privilège de blancs est bien la seule chose qui les distingue de leurs collègues noirs, tout aussi exploités et méprisés. Les prolos homophobes sont d’autant plus attachés à leurs privilèges d’hétérosexuels que c’est bien un des seuls dont ils peuvent encore jouir en 2013.

La tristesse des blancs hétéros

Alors que nous parlions des choses qui nous mettent en colère en Hollande, une amie irlandaise m’avait dit: sous la colère, il y a la tristesse. La paresse des autres la mettait en colère parce qu’elle n’avait pas eu le droit d’être paresseuse quand elle grandissait en Irlande. Chez moi, l’arrogance des kakkers, ces nouveaux riches semi-illettrés qui envahissent Amsterdam avec leurs 4×4 achetés à crédit me mettait en colère, parce que j’avais dû étudier très dur et que je m’étais vautré (à tort) dans l’illusion que seuls le travail et la discipline seraient récompensés quand je serai grand.

Je pense que la colère des Hollandais envers Quinsy Gario et Anouk, et la haine des opposants au mariage pour tous envers les homos et Christiane Taubira (noire et femme qui refuse la place en bas de la pyramide sociale qu’on lui a assignée depuis sa naissance) est liée à cette tristesse enfouie.

Si les discussions avaient été gérées par un bon psy, nous aurions pu avoir un moment de révélation, premier pas vers la guérison:

«On nous avait dit que ce n’était pas grave que nous soyons exclus et humiliés, car être blanc et hétérosexuel nous rendait exceptionnels, intrinsèquement supérieurs. Tout cela était un mensonge. Nous sommes au même niveau que les autres perdants de la société, et cela nous rend triste.»

Il n’en a rien été. Les élites hollandaises ont été nulles, et les élites françaises plus nulles encore. Les partis politiques n’ont pas été à la hauteur, l’Eglise non plus. Des moments qui auraient pu être cathartiques ont finalement conforté les déçus dans leur haine et ont fossilisé les rancœurs.

Le Pen et Wilders n’ont qu’à faire leur récolte

Et, dans cet océan de tristesse, les seuls à vraiment en profiter sont Marine Le Pen et Geert Wilders, dont je vous parlais au début. Ils n’ont qu’à se baisser et ramasser les voix, sans avoir même dû se mouiller sur la question. C’est cela que Marine Le Pen vient célébrer aux Pays-Bas: la nullité de nos «débats», l’incapacité des élites au pouvoir à faire avancer les choses du bon côté, leur manque de vision, la haine des classes moyennes et inférieures causée par la révélation de l’inexistence de leurs privilèges.

Si Marine et Geert étaient vraiment sincères, voici ce qu’ils nous diraient:

«Venez à nous, prolétaires racistes, catholiques homophobes, populasse déclassée et triste, nous ferons semblant de vous défendre tout en collaborant avec la droite libérale et ceux qui ont de vrais privilèges sonnants et trébuchants. Venez donc! Elisez-nous contre les nègres grincheux et les pédés vindicatifs, nous célébrerons vos privilèges imaginaires en nous goinfrant de postes intéressants et d’honneurs inaccessibles pour vous! Allez-y! Rassemblement Bleu Marine, les Pays-Bas aux Hollandais, sus à l’islam et à l’UMPS!»

Laurent Chambon

Article également publié sur Minorites.org

 

*Nous les autres employées du bar ainsi que le gérant avons rédigé
collectivement la réponse qui suit.*

Notre réponse ci-dessous est écrite par les huit autres personnes qui
travaillent derrière le bar.
Le texte *Mutinerie à la Mutinerie **semble parler au nom de toutes les
personnes racialisées du bar.* Nous tenons à préciser que les employées du
bar qui ont rédigé le texte *Mutinerie à la Mutinerie* sont au nombre de
trois. Parmi nous, qui écrivont cette réponse, quatre sont racialisées
(même si l’une a un passing conditionnel de blanche, c’est à dire que dans
certains contextes elle est perçue comme blanche dans d’autres arabe et
n’a, malgré tout, pas les mêmes privilèges que les blancHEs) et enfin,
quatre sont blancHEs.* *

Notre parole, et *avant tout celle des autres personnes racialisées de la
Mutinerie*, a été confisquée par le texte *Mutinerie à la Mutinerie*..

*Pour que la parole de toutes soit entendue c’est la responsabilité de
chacunE de diffuser ce texte partout ou l’autre a été diffusé.
*
Le texte *Mutinerie à la Mutinerie* utilise un discours d’émancipation de
personnes qui subissent des oppressions historiques, issues de l’histoire
coloniale et institutionnelle dans la société et l’a détourné afin de
servir des individuEs et des intérêts personnels et non pas un collectif
qui peut, au fur et à mesure, exister au sein de l’équipe du bar. Elles ont
exclu (même pas consulté) les autres personnes racialisées du bar et elles
tentent de nier leurs dissentiments en les qualifiant d’ assimilationistes.

Enfin, leur texte utilise et profite de caricatures pour provoquer un
scandale et lui donner plus d’ampleur. Cela donne énormément de visibilité
à une initiative qui nous semble plus destructrice que constructive. C’est
triste de remarquer qu’en revanche les mesures et initiatives déjà mises en
place par les personnes racialisées et politisées de l’équipe, n’ont pas
bénéficié d’autant de diffusion car ces dernières n’utilisaient pas des
moyens manipulateurs pour les visibiliser.

*Les autres employées racialisées de la Mutinerie sont très blessées par la
description qui est faite d’elles à la fin du texte et qui vise à les faire
taire. Les meufs racialisées de l’équipe suffisamment “dépolitisées”
pour “performer
le folklore de leur race” “afin d’attirer les clientEs hypes du week end”,
suffisamment bêtes pour être aveuglées par leurs privilèges au sein du bar
et ne pas voir les profondes injustices qui touchent leurs camarades
racialisées vous emmerdent. *

Pour commencer, nous souhaiterions répondre à plusieurs points évoqués dans
ce texte. Il y a énormément de mensonges et d’arrangements avec la réalité
qui nous surprennent énormément surtout venant de la part de personnes qui
travaillent effectivement à la Mutinerie. *Comment ne peuvent-elles pas
savoir elles-mêmes que beaucoup de leurs allégations sont fausses ? *Et si
elles le savent, quelle est la raison derrière une manipulation consciente
de la réalité ? Nous n’avons pas les réponses à ces questions. Mais notre
texte, comme dit plus haut, est rédigé par le reste de l’équipe de la
Mutinerie, nous sommes donc très au courant de la véracité ou non de
certains faits décrits.

*Ecarts de salaire.* Vous dites * »On est payé entre 200 et 400 euros par
mois sans être déclaré quand l’équipe-gérante gagne entre 5 à 10 fois plus
par mois, au minimum. »*

C’est complètement faux : seulement 2 personnes sont sous contrat .

La personne qui gagne plus est une personne racialisée et qui a beaucoup
d’ancienneté car elle était déjà employée de l’Unity depuis plus de 10 ans.
Elle n’a pas la nationalité française et a besoin de travailler pour
maintenir son visa. Elle gagne un salaire de *9,6 euros net* de l’heure.

L’autre personne qui a un contrat gagne *7 euros 33 net* de l’heure *(toutes
les personnes non déclarées gagnent 10 euros net de l’heure*).

Pour les personnes déclarées, il ne s’agit pas d’un job d’appoint, d’un job
étudiant ou autre. C’est l’unique source de revenu qui leur permet de payer
leurs loyers. Par ailleurs, les décrire comme des bourges blanches c’est
dégueulasse, sachant qu’une est racialisée et n’a pas la nationalité
française et que l’autre, avant de bosser à la Mutinerie, était au RSA
depuis 5 ans, loue une chambre chez l’habitant, et pour être transparent,
il lui reste 400 euros une fois qu’elle a payé son loyer.

Le salaire le plus élevé est donc celui de la personne racialisée sous
contrat. Elle gagne 1700 euros nets par mois ( 9,6 euros net/heure). Le
salaire du gérant fluctue en fonction de la santé financière du bar il est
passé de 1100 euros à 750 euros depuis le début du mois.

