Salut,

les week-end de gestion collective de la santé reprennent, et on commence par 2 jours d’ateliers et de discussions autour des notions d’accueil et d’écoute communautaire. Les places sont limitées à 16 PARTICIPANT-E-S. VOUS POUVEZ VOUS INSCRIRE EN RÉPONDANT À CE MAIL, SI JAMAIS VOUS ANNULEZ C’EST COOL DE PRÉVENIR!

A bientôt,

L’équipe de SAS.
sante_active_solidaire@mailoo.org

S’ACCUEILLIR ET S’ÉCOUTER ENTRE MINORISÉ-E-S SEXUEL-LE-S (ATELIERS EN NON-MIXITÉ TRANS, PÉDÉ, GOUINE ET MEUF).

OBJECTIF GÉNÉRAL:

Donner des pistes pour favoriser et clarifier le cadre collectif/communautaire d’un accueil.

Construire son modèle personnel et/ou collectif de l’accueil pour
répondre au mieux aux besoins des accuilli-e-s

Contenu :

*
SAVOIR-THÉORIQUE (exposés, documents) : connaître ou réactualiser ses connaissances des différentes approches de l’écoute (co-écoute, écoute active, compréhensive, empathie, sympathie, apathie…) les outils (grille d’auto-observation à partir de classification des attitudes verbales et non-verbales, reformulation )
*

SAVOIR-ÊTRE (réflexion, discussion) :

a)quel-le accueillant-e je veux être, quels sont mes objectifs pour l’accueil, mes limites

b)quelles sont les attentes de mon groupe, mes pairs pour cet accueil?

b)réfléchir aux différentes attitudes verbales et non-verbales dans une relation accueillant-e/accueilli-e
*

SAVOIR-FAIRE (jeux de rôle): découvrir et expérimenter quelques manières différentes d’écouter, quelques techniques d’écoute et de communication, se réapproprier les connaissances

SAMEDI 1ER FÉVRIER DE 13H À 18H

13H ACCUEIL DES PARTICIPANT-E-S ET PRÉSENTATION DES JOURNÉES.

THÉMATIQUES DES ATELIERS :

1/DISCUSSION EN PETITS GROUPES SUR LA NOTION D’ACCUEIL : _Pour quoi
l’accueil? Quelles raisons et objectifs individuels et collectifs?
Quelles limites?_

2/ LA REINE DU SILENCE ! ACCUEIL/ECOUTE DANS LE SILENCE VERBAL.

_Jeux + discussion._

3/ ECOUTE ACTIVE ET REFORMULATION, DES OUTILS POUR SAVOIR SI ON A
COMPRIS QU’EST CE QUE L’AUTRE ILLE NOUS DIT !

_Jeux + discussion_

4 / COMMENT L’ECOUTE A-T-ELLE ÉTÉ CONCEPTUALISÉ ? PRÉSENTATION DES
THÉORIES CONSTRUITES AUTOUR DE LA NOTION D’ECOUTE.

_Exposé théorique sur les 3 grandes formes d’écoute + discussion_

17H30 BILAN DE LA JOURNÉE

DIMANCHE 2 FÉVRIER DE 13H À 18H

13H : ACCUEIL DES PARTICIPANT-E-S :

THÉMATIQUES DES ATELIERS :

1/QUELLES SONT NOS ATTENTES EN TANT QUE PERSONNE ACCUEILLIE/ÉCOUTÉE ?

_Jeux en petits groupes + discussion_

2/COMMENT POSER DES QUESTIONS ? DANS QUELS BUTS ?

_Jeux en petits groupes + discussion_

3/QUELLES SONT NOS ATTITUDES D’ÉCOUTE DOMINANTES ? LES LIMITES ET LES INTÉRÊTS DE CHACUNE.

_Jeux + exposé d’outils théoriques_

17H15 BILAN DU WEEK-END

 

L. Edelman, L’impossible homosexuel. Huit essais de théorie queer

Parution livre

Information publiée le lundi 23 décembre 2013 par Marc Escola

sur : Fabula.org

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L’impossible homosexuel – Huit essais de théorie queer
Lee Edelman

DATE DE PARUTION : 20/06/13 EDITEUR : Epel COLLECTION : Grands classiques érotologie ISBN : 978-2-35427-028-5 EAN : 9782354270285 PRÉSENTATION : Broché NB. DE PAGES : 356 p.
Candidat à l’intégration sociale, l’homosexuel est devenu une figure du possible, un personnage respectueux et respectable, un citoyen normal. Lee Edelman fait bien plutôt valoir que, paria politique et social, emblème du gaspillage, de la non-productivité et du non-sens, l’homosexuel est nécessairement et fatalement impossible. En présentifiant ainsi et pour tous l’impossibilité comme telle subvertit le privilège jusque-là réservé à l’hétérosexualité de s’ignorer elle-même.

L’oeuvre d’Edelman a suscité la colère d’une droite homophobe autant que celle d’une gauche bien-pensante.

 
Les 8 questions que les queers palestinien.ne.s ne veulent plus entendre [Electronic Intifada]
Publié par
sur : yagg
«Est-ce que tous les Palestiniens ne sont pas homophobes?», «Est-ce que se battre pour les droits des LGBT n’est pas plus urgent que le pinkwashing?»,… Les réponses de l’organisation LGBTQ palestinienne Al-Qaws.

Ghaith Hilal, un militant LGBT palestinien a répertorié une série de questions fréquemment posées aux LGBTQ en Palestine, une façon de mettre un terme à certaines interrogations, mais surtout à certains préjugés:

«Vous devez penser que le but principal d’un groupe de militant.e.s queers en Palestine comme nous dans Al-Qaws devrait être de toute évidence la tâche sans fin de démanteler la hiérarchie sexuelle et du genre dans la société. C’est le cas. Mais on doit penser autrement, au regard des questions récurrentes que nous recevons lors de nos lectures et de nos événements, ou des interrogations de la part des médias et d’autres organisations internationales. Nous souhaitons y mettre fin une fois pour toutes. Éduquer les gens sur leur propre privilège n’est pas notre fardeau. Mais avant que nous annoncions que nous nous retirons de cette mission, voilà les huit questions qu’on nous pose le plus souvent, et leurs réponses définitives.»

Petit aperçu des questions et réflexions déconstruites par Ghaith Hilal: «Est-ce qu’Israël n’offre pas aux queers palestiniens un refuge?», «Est-ce que tous les Palestiniens ne sont pas homophobes?», «Comment gérez-vous votre pire ennemi, l’Islam?», «Y’a-t-il des Palestinien.ne.s out?», «Pourquoi n’y a-t-il pas d’Israélien.ne.s dans Al-Qaws?», «J’ai vu le film sur les homos palestiniens (Invisible Men/Bubble/Out In The Dark) et j’en ai beaucoup appris sur votre lutte», «Est-ce que se battre pour les droits des LGBT n’est pas plus urgent que le pinkwashing?», «Pourquoi utilisez-vous les termes de « l’Occident » comme LGBT ou queer pour décrire votre lutte? Comment répondez-vous à cette critique?». À lire sur Electronic Intifada.

 

Appel désordonné aux personnes de genre masculin pour en finir avec le viol, et sa justification

Hé, « Mec » :

Il est temps d’en finir avec le viol.
Le viol en tant que tout rapport non consenti.

Depuis beaucoup trop longtemps des femmes gueulent leur ras-le bol. Expliquant, souvent même avec une patience beaucoup trop généreuse, à quel point il est fatiguant, blessant et humiliant de devoir se défendre, sans cesse, contre nos agressions.

Depuis trop longtemps des femmes se taisent, obligées pour parler de traverser la peur, et la honte, la culpabilité ; obligées pour parler de risquer l’isolement, de jouer avec le feu de représailles violentes ; obligées pour parler de trouver des mots inexistants, interdits, dangereux, risquant à tout instant de se retourner contre elles. Le silence passé sur leurs blessures les infectent, préservant tout au plus un entourage social… à quel prix…

Depuis trop longtemps nous, la classe des hommes, jouissons de privilèges préservés par la force, la persuasion, les fausses indignations, les spectacles de luttes antisexistes, les fausses culpabilités.

Depuis trop longtemps nous justifions le viol. Le nôtre, et celui des autres hommes.
Par nos silences, nos inerties, et par nos argumentations foireuses.
Nous acceptons de voir copines, voisines, camarades, collègues, amies subir nos violences sans que nous fassions quoique que ce soit pour changer réellement.

Le viol est quotidien, banalisé par nos soins.
Le viol est une pratique que nous connaissons tous…ce n’est pas l’affaire seule de « salauds » ou de « dégueulasses ».

Il est temps pour nous de ravaler nos discours hypocrites et nos malaises confondants.

Aucune indignation, aucune législation, aucun changement social d’ampleur ne changera la donne si, ici et maintenant, nous ne sommes pas capables de saisir ce que c’est qu’un désir réellement partagé. Si, ici et maintenant, nous ne travaillons pas à refuser nos privilèges, à trahir notre position sociale dominante.

Quand un récit de viol surgit au grand jour :

Il est temps d’en finir avec les justifications, les tribunaux d’urgences où nous examinons chaque cas qui explose pour établir les torts et partager la culpabilité.
Ca suffit de se couvrir l’un l’autre, de chercher des excuses aux copains, de se serrer les coudes entre mecs.

Lorsque nous demandons à une femme qui a eut la possibilité de parler publiquement d’un viol de nous fournir des preuves, que nous tentons d’apaiser sa colère plus que de l’écouter, lorsque que nous relativisons car « elle était bourrée », que nous laissons sous-entendre grossièrement qu’elle ne s’est pas assez protégée, ou qu’elle était, en fait, plus ou moins consentante, nous lui crachons à la gueule.
Nous nous faisons alors ni plus ni moins les flics, les chiens de garde d’un ordre masculin, où tout ce qui importe est d’invisibiliser et pacifier la guerre que nous faisons aux femmes.

Il est temps de prendre des responsabilités claires. Il existe pour cela des outils. Ils existent depuis trop longtemps pour pouvoir les ignorer. (v. plus bas)

Ne pas intervenir, c’est accepter et perpétuer la domination masculine ; C’est encourager le viol des hommes.


Quotidiennement, dans l’intime politique :

Il est temps d’en finir avec l’idée d’un désir masculin pulsionnel et incontrôlable.
Il est temps d’en finir avec une sexualité masculine axé sur le corps de l’autre comme objet.
Il est temps de mettre à mort la virilité qui, se devant d’être forte et puissante, justifie une violence dite « naturelle ».
Il est temps d’en finir avec la supériorité masculine, au lit et dans la maison, dans la rue, dans les bars, dans les squats, dans les salles de réunion.
Même lorsque celle ci est décriée drapeau au point, elle demeure.

Il est temps d’en finir avec le viol comme base de notre sexualité d’homme :
Une sexualité construite sur les soi-disant « besoins » sexuels du mâle auxquels doivent répondre les femmes ne peut conduire qu’au viol.
Une sexualité construite sur le service sexuel gratuit et la disponibilité sexuelle obligatoire des femmes pour satisfaire le mâle qui, s’il ne vide pas ses couilles, aura mal et ira voir ailleurs (et/ou traitera la femme de frigide, de coincée et/ou autres douceurs), ne peut mener qu’au viol.
Nous serons tous des potentiels violeurs tant que l’expression du désir de l’autre ne sera pas entièrement libre.
.
Au minimum :
Il nous faut apprendre à regarder et écouter. L’autre. Ses désirs. Ses manques de confiance. Son alcoolémie. La nôtre. Ses gestes. Ses réponses. A chaque instant.

Par la suite, questionner nos sexualités et les analyser, aussi, à travers un rapport social de domination masculine est un défi auquel il est certainement indispensable de s’atteler, et plus agréable finalement qu’on ne le pense. Pour autant qu’on sorte des évidences naturalistes et capitalistes et qu’on accepte de se frotter aux peaux sensibles des désirs réels de chacunE. Un inconnu qui en vaut la peine et enrayerait la répétition des violence systémiques faites aux femmes, aux lesbiennes, aux trans, aux pds, aux enfants, etc…

Quelques lectures-outils en vrac

Brochures (dispos sur www.infokiosk.net ou ailleurs sur internet) :

Sur les violences masculines et la prise en charge collective d’une situation de viol :
-  Lavomatic, lave ton linge en public
-  Les violences conjugales , Si j’avais un marteau je détruirais le patriarcat. (J’en ai un.)
-  En finir avec les violences machistes
-  Soutenir un-e survivant-e d’agression sexuelle
-  De la misère sexiste en milieu anarchiste
-  Trois textes sur le viol
Sur la sexualité :
-  Le consentement. 100 questions sur les interactions sexuelles
-  De l’utérus à la vaisselle…en passant par « l’orgasme vaginal » d’Alice Schwarzer
-  Sexualités, corps et plaisirs de femmes
-  Le mythe de la frigidité féminine de Christiane Rochefort

Livres
-  « Refuser d’être un homme », de John Stoltenberg (ed Syllepse)
-  « Femmes en flagrant délit d’indépendance » de Gail Pheterson
-  « Au delà du personnel » de Corinne Monet et Léo Thiers Vidal (téléchargeable sur le net)
-  « Rupture anarchiste et trahison pro-féministe de Léo Thiers Vidal (ed Bambule)

Revues
-  Timult (voir leur site internet)

Le viol n’est pas une fatalité…

 

*Nous les autres employées du bar ainsi que le gérant avons rédigé
collectivement la réponse qui suit.*

Notre réponse ci-dessous est écrite par les huit autres personnes qui
travaillent derrière le bar.
Le texte *Mutinerie à la Mutinerie **semble parler au nom de toutes les
personnes racialisées du bar.* Nous tenons à préciser que les employées du
bar qui ont rédigé le texte *Mutinerie à la Mutinerie* sont au nombre de
trois. Parmi nous, qui écrivont cette réponse, quatre sont racialisées
(même si l’une a un passing conditionnel de blanche, c’est à dire que dans
certains contextes elle est perçue comme blanche dans d’autres arabe et
n’a, malgré tout, pas les mêmes privilèges que les blancHEs) et enfin,
quatre sont blancHEs.* *

Notre parole, et *avant tout celle des autres personnes racialisées de la
Mutinerie*, a été confisquée par le texte *Mutinerie à la Mutinerie*..

*Pour que la parole de toutes soit entendue c’est la responsabilité de
chacunE de diffuser ce texte partout ou l’autre a été diffusé.
*
Le texte *Mutinerie à la Mutinerie* utilise un discours d’émancipation de
personnes qui subissent des oppressions historiques, issues de l’histoire
coloniale et institutionnelle dans la société et l’a détourné afin de
servir des individuEs et des intérêts personnels et non pas un collectif
qui peut, au fur et à mesure, exister au sein de l’équipe du bar. Elles ont
exclu (même pas consulté) les autres personnes racialisées du bar et elles
tentent de nier leurs dissentiments en les qualifiant d’ assimilationistes.