Par ailleurs, quitte à situer tout le monde puisque vous semblez
représenter beaucoup de gens dans votre texte, il nous semble malhonnête
que vous écriviez que vous n’avez pas bénéficié du“(…) temps nécessaire à
l’acquisition d’un capital culturel ou militant etc”. Puisque sur vous
trois, deux ont fait ou font des études supérieures ( à l’université ) et
l’une particulièrement a au moins un bac+5. C’est malhonnête de
sous-entendre l’inverse puisque c’est fait pour susciter l’empathie chez
des gens qui sont dans les situations que vous décrivez, qui se
reconnaîtront dans ce que vous dites et les pousser à prendre pour argent
comptant tout ce que vous raconterez dans la suite du texte.

Nous considérons que la formulation « 200 à 400/mois » dans votre texte est
volontairement imprécise pour sous-entendre que des personnes auraient été
payées 200 à 400 euros pour un mois de travail. *Le taux horaire pour tout
le monde est donc de 10euros net* sauf pour les deux personnes sous contrat
comme dit plus haut. Si une extra a été payée 200 euros c’est qu’elle a
fait 20h de travail, point. Si une personne n’a pas beaucoup de jours de
travail c’est qu’elles sont distribuées à l’ancienneté (allié à la prise en
considération du fait que la personne ait un boulot ou non à côté du bar
donc un autre moyen de subsistance ).

Par contre il est vrai que fonctionner à l’ancienneté n’est pas forcément
toujours juste et nous allons remettre cela en question ( avec une priorité
conservée à celle d’entre nous qui a fait ce métier pendant plus de 10 ans
et mérite, selon nous, un statut particulier ou celles dont c’est la seule
source de revenus ).

Vous sous-entendez des salaires mirobolants « *l’équipe-** **gérante gagne
entre 5 à 10 fois plus par mois, au minimum* » Nous n’avons aucune idée d’où
viennent ces chiffres et de qui vous parlez. C’est complétement faux. *Tout
au long du texte nous nous demandons d’ailleurs qui vous désignez comme
“l’équipe gérante’’.** *

*Absence de droit du travail. * »*Certain.e.s bénéficient de la possibilité
de se faire payer les taxis, d’avoir des vraies pauses repas payées,(…)* »

Quand le fait d’avoir parfois des taxis remboursés par le bar a été proposé
à la dernière réunion, cela a été immédiatement accepté. Il n’y a jamais eu
plus de taxi accordés aux unes qu’aux autres.
Concernant les pauses repas payées. Cette demande légitime a émané lors de
la dernière réunion, de la part d’une des personnes qui se met en grève.
Cette demande a été acceptée immédiatement par le gérant qui a même ajouté
que *tous les membres du personnel pouvaient prendre 7 euros dans la caisse
pour se payer à manger.

*Vous dites ensuite : * »(…) de fermer plus tôt, des arrêts maladie, des
avances extraordinaires, d’être payé.e.s par le bar et la sécu pendant
leurs arrêts (et tant mieux) quand l’une d’entre nous a vu ses jours
non-payés après avoir été hospitalisée ou l’autre par exemple. Basé sur une
domination classiste, on renforce les plus riches dans leurs privilèges
(…) »*
L’achat du fond de commerce dont vous parlez plus loin ( en sous-entendant
qu’il était caché des employées !) devait justement permettre une stabilité
financière qui aurait permis d’améliorer en priorité les conditions de
travail, chose qui avait été discutée plusieurs fois auparavant. Cependant
nous reconnaissons que pendant cette année, La Mutinerie n’a pas mis en
place de structure qui aurait pu améliorer les conditions de travail et
protéger ses employées. Nous reconnaissons que c’est injuste et peu
sécurisant. Nous aurions pu, par exemple, proposer une alternative aux 10e
net de l’heure actuels des employées sans contrat qui auraient pu choisir
de n’être payées que 8e net et que la différence soit conservée (par
elles-même) dans une caisse pour financer les arrêts maladie ou les congés
payés. Nous proposons de mettre cela en place immédiatement en attendant
les changements de statut de la Mutinerie qui, pour des raisons légales et
administratives , peuvent prendre plusieurs semaines.

Nous allons modifier la situation contractuelle des employées lors du
changement de structure de la Mutinerie. Nous voulons seulement ajouter que
nous ne sommes pas d’accord avec cette idée que toutes les employées de la
Mutinerie voulaient des contrats ( encore une fois vous avez parlé vite au
nom de toutEs ). Par exemple, ça arrangeait aussi certainEs personnes, qui
vous répondent ici, d’être non déclarée : ça leur permettait d’être payéEs
plus par l’état notamment à cause des bourses, du chômage, du rsa. Et nous
répétons ici que le gérant avait déjà dit que cette situation était
modifiable pour chacunE.

A propos des  »avances extraordinaires » dont vous parlez, vous semblez
faire référence au jour où l’une des personnes sous contrat a reçu en
retard l’argent de son arrêt maladie ce qui l’a mise dans la merde et où le
gérant lui a avancé l’argent. Nous ne voyons pas ce que vous trouvez de
mal à ça et au contraire, nous trouvons qu’à plein de moments, le bien-être
des employées était plus pris en compte que dans d’autres entreprises. Vous
avez d’ailleurs bénéficié aussi de ce genre d’aide. Le gérant a
effectivement parfois avancé de l’argent aux personnes qui le demandaient (
sans distinction de classe, racialisation ou genre ) et a toujours essayé
de trouver des solutions chaque fois que l’une d’entre nous *ou d’entre vous
* avait des problèmes d’argent.

Et quand vous dites  »l’une d’entre nous a vu des jours non payés après
avoir été hospitalisée », aucunE d’entre nous ne voit de quoi vous parlez.

Vous dites ensuite « on renforce les plus riches ». Vous semblez
sous-entendre que les deux personnes sous contrat font partie des plus
riches. Autrement dit de la personne racialisée de la Mut qui n’a pas la
nationalité française et a son titre de séjour grâce à son contrat à la
Mutinerie. Et de la personne au RSA depuis 5 ans. C’est elles les plus
riches ??

Cela nous semble tellement hallucinant que vous utilisiez une formule
plurielle alors que ce que vous dites ne s’applique qu’à une personne à la
Mut : le gérant. Qui d’ailleurs ne s’est pas  »enrichi » grâce à la Mut,
pour preuve, le bilan comptable réalisé et certifié par un cabinet
comptable qui a été transmis à l’équipe. Cependant nous reconnaissons que
ce bilan n’a pas été retransmis aux nouvelles personnes qui ont intégré
l’équipe depuis puisque c’est un bilan annuel. Pareil, au début de la
Mutinerie chacunE avait été informéE sur les salaires de chacunE.

Mais les comptes rendus de nos anciennes réunions n’ont pas été retransmis
aux nouvelles personnes dans l’équipe. C’est une erreur de notre part et
nous comprenons que cela a engendré des doutes et des inquiétudes quant à
la distribution de l’argent. Nous proposons d’inscrire le salaire de
chacunE dans un document accessible de manière permanente à toutE employéE
de la Mut, de faire de même avec nos anciens compte rendus de réunion et
avec le bilan comptable.

*Différences de traitements*. Sur le paiement des artistes vous dites:
« *Certain.e.s
performeur.euse.s, particulièrement les performeur.euse.s-employé.e.s de
l’équipe, peuvent être payé.e.s jusqu’à 200 euros le quart d’heure ce qui
correspond à un mois de salaire pour la majorité d’entre nous.* »

On retrouve la même manipulation de la formulation pour sous-entendre que
des gens à la Mut sont payées 200 euros pour un mois de travail complet
alors que cela correspond à 20h de travail. De plus vous dites  »la
majorité d’entre nous » : encore un mensonge.

Personne n’a jamais été payée 200 euros *pour 1/4 d’heure de show*, encore
une fois ici vous exagérez et déformez la réalité. Par contre il est vrai
que le paiement des artistes, djs, n’a pas toujours été uniforme et
suffisamment transparent. Au début de la Mutinerie l’argent donné à des
artistes, dj, performeuses, pouvait varier. D’ailleurs, encore une fois,
une des grévistes en a, elle aussi, bénéficié. Il y a longtemps que nous
avons déjà pointé ça du doigt et ce système s’est petit à petit régulé.
Enfin lors de la dernière réunion un nouveau barème de cachets a été
décidé, et il est maintenant le même pour toutes les performeusEs et le
même pour toutes les dj. Pourquoi omettez-vous de parler de cela ? Pourquoi
parler comme si ce n’était pas un problème que nous avions remarqué et
réglé ?

Cependant il est toujours possible de rediscuter cela et il est important
que nous nous penchions sur les conditions de production des activités que
propose la Mutinerie tout en gardant en tête que l’estimation du cachet des
artistes doit inclure le temps de préparation qu’il y a derrière
l’organisation d’une soirée et de la promotion que les artistes doivent
assurer euxelles-mêmes.

Quand vous dites « *Aussi, quand eux se payaient directement dans la caisse,
nous, nous devions quémander notre dû au point de se sentir illégitimes.*. »
Nous ne voyons absolument pas à quoi vous faites référence. Chaque employéE
de la Mut peut se payer directement dans la caisse elle-même. Toute
personne qui a travaillé à la Mut le sait, cela nous semble encore une
preuve de mauvaise foi.

*Véritable exploitation économique*. Vous dites que le patron faisait
croire à des risques de fermeture du bar. Ce n’est pas vrai le bar était en
réel danger économique. – le bar gagne tout juste de quoi fonctionner :
payer les gens, les boissons, le loyer etc. Or, il y a des problèmes de
plomberie et des travaux à faire, très coûteux : l’eau inonde le sous-sol
qui n’appartient pas au gérant, et il y a une plainte en cours. C’est dire
l’urgence de ces travaux. + travaux d’insonorisation ( ultimatum de la
préfecture avant fermeture administrative )… Donc si on voulait garder tout
le monde, il fallait bien à un moment trouver des sources extérieures de
financement.

Cependant si des gens qui ont donné lors de la collecte de fonds le
regrettent, qu’elles nous écrivent, nous nous engageons à les rembourser.
Pour information, nous allons arrêter la collecte la semaine prochaine et
publierons un communiqué comportant le montant final récolté et la manière
dont les fonds vont être utilisés.

A propos des bénévoles que le gérant auraient exploitéEs. Nous ne voyons
que 2 choses auxquelles vous faites peut-être référence. Il y a eu un dj
set bénévole et l’organisation d’une soirée concert de soutien par l’une
des grévistes. A chaque fois, cela faisait suite à une proposition
spontanée émanant des personnes bénévoles.
Par contre, le gérant ici reconnaît qu’il n’a peut-être pas assez exprimé
sa reconnaissance pour le travail et l’énergie investis dans ces actes de
soutien. Il le regrette et présente ici ses excuses. Il est clair que ces
initiatives avaient beaucoup aidé le bar.

Comme déjà dit plus haut, le gérant travaillait avec un cabinet comptable
et le bilan était diffusé à la fin de l’exercice comptable. Mais c’est
clairement insuffisant. Nous reconnaissons que la structure de la Mut
engendrait des rapports de pouvoir ne serait-ce que par la non-mise à
disposition du bilan comptable aux nouvelles employées. Nous souhaitons en
changer au plus vite, que chacunE ait le même pouvoir décisionnaire et
qu’il y ait une plus grande transparence financière.

*
Stigmatisation raciale.* Encore une fois, vous parlez au nom de toutes les
personnes racialisées mais ne représentez que vous-mêmes. Vous parlez
d’accusation à l’encontre de personnes racialisées et motivées par du
racisme. Vous dites aussi que ces accusations étaient infondées et
injustes. Ce n’est pas vrai. Il y a eu effectivement une accusation de vol
d’un sac à main qu’une cliente avait oublié au bar. Ce n’était pas une
accusation nominative comme vous le dites. Par contre, l’une d’entre vous a
reconnu qu’elle l’avait pris, puis après toute une série de mensonges, (1)
a admis l’avoir volé. Ce qu’elle semble avoir oublié maintenant. Qui
manipule qui ici?

Vous dites * »Une Répartition raciale des tâches : d’une façon générale, le
ménage et les livraisons n’étaient assurés que par nous (…) »*
C’est faux. ChacunE a dû accueillir les livraisons et faire le ménage sans
distinction de classe, de racialisation, de genre ou d’ancienneté au sein
de l’équipe ( ou de positionnement dans la structure de la Mut : le gérant
a nettoyé les toilettes, le gérant s’est occupé des livraisons, etc..).

Par ailleurs, dans la dernière réunion il a été décidé que le rôle
notamment d’accueil des livraisons ( travail pénible où il faut porter des
choses lourdes et peu valorisant ) sera effectué par deux personnes ( le
gérant blanc et un employé blanc ) pour que cette charge de travail ne soit
pas rajoutée aux personnes qui travaillent au bar le jour des livraisons. A
nouveau, vous faites abstraction de ce que nous avions déjà mis en place
pour améliorer les conditions de travail, vous faites abstraction de la
parole des autres employées, vous caricaturez et vous manipulez la réalité.

Vous dites « *Aucune responsabilité décisionnelle ne nous a jamais été
concédée.*  »

Nous reconnaissons que la structure de la Mut n’a pas permis un partage
complet des pouvoirs. Même si des réunions étaient organisées
régulièrement, même si chaque revendication pour améliorer les conditions
de travail a toujours été acceptée et mise en place, même si beaucoup de
décisions étaient prises collectivement, il est vrai que le gérant prenait
certaines décisions seul et surtout, gardait le monopole sur la gestion de
l’argent ( même si c’était en essayant de le faire de manière
transparente). Par ailleurs, le gérant reconnaît ne pas avoir réussi à
mettre en place des outils de communication qui auraient permis à certaines
personnes qui n’osaient pas s’exprimer de le faire. Il accepte son entière
responsabilité là-dedans et dans le fait de ne pas l’avoir fait parce qu’il
était en partie inconscient de sa position de pouvoir et qu’il avait
l’impression qu’il y avait une bonne communication au sein de la Mut’.
C’était le cas pour la majorité des employées mais pas pour toutes.
Cependant dès que ces critiques sont apparues, il a immédiatement proposé
d’abandonner son poste de gérant, de changer la structure de la Mut et de
mettre en place d’autres outils de communication. Ces propositions sont
restées sans réponse et rien n’a été proposé à la place.

Ainsi les méthodes que vous utilisez nous surprennent toutEs au sein du
reste de l’équipe : *une grève a lieu généralement quand des revendications
ont été rejetées. *Ce n’est pas le cas ici. Vous avez coupé la
communication avant même de revendiquer des choses, n’avez répondu à aucune
proposition de dialogue, n’avez pas contacté les autres personnes
racialisées de l’equipe.

Plus loin vous dites  »*Une Répartition raciale des temps de travail : les
noires et les arabes ne travaillent qu’ensemble le week-end parce que les
blancs refusent de travailler avec nous.’*’
C’est juste faux.

Il suffit de consulter le planning de l’équipe pour se rendre compte que
cet argument est faux. D’ailleurs, pourquoi se plaindre de l’oppression des
blancs qui vous obligeraient à nettoyer les chiottes, si vous travaillez
uniquement entre personnes racialisées ?? Faudrait savoir. Bref, encore une
fois l’équipe non gréviste, personnes racialisées et blanches confondues
confirment qu’il s’agit d’un mensonge. Les équipes de travail n’étaient
jamais constituées en fonction de ces critères, il y a de nombreux jours où
des personnes blanches travaillent avec des personnes racialisées. Par
contre, ce qui est ironique, c’est que c’est l’une d’entre vous qui a
demandé à ne pas bosser avec une autre personne de l’équipe ( extrait du
mail ( capture d’ecran disponible ) : « j’ai demandé à Ju de ne plus bosser
avec toi»).

Ensuite, toutes les blanches travaillaient aussi le week-end à l’exception
de l’une d’entre elles qui ne travaillait que le dimanche mais a déjà
proposé un changement qui a été refusé par une des grévistes.
Voici un extrait de leur échange par mail, des captures d’écran sont
disponible si demandées : “ Si ça te saoule que je bosse que des dimanches,
on peut échanger quelques de tes samedis contre des dimanche (j’ai un taf
les vendredis, sinon je proposerai les vendredis aussi). (…)’’ et la
réponse : “ pour moi là c’est du mélange perso et pro dans le sens où si ca
me gênait ( ce qui n’est pas le cas) je ne t’en parlerai pas ici. Je t’en
parlerai soit en vrai soit en réu. (…) Et moi, perso, ca me va tt à fait
de bosser vendredi ou samedi.” ).
Et enfin, la seule personne à ne bosser que du lundi au jeudi est une
personne racialisée.
Cependant, nous aurions dû mettre en place un planning non figé pour que
les personnes ne travaillent pas les mêmes jours toutes les semaines, mais
encore une fois, cela n’a jamais été mentionné en réunion.