Enfin, leur texte utilise et profite de caricatures pour provoquer un
scandale et lui donner plus d’ampleur. Cela donne énormément de visibilité
à une initiative qui nous semble plus destructrice que constructive. C’est
triste de remarquer qu’en revanche les mesures et initiatives déjà mises en
place par les personnes racialisées et politisées de l’équipe, n’ont pas
bénéficié d’autant de diffusion car ces dernières n’utilisaient pas des
moyens manipulateurs pour les visibiliser.

*Les autres employées racialisées de la Mutinerie sont très blessées par la
description qui est faite d’elles à la fin du texte et qui vise à les faire
taire. Les meufs racialisées de l’équipe suffisamment “dépolitisées”
pour “performer
le folklore de leur race” “afin d’attirer les clientEs hypes du week end”,
suffisamment bêtes pour être aveuglées par leurs privilèges au sein du bar
et ne pas voir les profondes injustices qui touchent leurs camarades
racialisées vous emmerdent. *

Pour commencer, nous souhaiterions répondre à plusieurs points évoqués dans
ce texte. Il y a énormément de mensonges et d’arrangements avec la réalité
qui nous surprennent énormément surtout venant de la part de personnes qui
travaillent effectivement à la Mutinerie. *Comment ne peuvent-elles pas
savoir elles-mêmes que beaucoup de leurs allégations sont fausses ? *Et si
elles le savent, quelle est la raison derrière une manipulation consciente
de la réalité ? Nous n’avons pas les réponses à ces questions. Mais notre
texte, comme dit plus haut, est rédigé par le reste de l’équipe de la
Mutinerie, nous sommes donc très au courant de la véracité ou non de
certains faits décrits.

*Ecarts de salaire.* Vous dites * »On est payé entre 200 et 400 euros par
mois sans être déclaré quand l’équipe-gérante gagne entre 5 à 10 fois plus
par mois, au minimum. »*

C’est complètement faux : seulement 2 personnes sont sous contrat .

La personne qui gagne plus est une personne racialisée et qui a beaucoup
d’ancienneté car elle était déjà employée de l’Unity depuis plus de 10 ans.
Elle n’a pas la nationalité française et a besoin de travailler pour
maintenir son visa. Elle gagne un salaire de *9,6 euros net* de l’heure.

L’autre personne qui a un contrat gagne *7 euros 33 net* de l’heure *(toutes
les personnes non déclarées gagnent 10 euros net de l’heure*).

Pour les personnes déclarées, il ne s’agit pas d’un job d’appoint, d’un job
étudiant ou autre. C’est l’unique source de revenu qui leur permet de payer
leurs loyers. Par ailleurs, les décrire comme des bourges blanches c’est
dégueulasse, sachant qu’une est racialisée et n’a pas la nationalité
française et que l’autre, avant de bosser à la Mutinerie, était au RSA
depuis 5 ans, loue une chambre chez l’habitant, et pour être transparent,
il lui reste 400 euros une fois qu’elle a payé son loyer.

Le salaire le plus élevé est donc celui de la personne racialisée sous
contrat. Elle gagne 1700 euros nets par mois ( 9,6 euros net/heure). Le
salaire du gérant fluctue en fonction de la santé financière du bar il est
passé de 1100 euros à 750 euros depuis le début du mois.

Par ailleurs, quitte à situer tout le monde puisque vous semblez
représenter beaucoup de gens dans votre texte, il nous semble malhonnête
que vous écriviez que vous n’avez pas bénéficié du“(…) temps nécessaire à
l’acquisition d’un capital culturel ou militant etc”. Puisque sur vous
trois, deux ont fait ou font des études supérieures ( à l’université ) et
l’une particulièrement a au moins un bac+5. C’est malhonnête de
sous-entendre l’inverse puisque c’est fait pour susciter l’empathie chez
des gens qui sont dans les situations que vous décrivez, qui se
reconnaîtront dans ce que vous dites et les pousser à prendre pour argent
comptant tout ce que vous raconterez dans la suite du texte.

Nous considérons que la formulation « 200 à 400/mois » dans votre texte est
volontairement imprécise pour sous-entendre que des personnes auraient été
payées 200 à 400 euros pour un mois de travail. *Le taux horaire pour tout
le monde est donc de 10euros net* sauf pour les deux personnes sous contrat
comme dit plus haut. Si une extra a été payée 200 euros c’est qu’elle a
fait 20h de travail, point. Si une personne n’a pas beaucoup de jours de
travail c’est qu’elles sont distribuées à l’ancienneté (allié à la prise en
considération du fait que la personne ait un boulot ou non à côté du bar
donc un autre moyen de subsistance ).

Par contre il est vrai que fonctionner à l’ancienneté n’est pas forcément
toujours juste et nous allons remettre cela en question ( avec une priorité
conservée à celle d’entre nous qui a fait ce métier pendant plus de 10 ans
et mérite, selon nous, un statut particulier ou celles dont c’est la seule
source de revenus ).

Vous sous-entendez des salaires mirobolants « *l’équipe-** **gérante gagne
entre 5 à 10 fois plus par mois, au minimum* » Nous n’avons aucune idée d’où
viennent ces chiffres et de qui vous parlez. C’est complétement faux. *Tout
au long du texte nous nous demandons d’ailleurs qui vous désignez comme
“l’équipe gérante’’.** *

*Absence de droit du travail. * »*Certain.e.s bénéficient de la possibilité
de se faire payer les taxis, d’avoir des vraies pauses repas payées,(…)* »

Quand le fait d’avoir parfois des taxis remboursés par le bar a été proposé
à la dernière réunion, cela a été immédiatement accepté. Il n’y a jamais eu
plus de taxi accordés aux unes qu’aux autres.
Concernant les pauses repas payées. Cette demande légitime a émané lors de
la dernière réunion, de la part d’une des personnes qui se met en grève.
Cette demande a été acceptée immédiatement par le gérant qui a même ajouté
que *tous les membres du personnel pouvaient prendre 7 euros dans la caisse
pour se payer à manger.

*Vous dites ensuite : * »(…) de fermer plus tôt, des arrêts maladie, des
avances extraordinaires, d’être payé.e.s par le bar et la sécu pendant
leurs arrêts (et tant mieux) quand l’une d’entre nous a vu ses jours
non-payés après avoir été hospitalisée ou l’autre par exemple. Basé sur une
domination classiste, on renforce les plus riches dans leurs privilèges
(…) »*
L’achat du fond de commerce dont vous parlez plus loin ( en sous-entendant
qu’il était caché des employées !) devait justement permettre une stabilité
financière qui aurait permis d’améliorer en priorité les conditions de
travail, chose qui avait été discutée plusieurs fois auparavant. Cependant
nous reconnaissons que pendant cette année, La Mutinerie n’a pas mis en
place de structure qui aurait pu améliorer les conditions de travail et
protéger ses employées. Nous reconnaissons que c’est injuste et peu
sécurisant. Nous aurions pu, par exemple, proposer une alternative aux 10e
net de l’heure actuels des employées sans contrat qui auraient pu choisir
de n’être payées que 8e net et que la différence soit conservée (par
elles-même) dans une caisse pour financer les arrêts maladie ou les congés
payés. Nous proposons de mettre cela en place immédiatement en attendant
les changements de statut de la Mutinerie qui, pour des raisons légales et
administratives , peuvent prendre plusieurs semaines.

Nous allons modifier la situation contractuelle des employées lors du
changement de structure de la Mutinerie. Nous voulons seulement ajouter que
nous ne sommes pas d’accord avec cette idée que toutes les employées de la
Mutinerie voulaient des contrats ( encore une fois vous avez parlé vite au
nom de toutEs ). Par exemple, ça arrangeait aussi certainEs personnes, qui
vous répondent ici, d’être non déclarée : ça leur permettait d’être payéEs
plus par l’état notamment à cause des bourses, du chômage, du rsa. Et nous
répétons ici que le gérant avait déjà dit que cette situation était
modifiable pour chacunE.

A propos des  »avances extraordinaires » dont vous parlez, vous semblez
faire référence au jour où l’une des personnes sous contrat a reçu en
retard l’argent de son arrêt maladie ce qui l’a mise dans la merde et où le
gérant lui a avancé l’argent. Nous ne voyons pas ce que vous trouvez de
mal à ça et au contraire, nous trouvons qu’à plein de moments, le bien-être
des employées était plus pris en compte que dans d’autres entreprises. Vous
avez d’ailleurs bénéficié aussi de ce genre d’aide. Le gérant a
effectivement parfois avancé de l’argent aux personnes qui le demandaient (
sans distinction de classe, racialisation ou genre ) et a toujours essayé
de trouver des solutions chaque fois que l’une d’entre nous *ou d’entre vous
* avait des problèmes d’argent.

Et quand vous dites  »l’une d’entre nous a vu des jours non payés après
avoir été hospitalisée », aucunE d’entre nous ne voit de quoi vous parlez.

Vous dites ensuite « on renforce les plus riches ». Vous semblez
sous-entendre que les deux personnes sous contrat font partie des plus
riches. Autrement dit de la personne racialisée de la Mut qui n’a pas la
nationalité française et a son titre de séjour grâce à son contrat à la
Mutinerie. Et de la personne au RSA depuis 5 ans. C’est elles les plus
riches ??

Cela nous semble tellement hallucinant que vous utilisiez une formule
plurielle alors que ce que vous dites ne s’applique qu’à une personne à la
Mut : le gérant. Qui d’ailleurs ne s’est pas  »enrichi » grâce à la Mut,
pour preuve, le bilan comptable réalisé et certifié par un cabinet
comptable qui a été transmis à l’équipe. Cependant nous reconnaissons que
ce bilan n’a pas été retransmis aux nouvelles personnes qui ont intégré
l’équipe depuis puisque c’est un bilan annuel. Pareil, au début de la
Mutinerie chacunE avait été informéE sur les salaires de chacunE.

Mais les comptes rendus de nos anciennes réunions n’ont pas été retransmis
aux nouvelles personnes dans l’équipe. C’est une erreur de notre part et
nous comprenons que cela a engendré des doutes et des inquiétudes quant à
la distribution de l’argent. Nous proposons d’inscrire le salaire de
chacunE dans un document accessible de manière permanente à toutE employéE
de la Mut, de faire de même avec nos anciens compte rendus de réunion et
avec le bilan comptable.

*Différences de traitements*. Sur le paiement des artistes vous dites:
« *Certain.e.s
performeur.euse.s, particulièrement les performeur.euse.s-employé.e.s de
l’équipe, peuvent être payé.e.s jusqu’à 200 euros le quart d’heure ce qui
correspond à un mois de salaire pour la majorité d’entre nous.* »

On retrouve la même manipulation de la formulation pour sous-entendre que
des gens à la Mut sont payées 200 euros pour un mois de travail complet
alors que cela correspond à 20h de travail. De plus vous dites  »la
majorité d’entre nous » : encore un mensonge.

Personne n’a jamais été payée 200 euros *pour 1/4 d’heure de show*, encore
une fois ici vous exagérez et déformez la réalité. Par contre il est vrai
que le paiement des artistes, djs, n’a pas toujours été uniforme et
suffisamment transparent. Au début de la Mutinerie l’argent donné à des
artistes, dj, performeuses, pouvait varier. D’ailleurs, encore une fois,
une des grévistes en a, elle aussi, bénéficié. Il y a longtemps que nous
avons déjà pointé ça du doigt et ce système s’est petit à petit régulé.
Enfin lors de la dernière réunion un nouveau barème de cachets a été
décidé, et il est maintenant le même pour toutes les performeusEs et le
même pour toutes les dj. Pourquoi omettez-vous de parler de cela ? Pourquoi
parler comme si ce n’était pas un problème que nous avions remarqué et
réglé ?

Cependant il est toujours possible de rediscuter cela et il est important
que nous nous penchions sur les conditions de production des activités que
propose la Mutinerie tout en gardant en tête que l’estimation du cachet des
artistes doit inclure le temps de préparation qu’il y a derrière
l’organisation d’une soirée et de la promotion que les artistes doivent
assurer euxelles-mêmes.

Quand vous dites « *Aussi, quand eux se payaient directement dans la caisse,
nous, nous devions quémander notre dû au point de se sentir illégitimes.*. »
Nous ne voyons absolument pas à quoi vous faites référence. Chaque employéE
de la Mut peut se payer directement dans la caisse elle-même. Toute
personne qui a travaillé à la Mut le sait, cela nous semble encore une
preuve de mauvaise foi.

*Véritable exploitation économique*. Vous dites que le patron faisait
croire à des risques de fermeture du bar. Ce n’est pas vrai le bar était en
réel danger économique. – le bar gagne tout juste de quoi fonctionner :
payer les gens, les boissons, le loyer etc. Or, il y a des problèmes de
plomberie et des travaux à faire, très coûteux : l’eau inonde le sous-sol
qui n’appartient pas au gérant, et il y a une plainte en cours. C’est dire
l’urgence de ces travaux. + travaux d’insonorisation ( ultimatum de la
préfecture avant fermeture administrative )… Donc si on voulait garder tout
le monde, il fallait bien à un moment trouver des sources extérieures de
financement.

Cependant si des gens qui ont donné lors de la collecte de fonds le
regrettent, qu’elles nous écrivent, nous nous engageons à les rembourser.
Pour information, nous allons arrêter la collecte la semaine prochaine et
publierons un communiqué comportant le montant final récolté et la manière
dont les fonds vont être utilisés.

A propos des bénévoles que le gérant auraient exploitéEs. Nous ne voyons
que 2 choses auxquelles vous faites peut-être référence. Il y a eu un dj
set bénévole et l’organisation d’une soirée concert de soutien par l’une
des grévistes. A chaque fois, cela faisait suite à une proposition
spontanée émanant des personnes bénévoles.
Par contre, le gérant ici reconnaît qu’il n’a peut-être pas assez exprimé
sa reconnaissance pour le travail et l’énergie investis dans ces actes de
soutien. Il le regrette et présente ici ses excuses. Il est clair que ces
initiatives avaient beaucoup aidé le bar.

Comme déjà dit plus haut, le gérant travaillait avec un cabinet comptable
et le bilan était diffusé à la fin de l’exercice comptable. Mais c’est
clairement insuffisant. Nous reconnaissons que la structure de la Mut
engendrait des rapports de pouvoir ne serait-ce que par la non-mise à
disposition du bilan comptable aux nouvelles employées. Nous souhaitons en
changer au plus vite, que chacunE ait le même pouvoir décisionnaire et
qu’il y ait une plus grande transparence financière.

*
Stigmatisation raciale.* Encore une fois, vous parlez au nom de toutes les
personnes racialisées mais ne représentez que vous-mêmes. Vous parlez
d’accusation à l’encontre de personnes racialisées et motivées par du
racisme. Vous dites aussi que ces accusations étaient infondées et
injustes. Ce n’est pas vrai. Il y a eu effectivement une accusation de vol
d’un sac à main qu’une cliente avait oublié au bar. Ce n’était pas une
accusation nominative comme vous le dites. Par contre, l’une d’entre vous a
reconnu qu’elle l’avait pris, puis après toute une série de mensonges, (1)
a admis l’avoir volé. Ce qu’elle semble avoir oublié maintenant. Qui
manipule qui ici?