Vous évoquez ensuite la vulnérabilité, le manque de protection des
employées face aux violences qu’elles subissent au travail. Le gérant
reconnaît qu’il ne s’est pas assez investi dans cette question là et qu’il
reste encore beaucoup de choses à faire. Il y a eu aussi des tentatives
d’aborder ces questions et de trouver des solutions concrètes venant de la
part d’une employée non gréviste qui n’ont pas vraiment été suivies
d’actions. Enfin, il y a eu tout de même des décisions d’exclusion qui ont
été prises dans une tentative de protéger les employées et la clientèle de
différentes personnes qui ont été violentes envers elles. Par contre, le
gérant reconnaît que, par exemple, lorsque ces décisions ont été prises (
jamais seul mais pas toujours prises avec l’équipe au complet présente )
l’information circulait mal, ce qui a donné lieu à des situations très
problématiques : une personne exclue qui parvient à être dans le bar malgré
tout. Et aussi dans l’autre sens où une fois une employée ne savait pas
qu’une personne n’était plus exclue ( cette employée n’avait pas été la
cible de cette personne mais tout de même c’était la mettre dans une
position qui craint ).
Ces problèmes de communication, ces décisions qui sont prises sans que tout
le monde soit présent sont problématiques et nous proposons d’y mettre un
terme en établissant par exemple un quota minimum de personnes devant être
présentes pour qu’une décision soit prise et qu’ensuite cela soit
communiqué immédiatement à chacunE et enfin archivé dans un document
accessible à toute personne de l’équipe en permanence. Nous espérons aussi
que le changement de structure légale de la Mutinerie favorisera également
une meilleure communication et des prises de décisions exclusivement
collectives.

Même si nous les réfutons, nous n’allons pas relever les  »caprices de
confort » que vous mentionnez ensuite à part pour relever l’expression d’
« empathie sélective » que vous utilisez et qui nous semble particulièrement
ironique.
Vous avez fait de l’empathie sélective en parlant au nom de toutes les
personnes racialisées de la Mutinerie sans leur demander leur avis. Malgré
votre prétention d’avoir un discours purement politique, il ne semble pas
anodin que parmi les 4 personnes racialisées de l’équipe qui n’ont pas été
contactées, 2 se sont embrouillées avec une des grévistes (pour des
diverses raisons; certaines personnelles et certaines professionnelles).

*
La notion de consentement :* Vous dites * »Ce lieu se revendiquant du
féminisme tolère des prises d’espace, de visibilité et de pouvoir venant de
personnes aux comportements douteux et abusifs. Et, plus généralement, ils
ignorent ces comportements en fonction de la popularité des personnes
impliquées. »*
Encore une fois nous ne voyons pas de qui vous parlez. Il nous semble au
contraire que nous avons à plusieurs reprises été à l’écoute lorsqu’on
venait nous voir pour nous signaler des comportements abusifs chez
quelqu’unE, accédant même à des demandes telles que l’annulation de soirée
ou l’exclusion du bar.
Si vous avez un problème avec la présence ou la participation au bar de
quelqu’unE parlez-en, dites ce dont vous avez besoin et dans la mesure du
possible, aidez nous à élaborer des solutions.

*
Une domination de genre.* A propos de ce que vous reprochez au gérant
là-dessus. Nous n’allons pas nous attarder dessus car le gérant reconnaît
qu’il a très mal géré ses relations affectives et sexuelles ( même si quand
même faut pas exagérer c’est faux quand vous dites qu’il * »entretient des
relations sexuelles (dissimulées) avec (au moins) quatre de ses employées* »).
Il reconnaît qu’il a fait peser ses choix affectifs et sexuels sur l’équipe
du bar (communication moins bonne, prendre toujours la défense de la
personne avec qui il entretenait une relation et du coup ne pas entendre
les critiques d’ordre professionnel qui sont faites sur elles ), sur ses
proches ( rivalité, impossibilité de s’exprimer sans craindre d’être perçue
comme jalouse, amiEs tiraillées au milieu de cette situation, etc.. ) et
sur les personnes concernées. Le gérant reconnaît qu’il s’agit d’un
comportement anti-féministe. Il présente ses excuses pour ça et cela fait
partie de sa décision d’abandonner sa position de pouvoir au sein du bar.

*Silence et violence*. Vous dites * »Nombreux et nombreuses sont celleux qui
savaient mais qui ont choisi de ne rien dire, pire de cacher et mentir.
(…)* »
Même si nous ne sommes pas d’accord avec ces accusations de “cacher et
mentir’’ nous voulons dire ici que nous savons que nos communautés ne sont
pas exemptes des oppressions racistes, classistes, sexiste et transphobe du
monde dans lequel nous vivons. Nous sommes conscientEs qu’il est très
important d’entamer un réel processus de remise en question et de réflexion
sur ces questions là et que chacunE d’entre nous a beaucoup à apprendre
pour être unE meilleurE alliéE. Nous comprenons que parmi les personnes
racialisées de l’équipe cela peut être difficile de parler de ces sujets
avec des collègues qui sont aussi des amies. Nous nous engageons à
davantage parler ( notamment en réu ) et agir sur ces questions-là.

*
Diffamation et exclusion*. Vous dites*  »le patron a alors tenté de virer
l’une d’entre nous. »** **ou plus loin vous parlez d’  »une véritable
campagne de diffamation afin d’organiser un vote entre l’équipe-gérante
pour l’exclure ». *
De nouveau tout cela est faux. La seule chose qui a été dite c’était de
faire attention à ne pas colporter de rumeurs. Cela a été pris au sérieux.
Le problème c’est que cette personne, que le patron voulait soi-disant
virer, rejetait toute critique d’ordre professionnel en les qualifiant de
rumeurs racistes, sexistes, et classistes.
Manipuler des discours politiques pour refuser de prendre ses
responsabilités est super nocif pour ces mêmes discours et c’est pour ça
que même d’un point de vue politique, les personnes racialisées de l’équipe
non grévistes sont particulièrement critiques de ces manipulations.
*Il n’y a pas eu de complot, il y a eu des critiques d’ordre professionnel
de la part de beaucoup des collègues de cette personne.* Même une des
personnes gréviste et donc qui a co-écrit ou au minimum validé le
texte *Mutinerie
à la Mutinerie* se plaignait auprès de plusieurs personnes de l’équipe du
comportement non-professionnel de celle soit-disant objet de rumeurs.
Enfin, vous nous accusez d’avoir entrepris une « campagne de
décrédibilisation » lorsque c’est l’inverse : cette personne a fait
exactement ça vis-à-vis de plusieurs personnes de l’équipe ( elle a aussi
fouillé dans les mails de l’un d’entre nous et a utilisé ce qu’elle y
lisait en le décontextualisant et le déformant pour essayer de nous monter
les unEs contre les autres ).

Ce texte est déjà suffisamment long, encore une fois nous n’allons pas
commenter beaucoup de choses qui sont des mensonges: organisation d’un
soi-disant vote pour exclure cette personne, obligation de se retirer sans
solde ( le gérant a proposé une indemnisation en mode  »solde de tous
compte » avant d’être accusé de vouloir acheter le silence de cette
personne!)

Cependant, nous reconnaissons qu’un jour, deux personnes de l’équipe se
sont réjouies devant d’autres personnes du fait que la personne en question
prenait une pause dans son travail à la Mutinerie. Même si il est important
pour nous de faire comprendre qu’une partie de l’équipe ne souhaitait plus
travailler avec elle pour des raisons de non-professionnalisme, nous
reconnaissons qu’il était déplacé de s’en réjouir publiquement et a dû
participer à l’impression de complot organisé contre elle.

Dans la suite du texte il y a encore beaucoup de diffamations (niveau de
vie qui aurait augmenté sous vos yeux pour certaines personnes) sur
lesquelles nous n’allons pas nous attarder.