Vous dites * »Une Répartition raciale des tâches : d’une façon générale, le
ménage et les livraisons n’étaient assurés que par nous (…) »*
C’est faux. ChacunE a dû accueillir les livraisons et faire le ménage sans
distinction de classe, de racialisation, de genre ou d’ancienneté au sein
de l’équipe ( ou de positionnement dans la structure de la Mut : le gérant
a nettoyé les toilettes, le gérant s’est occupé des livraisons, etc..).

Par ailleurs, dans la dernière réunion il a été décidé que le rôle
notamment d’accueil des livraisons ( travail pénible où il faut porter des
choses lourdes et peu valorisant ) sera effectué par deux personnes ( le
gérant blanc et un employé blanc ) pour que cette charge de travail ne soit
pas rajoutée aux personnes qui travaillent au bar le jour des livraisons. A
nouveau, vous faites abstraction de ce que nous avions déjà mis en place
pour améliorer les conditions de travail, vous faites abstraction de la
parole des autres employées, vous caricaturez et vous manipulez la réalité.

Vous dites « *Aucune responsabilité décisionnelle ne nous a jamais été
concédée.*  »

Nous reconnaissons que la structure de la Mut n’a pas permis un partage
complet des pouvoirs. Même si des réunions étaient organisées
régulièrement, même si chaque revendication pour améliorer les conditions
de travail a toujours été acceptée et mise en place, même si beaucoup de
décisions étaient prises collectivement, il est vrai que le gérant prenait
certaines décisions seul et surtout, gardait le monopole sur la gestion de
l’argent ( même si c’était en essayant de le faire de manière
transparente). Par ailleurs, le gérant reconnaît ne pas avoir réussi à
mettre en place des outils de communication qui auraient permis à certaines
personnes qui n’osaient pas s’exprimer de le faire. Il accepte son entière
responsabilité là-dedans et dans le fait de ne pas l’avoir fait parce qu’il
était en partie inconscient de sa position de pouvoir et qu’il avait
l’impression qu’il y avait une bonne communication au sein de la Mut’.
C’était le cas pour la majorité des employées mais pas pour toutes.
Cependant dès que ces critiques sont apparues, il a immédiatement proposé
d’abandonner son poste de gérant, de changer la structure de la Mut et de
mettre en place d’autres outils de communication. Ces propositions sont
restées sans réponse et rien n’a été proposé à la place.

Ainsi les méthodes que vous utilisez nous surprennent toutEs au sein du
reste de l’équipe : *une grève a lieu généralement quand des revendications
ont été rejetées. *Ce n’est pas le cas ici. Vous avez coupé la
communication avant même de revendiquer des choses, n’avez répondu à aucune
proposition de dialogue, n’avez pas contacté les autres personnes
racialisées de l’equipe.

Plus loin vous dites  »*Une Répartition raciale des temps de travail : les
noires et les arabes ne travaillent qu’ensemble le week-end parce que les
blancs refusent de travailler avec nous.’*’
C’est juste faux.

Il suffit de consulter le planning de l’équipe pour se rendre compte que
cet argument est faux. D’ailleurs, pourquoi se plaindre de l’oppression des
blancs qui vous obligeraient à nettoyer les chiottes, si vous travaillez
uniquement entre personnes racialisées ?? Faudrait savoir. Bref, encore une
fois l’équipe non gréviste, personnes racialisées et blanches confondues
confirment qu’il s’agit d’un mensonge. Les équipes de travail n’étaient
jamais constituées en fonction de ces critères, il y a de nombreux jours où
des personnes blanches travaillent avec des personnes racialisées. Par
contre, ce qui est ironique, c’est que c’est l’une d’entre vous qui a
demandé à ne pas bosser avec une autre personne de l’équipe ( extrait du
mail ( capture d’ecran disponible ) : « j’ai demandé à Ju de ne plus bosser
avec toi»).

Ensuite, toutes les blanches travaillaient aussi le week-end à l’exception
de l’une d’entre elles qui ne travaillait que le dimanche mais a déjà
proposé un changement qui a été refusé par une des grévistes.
Voici un extrait de leur échange par mail, des captures d’écran sont
disponible si demandées : “ Si ça te saoule que je bosse que des dimanches,
on peut échanger quelques de tes samedis contre des dimanche (j’ai un taf
les vendredis, sinon je proposerai les vendredis aussi). (…)’’ et la
réponse : “ pour moi là c’est du mélange perso et pro dans le sens où si ca
me gênait ( ce qui n’est pas le cas) je ne t’en parlerai pas ici. Je t’en
parlerai soit en vrai soit en réu. (…) Et moi, perso, ca me va tt à fait
de bosser vendredi ou samedi.” ).
Et enfin, la seule personne à ne bosser que du lundi au jeudi est une
personne racialisée.
Cependant, nous aurions dû mettre en place un planning non figé pour que
les personnes ne travaillent pas les mêmes jours toutes les semaines, mais
encore une fois, cela n’a jamais été mentionné en réunion.

Vous évoquez ensuite la vulnérabilité, le manque de protection des
employées face aux violences qu’elles subissent au travail. Le gérant
reconnaît qu’il ne s’est pas assez investi dans cette question là et qu’il
reste encore beaucoup de choses à faire. Il y a eu aussi des tentatives
d’aborder ces questions et de trouver des solutions concrètes venant de la
part d’une employée non gréviste qui n’ont pas vraiment été suivies
d’actions. Enfin, il y a eu tout de même des décisions d’exclusion qui ont
été prises dans une tentative de protéger les employées et la clientèle de
différentes personnes qui ont été violentes envers elles. Par contre, le
gérant reconnaît que, par exemple, lorsque ces décisions ont été prises (
jamais seul mais pas toujours prises avec l’équipe au complet présente )
l’information circulait mal, ce qui a donné lieu à des situations très
problématiques : une personne exclue qui parvient à être dans le bar malgré
tout. Et aussi dans l’autre sens où une fois une employée ne savait pas
qu’une personne n’était plus exclue ( cette employée n’avait pas été la
cible de cette personne mais tout de même c’était la mettre dans une
position qui craint ).
Ces problèmes de communication, ces décisions qui sont prises sans que tout
le monde soit présent sont problématiques et nous proposons d’y mettre un
terme en établissant par exemple un quota minimum de personnes devant être
présentes pour qu’une décision soit prise et qu’ensuite cela soit
communiqué immédiatement à chacunE et enfin archivé dans un document
accessible à toute personne de l’équipe en permanence. Nous espérons aussi
que le changement de structure légale de la Mutinerie favorisera également
une meilleure communication et des prises de décisions exclusivement
collectives.

Même si nous les réfutons, nous n’allons pas relever les  »caprices de
confort » que vous mentionnez ensuite à part pour relever l’expression d’
« empathie sélective » que vous utilisez et qui nous semble particulièrement
ironique.
Vous avez fait de l’empathie sélective en parlant au nom de toutes les
personnes racialisées de la Mutinerie sans leur demander leur avis. Malgré
votre prétention d’avoir un discours purement politique, il ne semble pas
anodin que parmi les 4 personnes racialisées de l’équipe qui n’ont pas été
contactées, 2 se sont embrouillées avec une des grévistes (pour des
diverses raisons; certaines personnelles et certaines professionnelles).

*
La notion de consentement :* Vous dites * »Ce lieu se revendiquant du
féminisme tolère des prises d’espace, de visibilité et de pouvoir venant de
personnes aux comportements douteux et abusifs. Et, plus généralement, ils
ignorent ces comportements en fonction de la popularité des personnes
impliquées. »*
Encore une fois nous ne voyons pas de qui vous parlez. Il nous semble au
contraire que nous avons à plusieurs reprises été à l’écoute lorsqu’on
venait nous voir pour nous signaler des comportements abusifs chez
quelqu’unE, accédant même à des demandes telles que l’annulation de soirée
ou l’exclusion du bar.
Si vous avez un problème avec la présence ou la participation au bar de
quelqu’unE parlez-en, dites ce dont vous avez besoin et dans la mesure du
possible, aidez nous à élaborer des solutions.

*
Une domination de genre.* A propos de ce que vous reprochez au gérant
là-dessus. Nous n’allons pas nous attarder dessus car le gérant reconnaît
qu’il a très mal géré ses relations affectives et sexuelles ( même si quand
même faut pas exagérer c’est faux quand vous dites qu’il * »entretient des
relations sexuelles (dissimulées) avec (au moins) quatre de ses employées* »).
Il reconnaît qu’il a fait peser ses choix affectifs et sexuels sur l’équipe
du bar (communication moins bonne, prendre toujours la défense de la
personne avec qui il entretenait une relation et du coup ne pas entendre
les critiques d’ordre professionnel qui sont faites sur elles ), sur ses
proches ( rivalité, impossibilité de s’exprimer sans craindre d’être perçue
comme jalouse, amiEs tiraillées au milieu de cette situation, etc.. ) et
sur les personnes concernées. Le gérant reconnaît qu’il s’agit d’un
comportement anti-féministe. Il présente ses excuses pour ça et cela fait
partie de sa décision d’abandonner sa position de pouvoir au sein du bar.

*Silence et violence*. Vous dites * »Nombreux et nombreuses sont celleux qui
savaient mais qui ont choisi de ne rien dire, pire de cacher et mentir.
(…)* »
Même si nous ne sommes pas d’accord avec ces accusations de “cacher et
mentir’’ nous voulons dire ici que nous savons que nos communautés ne sont
pas exemptes des oppressions racistes, classistes, sexiste et transphobe du
monde dans lequel nous vivons. Nous sommes conscientEs qu’il est très
important d’entamer un réel processus de remise en question et de réflexion
sur ces questions là et que chacunE d’entre nous a beaucoup à apprendre
pour être unE meilleurE alliéE. Nous comprenons que parmi les personnes
racialisées de l’équipe cela peut être difficile de parler de ces sujets
avec des collègues qui sont aussi des amies. Nous nous engageons à
davantage parler ( notamment en réu ) et agir sur ces questions-là.

*
Diffamation et exclusion*. Vous dites*  »le patron a alors tenté de virer
l’une d’entre nous. »** **ou plus loin vous parlez d’  »une véritable
campagne de diffamation afin d’organiser un vote entre l’équipe-gérante
pour l’exclure ». *
De nouveau tout cela est faux. La seule chose qui a été dite c’était de
faire attention à ne pas colporter de rumeurs. Cela a été pris au sérieux.
Le problème c’est que cette personne, que le patron voulait soi-disant
virer, rejetait toute critique d’ordre professionnel en les qualifiant de
rumeurs racistes, sexistes, et classistes.
Manipuler des discours politiques pour refuser de prendre ses
responsabilités est super nocif pour ces mêmes discours et c’est pour ça
que même d’un point de vue politique, les personnes racialisées de l’équipe
non grévistes sont particulièrement critiques de ces manipulations.
*Il n’y a pas eu de complot, il y a eu des critiques d’ordre professionnel
de la part de beaucoup des collègues de cette personne.* Même une des
personnes gréviste et donc qui a co-écrit ou au minimum validé le
texte *Mutinerie
à la Mutinerie* se plaignait auprès de plusieurs personnes de l’équipe du
comportement non-professionnel de celle soit-disant objet de rumeurs.
Enfin, vous nous accusez d’avoir entrepris une « campagne de
décrédibilisation » lorsque c’est l’inverse : cette personne a fait
exactement ça vis-à-vis de plusieurs personnes de l’équipe ( elle a aussi
fouillé dans les mails de l’un d’entre nous et a utilisé ce qu’elle y
lisait en le décontextualisant et le déformant pour essayer de nous monter
les unEs contre les autres ).

Ce texte est déjà suffisamment long, encore une fois nous n’allons pas
commenter beaucoup de choses qui sont des mensonges: organisation d’un
soi-disant vote pour exclure cette personne, obligation de se retirer sans
solde ( le gérant a proposé une indemnisation en mode  »solde de tous
compte » avant d’être accusé de vouloir acheter le silence de cette
personne!)

Cependant, nous reconnaissons qu’un jour, deux personnes de l’équipe se
sont réjouies devant d’autres personnes du fait que la personne en question
prenait une pause dans son travail à la Mutinerie. Même si il est important
pour nous de faire comprendre qu’une partie de l’équipe ne souhaitait plus
travailler avec elle pour des raisons de non-professionnalisme, nous
reconnaissons qu’il était déplacé de s’en réjouir publiquement et a dû
participer à l’impression de complot organisé contre elle.

Dans la suite du texte il y a encore beaucoup de diffamations (niveau de
vie qui aurait augmenté sous vos yeux pour certaines personnes) sur
lesquelles nous n’allons pas nous attarder.

Par contre nous voudrions particulièrement relever un des derniers
paragraphes. * »Par ailleurs, les cautions noires et arabes qui servent de
marionnettes, qui croient encore en l’illusion républicaine, qui espèrent
l’assimilation ou performent leur race dans un folklore dépolitisé ne
peuvent en rien servir de prétexte à l’égalité ou servir à nous opposer.
Oui, on ne pense pas toutes pareilles…* »

*Nous sommes particulièrement choquées par ce passage qui est une tentative
grossière de faire taire les autres personnes racialisées de l’équipe. *

Quelle condescendance ! Nous les personnes racialiséEs que vous
invisibilisez, tout ce que nous pourrions dire est automatiquement
décrédibilisé parce que vous jugez que nous ne sommes pas aussi
conscientes, éclairées, politisées que vous-mêmes ? Si nous nous opposons à
vous c’est que nous sommes des marionnettes ? Vous prétendez nous ôter, en
ces quelques phrases méprisantes, toute légitimité. Cela appuie ce que vous
avez fait tout au long de ce texte en sous-entendant que vous étiez les
voix des employées racialisées de la Mutinerie. Cette usurpation de la
parole d’autres personnes racialisées nous rend suspicieuses que le but
réel de votre démarche soit vraiment d’améliorer la condition des personnes
racialisées à la Mutinerie. Il nous semble, au vu des mensonges qui y sont
racontés et qui circulent depuis un certain temps sur plusieurs membres de
l’équipe non gréviste et sur le gérant, qu’il y a là dessous, en tout cas
pour l’une des personnes grévistes, une histoire de vengeance personnelle
liée à des questions affectives. On ne dit pas cela dans le but de
dépolitiser l’affaire (nous reconnaissons qu’il y a beaucoup des choses à
régler dans la structure de la Mutinerie pour améliorer les conditions de
travail de touTEs) mais pour souligner combien votre texte essaie de faire
taire toute critique ou avis contradictoire en niant l’existence d’une
réalité interpersonnelle qui existait au sein de l’équipe.