Par contre nous voudrions particulièrement relever un des derniers
paragraphes. * »Par ailleurs, les cautions noires et arabes qui servent de
marionnettes, qui croient encore en l’illusion républicaine, qui espèrent
l’assimilation ou performent leur race dans un folklore dépolitisé ne
peuvent en rien servir de prétexte à l’égalité ou servir à nous opposer.
Oui, on ne pense pas toutes pareilles…* »

*Nous sommes particulièrement choquées par ce passage qui est une tentative
grossière de faire taire les autres personnes racialisées de l’équipe. *

Quelle condescendance ! Nous les personnes racialiséEs que vous
invisibilisez, tout ce que nous pourrions dire est automatiquement
décrédibilisé parce que vous jugez que nous ne sommes pas aussi
conscientes, éclairées, politisées que vous-mêmes ? Si nous nous opposons à
vous c’est que nous sommes des marionnettes ? Vous prétendez nous ôter, en
ces quelques phrases méprisantes, toute légitimité. Cela appuie ce que vous
avez fait tout au long de ce texte en sous-entendant que vous étiez les
voix des employées racialisées de la Mutinerie. Cette usurpation de la
parole d’autres personnes racialisées nous rend suspicieuses que le but
réel de votre démarche soit vraiment d’améliorer la condition des personnes
racialisées à la Mutinerie. Il nous semble, au vu des mensonges qui y sont
racontés et qui circulent depuis un certain temps sur plusieurs membres de
l’équipe non gréviste et sur le gérant, qu’il y a là dessous, en tout cas
pour l’une des personnes grévistes, une histoire de vengeance personnelle
liée à des questions affectives. On ne dit pas cela dans le but de
dépolitiser l’affaire (nous reconnaissons qu’il y a beaucoup des choses à
régler dans la structure de la Mutinerie pour améliorer les conditions de
travail de touTEs) mais pour souligner combien votre texte essaie de faire
taire toute critique ou avis contradictoire en niant l’existence d’une
réalité interpersonnelle qui existait au sein de l’équipe.

Toujours à propos de l’appropriation de la parole des personnes concernées
: il y a deux textes qui ont été diffusés, l’un est la version longue à
laquelle nous répondons ici et l’autre est un message plus court qui
dénonce entre autres la transphobie. Encore une fois au nom de qui parlent
ces personnes ? Elles n’ont pas contacté les personnes trans’ de l’équipe
pour faire consensus sur ces questions. De plus, l’une des grévistes a eu
très régulièrement des propos transphobes ( dire que c’est cool de sortir
avec un mec trans’ qui n’a pas une voix de canard à cause de la
testosterone, dire à deux clientEs que ce n’est pas transphobe de dire que
les pédés ont des bites et les gouines des chattes, dire que les trans’ se
positionnent toujours en victime, refus de genrer correctement au moins 3
personnes trans’, faire des blagues sur le mauvais passing d’unE clientE,
dire à 2 reprises à une meuf trans’ que les femmes trans’ ont trop de la
chance parce que c’est plus facile pour elles de faire du travail du sexe,
etc… ) suivi d’un refus total de se remettre en question. Tout ça pour
dire, que vous ne faites pas en plus le porte-flambeau de la lutte contre
la transphobie, que c’est super déplacé et les trans’ de la Mutinerie n’ont
pas besoin de votre aide, merci bien.

*Réponse aux revendications*

Nous allons mettre en place le changement de statut du bar et la
redistribution des rôles décisionnels. Cela fera l’objet d’un autre texte
qui sera diffusé sur le site internet de la Mutinerie car nous avons besoin
d’avoir un peu de délai pour voir quel type de structure nous pouvons
adopter.

Nous voulons aussi que les personnes grévistes fassent partie intégrante de
ce changement. Cependant nous nous réservons encore le droit de nous
prononcer sur la réintégration de la personne qui nous accuse de complot. A
l’époque, personne ne s’était ligué et organisé contre elle ( et le gérant
n’avait pas monté les gens contre elle). Mais maintenant, après avoir subi
les mensonges qu’elle colportait sur beaucoup d’entre nous, son incapacité
à se remettre en question, ses propos et comportements contraires à nos
positionnements politiques, son comportement non-professionnel qui met le
bar en danger et donc indirectement le travail de ses collègues (2), ses
tentatives de manipulation et de nous monter les unes contre les autres,
l’équipe non gréviste ne souhaite pour le moment plus travailler avec elle.
Au point que si elle réintégrait la nouvelle version de la Mutinerie à
laquelle nous espérons toutEs participer, plusieurs personnes préféreraient
partir. Il faut donc que nous trouvions une solution ici qui réponde aux
besoins de chacunE ( cette personne y compris ) autant que possible. Nous
espérons que la réaction des grévistes à ce texte ira dans ce sens. Pour le
moment, nous n’avons pas la réponse à cette question.

Nous ne soutiendrons pas non plus la démission des personnes dites
 »racistes » car il nous semble que ces accusations sont basées sur des
mensonges et des manipulations. Par contre, nous sommes d’accord pour faire
malgré tout une remise en question sur ces questions-là qui pourrait passer
par exemple par une réunion en non-mixité avec TOUTES les personnes
racialisées de la Mutinerie, qui pourrait aboutir à des revendications
portées auprès du reste de l’équipe.

Nous refusons l’annulation de tout événement politique. Comme expliqué plus
haut, nous avons des problèmes d’ordre politique avec une grande partie du
texte *La Mutinerie à la Mutinerie*. De plus, un certain nombre de
collectifs et d’associations comptent sur notre soutien financier et la
visibilité que le bar leur apporte. Cependant, nous nous engageons à faire
part aux personnes souhaitant organiser des évènement politiques à la Mut
des critiques qui ont été émises à l’encontre de la Mutinerie ainsi que de
notre réponse. Simplement en leur transmettant les deux textes et sans un
mot de plus sur tout ça, de manière à ce qu’iels décident par iels même de
leur participation ou non au bar, en connaissance de cause. Nous pouvons le
faire par exemple par mail avec une des grévistes, de manière à ce qu’elles
puissent s’assurer que c’est effectivement fait.

Nous refusons également d’enlever la charte, elle a été écrite
collectivement ( et largement par des clientEs ) par des personnes dont un
grand nombre nous a signifié leur soutien face au texte *Mutinerie à la
Mutinerie*, et même si nous reconnaissons que nous même n’arrivons pas à
toujours veiller à ce qu’elle soit appliquée, nous y aspirons
sincèrement. Cette
charte, n’est pas un manifeste politique; c’est plutôt le fruit des
observations communautaires et des conseils sur les comportements à
adopter. Le fait que même nous n’arrivions pas toujours à les appliquer
n’enlève rien à l’importance d’avoir un texte de ce type affiché dans le
bar (d’ailleurs, dans le dernier point de la charte, c’est dit qu’on sait
qu’on est pas parfaites).

Nous refusons l’affichage du texte Mutinerie à la Mutinerie dans le bar car
nous considérons qu’il est souvent manipulateur, diffamatoire et
problématique politiquement. De plus ce texte et notre réponse sont longs,
personne ne lira les deux jusqu’au bout affichés sur un mur dans un bar !
Cependant nous ne voulons pas le censurer. Donc, dans un soucis de
transparence, nous proposons d’imprimer le texte *Mutinerie à la
Mutinerie*et celui-ci en plusieurs exemplaires, de les conserver
derrière le bar et
dans la bibliothèque et de mettre une affiche dans le bar qui dirait “si
vous voulez des informations à propos du texte Mutinerie à la Mutinerie il
est disponible au bar, ainsi que sa réponse, n’hésitez pas à nous demander
un exemplaire. »

Nous sommes d’accord avec votre troisième revendication. Que les personnes
grévistes nous fassent parvenir une liste des arriérés et congés maladie
sur lesquelles elles estiment avoir été lésées. Pour les congés payés et
l’indemnisation de chômage, nous sommes d’accord également. Nous pourrions
établir ensemble une estimation qui correspondrait à ce qu’il leur aurait
été dû si ces personnes avaient été sous contrat.

Enfin pour la dernière revendication, nous estimons que ce présent texte
contient les excuses nécessaires. Nous y reconnaissons à plusieurs moments
nos torts. Mais nous pensons aussi que le texte *Mutinerie à la
Mutinerie*instrumentalise différents discours politiques, invisibilise
la parole
d’autres personnes racialisées et se base sur des propos diffamatoires en
espérant provoquer une telle réaction de scandale dans nos différentes
communautés que personne n’écouterait nos réponses.
C’est vraiment ce truc d’usurpation de la parole d’autres personnes
racialisées qui nous dégoûte le plus : on a déjà du mal à faire entendre
des voix de personnes racisées dans un monde post-colonial et surfer là
dessus est dégueu, ça n’aide en rien les personnes racisées à s’émanciper.
Mais et surtout, on a AUSSI du mal à se rallier, à se réunir entre
personnes racialiséEs, et il y a plein d’initiatives, de tentatives, de
groupes, de discussions qui se créent de plus en plus. Mais cela reste
encore très insatisfaisant aux yeux d’un grand nombre de personnes. Et ce
que vous faites là c’est désolidariser un groupe qui tend à s’unifier en
séparant : racialiséEs du côté des blancHEs // racialiséEs du côté des
« grévistes ». Ca va forcément créer une fracture dans les mouvements de
réunion de personnes racialiséEs. Et ça commence déjà puisque des amiEs à
nous se sont largement laisséEs manipuler et vous soutiennent, se
positionnent pour le boycott, avant même d’avoir lu notre réponse. Et nous
sommes certaines que ça va avoir une incidence sur notre manière de nous
réunir.

Nous aimerions conclure en disant que nous reconnaissons qu’au cours de
cette année passée nous n’avons pas mis en place un certain nombre de
choses qui aurait amélioré les conditions de travail. Nous sommes choquées
par l’usurpation de la parole des autres personnes racialisées de l’équipe,
l’instrumentalisation de discours politiques et les propos diffamatoires et
mensongers. Une éthique a été brisée aussi bien par l’équipe du bar que par
les grévistes actuelles.

Cependant il arrive à chacunE d’entre nous de faire des erreurs. Il y a des
modèles mais pas d’école pour apprendre à créer des structures différentes.
C’est difficile, c’est chaotique, mais c’est possible. Et nous espérons
qu’une volonté réelle de notre part à changer la structure de la Mutinerie
et une prise de conscience de la part des grévistes de ce qui est
problématique dans leur texte permettra de nous rapprocher mutuellement,
qu’elles réintègrent ou pas leur travail à la Mutinerie en fonction des
besoins de chacunE. Notre objectif final reste le rétablissement d’une
solidarité et d’une confiance mutuelle.

*MERCI DE DIFFUSER CETTE REPONSE PARTOUT OU MUTINERIE A LA MUTINERIE A ETE
DIFFUSE. *

(1) Réponse 4 jours après la disparition du sac de la cliente : “Le sac (y
a des papiers dedans), je l’ai et vais le déposer au commissariat du 18
sauf si qqun veut/peut le faire? » alors que la Mutinerie est à 100 mètres
du commissariat du quartier et habituellement, nous attendons, avant de
faire cela, de voir si les affaires perdues seront réclamées. Puis la
personne a fini par donner comme explication finale à celle qui avait fait
remarquer le vol du sac : « oui j’avoue je l’ai volé mais c’était pour te
l’offrir tu vois bien que c’est pas mon style de sac, il t’irait mieux ».

(2) fumer un joint dans le bar pendant les heures d’ouverture, fumer des
cigarettes à l’intérieur du bar quand elle travaille tout en interdisant à
la clientèle de faire pareil, laisser le bar longtemps sans surveillance
quand elle travaille seule, prendre plus de pauses que ses collègues quand
elle travaille en binôme, faire des abus de pouvoir en menaçant quelqu’un
qui fait des ateliers à la Mut de prendre la décision seule d’annuler
l’atelier, abus de pouvoir sur ses collègues aussi, de manière générale
parler mal à la clientèle et en traiter un certain nombre mal, reprocher à
ses collègues des choses qu’elle même ne fait pas ou mal, etc..

 