Toujours à propos de l’appropriation de la parole des personnes concernées
: il y a deux textes qui ont été diffusés, l’un est la version longue à
laquelle nous répondons ici et l’autre est un message plus court qui
dénonce entre autres la transphobie. Encore une fois au nom de qui parlent
ces personnes ? Elles n’ont pas contacté les personnes trans’ de l’équipe
pour faire consensus sur ces questions. De plus, l’une des grévistes a eu
très régulièrement des propos transphobes ( dire que c’est cool de sortir
avec un mec trans’ qui n’a pas une voix de canard à cause de la
testosterone, dire à deux clientEs que ce n’est pas transphobe de dire que
les pédés ont des bites et les gouines des chattes, dire que les trans’ se
positionnent toujours en victime, refus de genrer correctement au moins 3
personnes trans’, faire des blagues sur le mauvais passing d’unE clientE,
dire à 2 reprises à une meuf trans’ que les femmes trans’ ont trop de la
chance parce que c’est plus facile pour elles de faire du travail du sexe,
etc… ) suivi d’un refus total de se remettre en question. Tout ça pour
dire, que vous ne faites pas en plus le porte-flambeau de la lutte contre
la transphobie, que c’est super déplacé et les trans’ de la Mutinerie n’ont
pas besoin de votre aide, merci bien.

*Réponse aux revendications*

Nous allons mettre en place le changement de statut du bar et la
redistribution des rôles décisionnels. Cela fera l’objet d’un autre texte
qui sera diffusé sur le site internet de la Mutinerie car nous avons besoin
d’avoir un peu de délai pour voir quel type de structure nous pouvons
adopter.

Nous voulons aussi que les personnes grévistes fassent partie intégrante de
ce changement. Cependant nous nous réservons encore le droit de nous
prononcer sur la réintégration de la personne qui nous accuse de complot. A
l’époque, personne ne s’était ligué et organisé contre elle ( et le gérant
n’avait pas monté les gens contre elle). Mais maintenant, après avoir subi
les mensonges qu’elle colportait sur beaucoup d’entre nous, son incapacité
à se remettre en question, ses propos et comportements contraires à nos
positionnements politiques, son comportement non-professionnel qui met le
bar en danger et donc indirectement le travail de ses collègues (2), ses
tentatives de manipulation et de nous monter les unes contre les autres,
l’équipe non gréviste ne souhaite pour le moment plus travailler avec elle.
Au point que si elle réintégrait la nouvelle version de la Mutinerie à
laquelle nous espérons toutEs participer, plusieurs personnes préféreraient
partir. Il faut donc que nous trouvions une solution ici qui réponde aux
besoins de chacunE ( cette personne y compris ) autant que possible. Nous
espérons que la réaction des grévistes à ce texte ira dans ce sens. Pour le
moment, nous n’avons pas la réponse à cette question.

Nous ne soutiendrons pas non plus la démission des personnes dites
 »racistes » car il nous semble que ces accusations sont basées sur des
mensonges et des manipulations. Par contre, nous sommes d’accord pour faire
malgré tout une remise en question sur ces questions-là qui pourrait passer
par exemple par une réunion en non-mixité avec TOUTES les personnes
racialisées de la Mutinerie, qui pourrait aboutir à des revendications
portées auprès du reste de l’équipe.

Nous refusons l’annulation de tout événement politique. Comme expliqué plus
haut, nous avons des problèmes d’ordre politique avec une grande partie du
texte *La Mutinerie à la Mutinerie*. De plus, un certain nombre de
collectifs et d’associations comptent sur notre soutien financier et la
visibilité que le bar leur apporte. Cependant, nous nous engageons à faire
part aux personnes souhaitant organiser des évènement politiques à la Mut
des critiques qui ont été émises à l’encontre de la Mutinerie ainsi que de
notre réponse. Simplement en leur transmettant les deux textes et sans un
mot de plus sur tout ça, de manière à ce qu’iels décident par iels même de
leur participation ou non au bar, en connaissance de cause. Nous pouvons le
faire par exemple par mail avec une des grévistes, de manière à ce qu’elles
puissent s’assurer que c’est effectivement fait.

Nous refusons également d’enlever la charte, elle a été écrite
collectivement ( et largement par des clientEs ) par des personnes dont un
grand nombre nous a signifié leur soutien face au texte *Mutinerie à la
Mutinerie*, et même si nous reconnaissons que nous même n’arrivons pas à
toujours veiller à ce qu’elle soit appliquée, nous y aspirons
sincèrement. Cette
charte, n’est pas un manifeste politique; c’est plutôt le fruit des
observations communautaires et des conseils sur les comportements à
adopter. Le fait que même nous n’arrivions pas toujours à les appliquer
n’enlève rien à l’importance d’avoir un texte de ce type affiché dans le
bar (d’ailleurs, dans le dernier point de la charte, c’est dit qu’on sait
qu’on est pas parfaites).

Nous refusons l’affichage du texte Mutinerie à la Mutinerie dans le bar car
nous considérons qu’il est souvent manipulateur, diffamatoire et
problématique politiquement. De plus ce texte et notre réponse sont longs,
personne ne lira les deux jusqu’au bout affichés sur un mur dans un bar !
Cependant nous ne voulons pas le censurer. Donc, dans un soucis de
transparence, nous proposons d’imprimer le texte *Mutinerie à la
Mutinerie*et celui-ci en plusieurs exemplaires, de les conserver
derrière le bar et
dans la bibliothèque et de mettre une affiche dans le bar qui dirait “si
vous voulez des informations à propos du texte Mutinerie à la Mutinerie il
est disponible au bar, ainsi que sa réponse, n’hésitez pas à nous demander
un exemplaire. »

Nous sommes d’accord avec votre troisième revendication. Que les personnes
grévistes nous fassent parvenir une liste des arriérés et congés maladie
sur lesquelles elles estiment avoir été lésées. Pour les congés payés et
l’indemnisation de chômage, nous sommes d’accord également. Nous pourrions
établir ensemble une estimation qui correspondrait à ce qu’il leur aurait
été dû si ces personnes avaient été sous contrat.

Enfin pour la dernière revendication, nous estimons que ce présent texte
contient les excuses nécessaires. Nous y reconnaissons à plusieurs moments
nos torts. Mais nous pensons aussi que le texte *Mutinerie à la
Mutinerie*instrumentalise différents discours politiques, invisibilise
la parole
d’autres personnes racialisées et se base sur des propos diffamatoires en
espérant provoquer une telle réaction de scandale dans nos différentes
communautés que personne n’écouterait nos réponses.
C’est vraiment ce truc d’usurpation de la parole d’autres personnes
racialisées qui nous dégoûte le plus : on a déjà du mal à faire entendre
des voix de personnes racisées dans un monde post-colonial et surfer là
dessus est dégueu, ça n’aide en rien les personnes racisées à s’émanciper.
Mais et surtout, on a AUSSI du mal à se rallier, à se réunir entre
personnes racialiséEs, et il y a plein d’initiatives, de tentatives, de
groupes, de discussions qui se créent de plus en plus. Mais cela reste
encore très insatisfaisant aux yeux d’un grand nombre de personnes. Et ce
que vous faites là c’est désolidariser un groupe qui tend à s’unifier en
séparant : racialiséEs du côté des blancHEs // racialiséEs du côté des
« grévistes ». Ca va forcément créer une fracture dans les mouvements de
réunion de personnes racialiséEs. Et ça commence déjà puisque des amiEs à
nous se sont largement laisséEs manipuler et vous soutiennent, se
positionnent pour le boycott, avant même d’avoir lu notre réponse. Et nous
sommes certaines que ça va avoir une incidence sur notre manière de nous
réunir.

Nous aimerions conclure en disant que nous reconnaissons qu’au cours de
cette année passée nous n’avons pas mis en place un certain nombre de
choses qui aurait amélioré les conditions de travail. Nous sommes choquées
par l’usurpation de la parole des autres personnes racialisées de l’équipe,
l’instrumentalisation de discours politiques et les propos diffamatoires et
mensongers. Une éthique a été brisée aussi bien par l’équipe du bar que par
les grévistes actuelles.