article original: http://www.etatdexception.net/?p=6089

Mutinerie à la « Mutinerie » : grève des cautions arabes et noires

mutinerie03
La Mutinerie, bar du Marais à Paris, a la prétention de se définir comme un bar politique : « féministe, antiraciste, décolonial, par et pour les meufs gouines, trans, queers[1] ». Il se veut collectif, politique, horizontal et participatif. Avec des ateliers à prix libre, des projections, des débats, des événements incluant des réflexions sur le rapport entre dominant-e-s et dominé-e-s.
Nous – issues de l’immigration néocoloniale et de la traite, issues de banlieue et de milieu rural, tout-e-s pauvres donc sans héritage, précaires face au travail et au logement, avec nos loyers et familles à charges, sans réseau propre, sans le temps nécessaire à l’acquisition d’un capital culturel ou militant, etc. – sommes employées à la Mutinerie.
Pourtant, au risque de nous mettre dans une précarité encore plus grande, nous dénonçons, publiquement maintenant, l’organisation et l’exploitation sexiste, raciste et classiste qu’il y a dans ce bar. Par ce texte, nous dénonçons la domination du patron sur ses employées, la domination des blancs sur les autres, et la reproduction de normes hétérosexistes et néocoloniales.
Au vu de la renommée internationale que s’est forgée le bar en se servant de notre image et de nos luttes, nous avons choisi de diffuser ce texte le plus largement possible afin que tout le monde soit bien conscient-e de ce qui s’y joue.
Ce bar prétend « refuser d’ignorer le classisme », pourtant depuis le début :
  • Ecart de salaire : on est payé-e-s entre 200 et 400 euros par mois, sans être déclaré-e-s, quand l’équipe-gérante gagne entre 5 à 10 fois plus par mois, au minimum.
  • Absence de droit du travail : certain-e-s bénéficient de la possibilité de se faire payer les taxis, d’avoir des vraies pauses repas payées, d’avoir des congés payés, de fermer plus tôt, des arrêts-maladies, des avances extraordinaires, d’être payé-e-s par le bar et la sécu pendant leurs arrêts (et tant mieux), quand l’une d’entre nous a vu ses jours non-payés après avoir été hospitalisée ou l’autre par exemple. Basé sur une domination classiste, on renforce les plus riches dans leurs privilèges et surtout, on refuse de leur en retirer au profit d’une juste répartition qui bénéficierait à celles dont la condition inférieure est considérée comme normale.
  • Différences de traitement : certain-e-s performeur-euse-s, particulièrement les performeur-euse-s employé-e-s de l’équipe, peuvent être payé-e-s jusqu’à 200 euros le quart d’heure, ce qui correspond à un mois de salaire pour la majorité d’entre nous. Tandis qu’à prestation/performance égale, des rémunérations différentes sont mises en place. Aussi, quand eux se payaient directement dans la caisse, nous, nous devions quémander notre dû au point de se sentir illégitimes.
  • Véritable exploitation économique : le flou maintenu sur le bar, qui serait un collectif politique ou un lieu commercial, a permis au patron d’entretenir différents privilèges et de nous exploiter. Faisant croire depuis des mois que le bar risquait de fermer, faisant faire du « bénévolat » pour le faire survivre, allant jusqu’à organiser une quête sur internet pour « sauver le bar » (dont le montant récolté reste inconnu). Nous apprenons qu’il l’a acheté (achat du fonds de commerce) en son nom il y a environ un mois. Il fait lui-même la comptabilité du bar… Pourtant, le week-end, c’est nous qui assurons la rentrée principale d’argent qui lui a servi à devenir propriétaire du bar. C’est une caution pensant participer à un bar horizontal, qui a fourni une partie de la caution nécessaire à la location. Depuis, en soutien, il s’est retiré du projet jusqu’à nouvel ordre. Notre travail a pu assurer la pérennité et la renommée de la Mutinerie : en un an, ce qui se fait passer pour un projet collectif, un bar autogéré, est en fait ni plus ni moins un bar capitaliste comme les autres, dans lequel le patron est devenu propriétaire.
Ce bar se vend comme « antiraciste, décolonial », pourtant nous subissons :
  • Une stigmatisation raciale : rumeurs infondées sur des listes de travail collectives désignant certaines nommément de voleuses (les arabes), jugeant par ailleurs d’autres trop lentes (les noires de l’équipe).
  • Une répartition raciale des tâches : d’une façon générale, le ménage et les livraisons n’étaient assurés que par nous. Les WC que l’équipe-gérante se refusait d’effectuer, et dont le nettoyage est devenu un véritable bizutage pour certaines d’entre nous dès leur arrivée au sein de l’équipe. Aucune responsabilité décisionnelle ne nous a jamais été concédée. Ne serait-ce qu’une consultation sur nos propres plannings.
  • Une répartition raciale des temps de travail : les noires et les arabes ne travaillent qu’ensemble le week-end, parce que les blancs refusent de travailler avec nous (trop lents, trop violents). S’ajoutant à ça, la rémunération du week-end n’est même pas supérieure à celle de la semaine…
Comment devient-on agressives ?
Les personnes racialisées ne travaillent donc qu’entre elles et uniquement le week-end dans ces conditions et pour ces raisons. Ce sont les jours où il y a le plus de monde, de travail (faire le ménage et les livraisons accumulées de la semaine…). Le week-end correspond aussi aux plus grandes rentrées d’argent, à une gestion de personnes plus violentes (alcoolisées, sous produit, racistes, sexistes, lesbophobes, etc.). C’est aussi avoir affaire très souvent aux keufs (plusieurs fois, nos identités ont été relevées alors que nous ne sommes pas déclarées), plusieurs d’entre nous se sont faites agressées (vêtements, sous-vêtements déchirés), touchées (fesses, seins…)… Et, tout ceci dans l’indifférence totale voire le mépris de l’équipe-gérante, tout en accordant une attention démesurée à des caprices de confort[2]. Les agressions que nous avons subies ont servi, au-delà de l’indifférence, à faire de nous des personnes violentes. Miroir de la société…
Ce bar combat l’hétéronormativité et se veut féministe, pourtant nous subissons :
  • La notion de consentement : ce lieu se revendiquant du féminisme, tolère des prises d’espace, de visibilité et de pouvoir venant de personnes aux comportements douteux et abusifs. Et, plus généralement, ils ignorent ces comportements en fonction de la popularité des personnes impliquées.
  • Une domination de genre : le patron nous possède. Il – blanc, de visibilité sociale hétéromasculine, patron d’un bar, et en interaction intime avec les principal-e-s concerné-e-s – propose du travail à celles – femmes, arabes, noires, venant de banlieue, sans travail… – qu’il convoite affectivement. Il entretient des relations sexuelles (dissimulées) avec (au moins) quatre de ses employées, aucune déclarée. Et, plus largement, avec plusieurs personnes du collectif de la Mutinerie. Il met ainsi en place un rapport de domination/privilèges sur ses employées-amantes.
  • Une mise en concurrence sexiste : mensonges et larges faveurs financières créant des rivalités entre les employé-e-s. (déclarés/non déclarés, noir-e-s/blanc-he-s, bourgeois/prolétaires…) et les amantes (parmi les employées, les membres du collectif, les clientes… officielle/non-officielle…). Diviser pour mieux régner, le bar est devenu un véritable harem capitaliste. Tout devient une faveur accordée par le bon patron dans un réseau d’influence et de conflits d’intérêt motivés par l’argent, le sexe et l’orgueil, en un mot le carriérisme.
  • Silence et violence : nombreux et nombreuses sont celleux qui savaient mais qui ont choisi de ne rien dire, pire de cacher et mentir. On ne renonce pas si facilement à ses privilèges : être la favorite du patron, avoir son loyer payé, avoir plus de dates, être administrateur, performeur, graphiste ou autres pour la mutinerie, avoir un lieu de drague et où aller boire un verre, se donner bonne conscience alors qu’on a sous les yeux l’expression la plus directe de l’exploitation économique et des survivances néocoloniales. Alors que nos multiples remarques et critiques ont toujours été ignorées, déformées, invisibilisées ou réduites à des conflits personnels donc dépolitisées, il nous est maintenant reproché de ne pas avoir « osé » parler plus tôt.
  • Diffamation et exclusion : certaines parmi nous se sont opposées à ce fonctionnement depuis des mois. Tout comme ont été refusées les tentatives pour acheter le silence de certaines[3]. Le patron a alors tenté de virer l’une d’entre nous. D’abord, en s’appuyant sur les rivalités, entre employées-amantes, qu’il avait créées. Puis, en organisant une véritable campagne de diffamation sexiste[4], de rumeurs et d’accusations racistes[5], afin d’organiser un vote entre l’équipe-gérante pour l’exclure sans même l’en/nous en informer. La campagne de décrédibilisation contre l’employée « à virer » se ponctuera par la dissimulation d’un compte-rendu de réunion. C’est dans cette ambiance que « l’employée à virer » s’est sentie obligée de se retirer (sans solde). D’autres l’ont soutenu et se sont solidarisées au regard de leur propre situation. C’est le début d’un positionnement organisé et public, et la fin d’une croyance illusoire en des arrangements internes. La véritable Mutinerie commence enfin.
Nous dénonçons ce système néocolonial[6]
Comment ont-ils pu nier les profits engendrés grâce à notre travail ? Comment ont-ils pu ne pas s’apercevoir des privilèges dont ils bénéficiaient ? Et, évidemment, comment ont-ils pu ne pas se rendre compte d’une telle usurpation ? Leur aisance était directement liée à notre précarité pendant des mois. Leur niveau de vie a considérablement changé sous nos yeux, pendant que nous nous faisions humilier et exploiter professionnellement et politiquement. Nous ne pouvons désormais qu’affirmer l’illégitimité de leurs présences. Ce bar, néocolonial et capitaliste, se sert de l’attrait exotisant de ses serveuses pour les soirées hypes du week-end, et de l’image de nos luttes pour mieux nous exploiter. Par ailleurs, les cautions noires et arabes qui servent de marionnettes, qui croient encore en l’illusion républicaine, qui espèrent l’assimilation ou performent leur race dans un folklore dépolitisé, ne peuvent en rien servir de prétexte à l’égalité ou servir à nous opposer. Oui, on ne pense pas toutes pareilles…
Une fois la situation connue officieusement dans le collectif plus large de la Mutinerie, nous ne pouvons aussi que constater la réaction nombriliste et inconséquente des personnes blanches, inquiètes pour leurs réputations, parce qu’impliquées. Majorité complice et silencieuse, qui voit, se tait et étouffe, participe à ce système.
Nous avons conscience que ces oppressions sont aussi présentes dans l’ensemble des milieux militants blancs de gauche, que nous connaissons pour avoir évolué parmi les mouvements féministes, les mouvements d’extrême-gauche, les mouvements antiracistes… Ce bilan reste encore douloureusement d’actualité dans bon nombre de milieux qui se veulent militants.
Nous nous mettons donc en grève illimitée, sans condition et immédiate
Nous exigeons un changement immédiat des statuts légaux du bar, que la direction et le fonds de commerce soient collectivisés, ainsi que la démission des racistes de l’équipe. Nous voulons faire partie intégrante du rééquilibrage du bar et la redistribution des rôles décisionnels.
Nous exigeons la suspension de tout événement politique jusqu’à nouvel ordre. La charte doit être retirée du bar et de tous les sites internet faisant référence à la Mutinerie. Nous voulons également que ce texte soit affiché sur place dès sa parution.
Nous exigeons le paiement de tous nos arriérés, des arrêts-maladies et congés, ainsi que le paiement rétroactif des week-ends, des heures de courses et de ménage effectuées depuis le début. Celleux d’entre nous qui refuseront de réintégrer ce lieu devront pouvoir bénéficier d’indemnités de chômage conséquentes.
Nous exigeons la reconnaissance officielle des dommages infligés aux personnes concernées, ainsi que la reconnaissance de la reproduction des oppressions de race, de classe et de sexe dans ce lieu. Pour finir, nous voulons des excuses publiques.
Des employées de la Mutinerie et leur allié.e.s,
Féministes radicailles, rurales et décoloniales !

Contact : mutineriealamutinerie@riseup.net.

[2] Echanger les heures de travail à la dernière minute, prendre le travail des autres à leur guise et en fonction de la pénibilité, ne jamais travailler seul-e. Pire, quand on est clientes, nous demander de les remplacer plusieurs fois dans la même soirée, de changer les fûts ou de gérer les livraisons à leur place… C’est la culture du ressenti qui ne s’applique qu’à certaines personnes, empathie sélective.
[3] Des indemnités personnelles, des dates en plus pour certaines, des pseudos travaux de bricolage, de rangement, de ménage…
[4] L’une d’entre nous a été accusée à tort d’avoir eu des rapports sexuels dans la réserve pendant que la police fouillait le bar et/ou abandonnant le bar laissant les clients se servir…
[5] Des membres de l’équipe gérante ont toujours refusé, jusqu’à aujourd’hui, d’adresser la parole à certaines d’entre nous. Pour appuyer ces fausses accusations, menace de recourir à des soi-disant « témoins » de vols, d’agression sur une membre de l’équipe, de mauvais travail, de non professionnalisme et même d’accusations de comportements abusifs !!!
[6] A. Memmi, Portrait du colonisé, Portrait du colonisateur, Edition Corréa, 1957.
 

trouvé ici

Après « Les jeunes pour l’abolition » et leur méprisante vidéo auxquelles de très bonnes réponses ont été apportées ici et là, c’est aujourd’hui l’initiative putophobe de Causette que nous découvrons.

Et parce que, quand on n’aime vraiment pas les putes et qu’on veut vraiment buzzer, il serait dommage de ne pas surenchérir avec du racisme, de la transphobie, et des blagues sur les violences sexuelles, c’est de tout cela en même temps que nous gratifie ce torchon prétendument féministe.

Quelques extraits, mais vous trouverez sous l’article les captures d’écran qui vous permettront de lire en intégralité les 55 bonne raisons de ne plus acheter Causette.

causette-putophobe1

PUTOPHOBIE / SEXISME :

« parce qu’on ne souhaite à personne d’être un enfant de putain, faudrait voir à essayer d’arrêter de leur en faire »

« parce que vous n’aimeriez pas que votre femme couche avec un type qui va aux putes »

« parce que, si vous n’aimez pas les filles qui simulent, vous aimez encore moins celles qui comptent leur argent en regardant leur montre »

“parce qu’il y a toujours moyen de se fabriquer une pute acceptable avec une pastèque trouée”

« parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de tomber amoureux des femmes avec lesquelles vous couchez »

“parce qu’une pipe à 10 euros c’est comme un parfum à 10 euros ça pue”

BLAGUES SUR LES VIOLENCES SEXUELLES / INCITATION AU VIOL

« parce que toutes ces adolescentes étrangères formées à la va-vite dans des centres de dressage n’ont plus le respect du travail bienfait »

“parce que quitte à se taper une fille qui n’en a pas envie, autant la violer c’est moins cher (mollo, on rigole)”

RACISME

« Parce que, tant qu’il y aura des ÉTRANGÈRES qui mangent la… euh… le pain des françaises, vous boycotterez la prostitution »

« ”parce qu’une “mama” (mère maquerelle africaine) qui vous fait avorter a coup de pieds dans le ventre n’a rien d’une bonne mère”

« parce que 80 à 90% des prostituées en France sont étrangères contre 20% dans les années 90. Et que, sans faire du Montebourg, ce n’est pas une bonne nouvelle”

« parce que le « consentement » des filles de l’Est est obtenu en les brisant psychologiquement : viols correctifs, enfermements, coups, privation de nourriture. Complice ? »

TRANSPHOBIE

“parce que vous n’êtes jamais sure que cette “fille” qui vous excite tant n’en a pas une plus grosse que la vôtre”

 

anti hate sign

 

Trouvé ici

A Few Good Reasons Why White People
Should Not Wear “Mohawks” or Dreadlocks:

 
“Mohawk” is the name of a sovereign First Nation in the Iroquois Confederacy.  Wearing “Mohawks” erases Mohawk people and culture.
 
Dreadlocks are a symbol of Black/African pride and resistance to white supremacist beauty standards and are rooted in Black/African struggles for survival and liberation. 
 
Dreadlocks are rooted in Rastafarianism, a pan-African spiritual/religious movement for healing and decolonization for Africa and African people worldwide.  Rastafarianism is a form of resistance to a history of white racism, slavery, colonization and genocide. 
 
The traditions of people of color/non-white people are still under attack across the planet.  Appropriating our traditions and ways of dressing/presenting is a further attack on our communities.  
 
Wearing “Mohawks” or dreadlocks plays into a racist society that believes people of color and our lands, bodies, cultures and spirits are up for grabs. 
 
“Mohawks” were popularized in Britain and North America because of the film “The Taxi Driver.”   
 
Appropriating other cultures means you neglect looking at your own ethnic roots and traditions. 
 
By wearing “Mohawks” and dreadlocks, white people demonstrate they are unaware of anti-racist struggles and deteriorate trust between white and people of color/non-white people.
 
Being an anti-racist white person is counter-culture.  Trying to present a counter-cultural image by appropriating other cultures is not.   
 
The hairstyle called “Mohawks” is rooted in distinct Iroquois and other First Nations/Native traditions that have only recently (1978) been legal in the United States.  Non-native people who wear “Mohawks” appear naïve and condescending to this reality.       
 
By cutting off their “Mohawks” and dreadlocks, white people take a concrete step towards an anti-racist journey. 
 
 
Created by Qwo-Li Driskill and Colin Kennedy Donovan for 
Planting Seeds Community Awareness Project.  www.pscap.org
The struggle against racism is more than just not saying racist comments or knowing that the United States was built by slave labor.  It is also a struggle to recognize and understand the ways racism/white supremacy are woven into every aspect of life.
 
One of the ways racism plays out which is often ignored or not seen by white people is through appropriation, “the act of taking or making use of without authority or right.”  Appropriation ignores the lives and struggles of oppressed communities, and instead takes what is seen as interesting, useful or beautiful, disregarding our cultures and lives.  In the US and other countries, appropriation is part of long histories of racism and genocide.  Colonial governments and peoples appropriated the homelands of First Nations/Native people.  Europeans appropriated the bodies and labor of African peoples during slavery. 
 
While our bodies, homelands and labor continue to be appropriated, so do our cultural symbols/lifeways.  The New Age movement, for example, appropriates (and twists) the spiritual practices of First Nations, Asian, African and other cultures. 
 
Among progressive/radical white people, the problem of appropriation continues to damage communities of color.  Mohawks and dreadlocks worn by non-Native/non-African people is one form of appropriation that often goes unnoticed and unchallenged and is often misunderstood. 
 
Healing the legacy and current reality of racism and colonization means looking closely at the ways we perpetuate these forms of violence.  It means, in part, letting go of cultural symbols that are appropriated from people of color/non-white people and instead looking deeply at the complex issues that surround race and racism. 
 
 
 
But, I’m not trying to appropriate anything.  I just appreciate other cultures.  Isn’t that okay?
 
Appreciating other cultures does not mean you need to appropriate any aspect of them.  A true appreciation of other cultures means fighting against the forces trying to destroy them, not taking them on as your own.
 
It’s just a Mohawk.  I don’t think of it as a Native thing.
 
And therein lies the problem. 
 
But, I wear my hair this way as a statement against oppressive cultures and governments.  How is that racist?
 
You can take a stand against oppression and dominant cultures without appropriating the cultures of the people being hurt by them.  Appropriation actually enforces oppression, it does not stand against it.  Appropriation is part of the problem, not part of the solution.
 
This is a free country.  Can’t I do whatever I want?
 
This country has never been free for people of color/non-white people.  Certainly, you can choose wear your hair however you want.  Historically, however, people of color have not been able to make that choice.  For instance, in the US and Canada Native children were forced to cut their hair and wear it like white people’s in “boarding” or “residential” schools created to destroy First Nations cultures.  Slavery was an act of owning humans.  Enslaved people had no legal right to do anything with their bodies.  Their bodies were private property.  When white people wear “Mohawks” or dreadlocks it twists those hairstyles into symbols of privilege rather than symbols or survival and resistance. 
 
CUT OFF YOUR DREADLOCKS AND “MOHAWKS” AND HELP CONTINUE REVOLUTION AGAINST COLONIZATION AND RACISM!  HELP YOUR WHITE FRIENDS DO THE SAME!

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