Cependant il arrive à chacunE d’entre nous de faire des erreurs. Il y a des
modèles mais pas d’école pour apprendre à créer des structures différentes.
C’est difficile, c’est chaotique, mais c’est possible. Et nous espérons
qu’une volonté réelle de notre part à changer la structure de la Mutinerie
et une prise de conscience de la part des grévistes de ce qui est
problématique dans leur texte permettra de nous rapprocher mutuellement,
qu’elles réintègrent ou pas leur travail à la Mutinerie en fonction des
besoins de chacunE. Notre objectif final reste le rétablissement d’une
solidarité et d’une confiance mutuelle.

*MERCI DE DIFFUSER CETTE REPONSE PARTOUT OU MUTINERIE A LA MUTINERIE A ETE
DIFFUSE. *

(1) Réponse 4 jours après la disparition du sac de la cliente : “Le sac (y
a des papiers dedans), je l’ai et vais le déposer au commissariat du 18
sauf si qqun veut/peut le faire? » alors que la Mutinerie est à 100 mètres
du commissariat du quartier et habituellement, nous attendons, avant de
faire cela, de voir si les affaires perdues seront réclamées. Puis la
personne a fini par donner comme explication finale à celle qui avait fait
remarquer le vol du sac : « oui j’avoue je l’ai volé mais c’était pour te
l’offrir tu vois bien que c’est pas mon style de sac, il t’irait mieux ».

(2) fumer un joint dans le bar pendant les heures d’ouverture, fumer des
cigarettes à l’intérieur du bar quand elle travaille tout en interdisant à
la clientèle de faire pareil, laisser le bar longtemps sans surveillance
quand elle travaille seule, prendre plus de pauses que ses collègues quand
elle travaille en binôme, faire des abus de pouvoir en menaçant quelqu’un
qui fait des ateliers à la Mut de prendre la décision seule d’annuler
l’atelier, abus de pouvoir sur ses collègues aussi, de manière générale
parler mal à la clientèle et en traiter un certain nombre mal, reprocher à
ses collègues des choses qu’elle même ne fait pas ou mal, etc..

 

bonjour a vous,

un forum (encore un peu en construction) vient de naître
pour des personnes ayant en commun le fait de se vivre hors/entre/au delà…
des catégories homme/femme, masculin/féminin
pour échanger, partager des luttes, réfléxions, se rencontrer, etc.


http://mongenreestarcenciel.forumactif.org/

pour être tranquilles de la pression d’assignation,
de l’exotisation,
de toujours devoir se situer/ se justifier sans cesse dans une de ces deux catégories,
et ça sans oublier les différences de nos vécus et identités/réalités sociales, de vie, d’existence/résistence…
dans une perspective antipatriarcal et dans une idée de bienveillance et respect collective.

 

final

Papillons, amour libre et idéologie

Lu sur Non Fides : Ce texte n’est pas un énième texte sur l’« amour libre », les « affects » et la « déconstruction », il a prétention à être plus que cela. Ecrit fin juillet/début août, il a jusqu’à octobre 2013, servi à poser les bases de nombreuses discussions plus ou moins collectives, dans l’informel. Des discussions très riches qui l’ont poussé à se nuancer et se compléter, et qui ont réussi à soulever de nombreux questionnements sur les rapports idéologiques qui régissent souvent les modes de pensée et de relation du milieu antiautoritaire français. Alors si ce texte n’est pas un énième texte sur les « affects », c’est qu’il s’agit d’abord d’un texte sur l’idéologie, et sur les « milieux », l’inconséquence et le gauchisme (et son rapport d’inversion). La façon dont il a réussi à faire écho à des situations diverses et variées, qui n’impliquaient pas nécessairement les relations affectives, mais un tas d’autres questions, comme les rapports de pouvoir, le conformisme d’un milieu anticonformiste, les contre-normes qui normalisent, les rôles sociaux et les rapports de consommation des individus, des luttes et des outils de lutte etc. en font un texte dont le but principal est d’ouvrir un débat qui le dépassera. Si nous avons tenu à le publier aujourd’hui, après ces quelques mois de gestation et de discussions passionnantes, c’est justement pour ouvrir ce débat, en cohérence avec le contenu du texte, au-delà des limites de l’informel et de l’entre-soi. Et nous espérons qu’il continuera son aventure ainsi.

Lire le texte ou le télécharger en pdf ici.

 

Trouvé ici

A Few Good Reasons Why White People
Should Not Wear “Mohawks” or Dreadlocks:

 
“Mohawk” is the name of a sovereign First Nation in the Iroquois Confederacy.  Wearing “Mohawks” erases Mohawk people and culture.
 
Dreadlocks are a symbol of Black/African pride and resistance to white supremacist beauty standards and are rooted in Black/African struggles for survival and liberation. 
 
Dreadlocks are rooted in Rastafarianism, a pan-African spiritual/religious movement for healing and decolonization for Africa and African people worldwide.  Rastafarianism is a form of resistance to a history of white racism, slavery, colonization and genocide. 
 
The traditions of people of color/non-white people are still under attack across the planet.  Appropriating our traditions and ways of dressing/presenting is a further attack on our communities.  
 
Wearing “Mohawks” or dreadlocks plays into a racist society that believes people of color and our lands, bodies, cultures and spirits are up for grabs. 
 
“Mohawks” were popularized in Britain and North America because of the film “The Taxi Driver.”   
 
Appropriating other cultures means you neglect looking at your own ethnic roots and traditions. 
 
By wearing “Mohawks” and dreadlocks, white people demonstrate they are unaware of anti-racist struggles and deteriorate trust between white and people of color/non-white people.
 
Being an anti-racist white person is counter-culture.  Trying to present a counter-cultural image by appropriating other cultures is not.   
 
The hairstyle called “Mohawks” is rooted in distinct Iroquois and other First Nations/Native traditions that have only recently (1978) been legal in the United States.  Non-native people who wear “Mohawks” appear naïve and condescending to this reality.       
 
By cutting off their “Mohawks” and dreadlocks, white people take a concrete step towards an anti-racist journey. 
 
 
Created by Qwo-Li Driskill and Colin Kennedy Donovan for 
Planting Seeds Community Awareness Project.  www.pscap.org
The struggle against racism is more than just not saying racist comments or knowing that the United States was built by slave labor.  It is also a struggle to recognize and understand the ways racism/white supremacy are woven into every aspect of life.
 
One of the ways racism plays out which is often ignored or not seen by white people is through appropriation, “the act of taking or making use of without authority or right.”  Appropriation ignores the lives and struggles of oppressed communities, and instead takes what is seen as interesting, useful or beautiful, disregarding our cultures and lives.  In the US and other countries, appropriation is part of long histories of racism and genocide.  Colonial governments and peoples appropriated the homelands of First Nations/Native people.  Europeans appropriated the bodies and labor of African peoples during slavery. 
 
While our bodies, homelands and labor continue to be appropriated, so do our cultural symbols/lifeways.  The New Age movement, for example, appropriates (and twists) the spiritual practices of First Nations, Asian, African and other cultures. 
 
Among progressive/radical white people, the problem of appropriation continues to damage communities of color.  Mohawks and dreadlocks worn by non-Native/non-African people is one form of appropriation that often goes unnoticed and unchallenged and is often misunderstood. 
 
Healing the legacy and current reality of racism and colonization means looking closely at the ways we perpetuate these forms of violence.  It means, in part, letting go of cultural symbols that are appropriated from people of color/non-white people and instead looking deeply at the complex issues that surround race and racism. 
 
 
 
But, I’m not trying to appropriate anything.  I just appreciate other cultures.  Isn’t that okay?
 
Appreciating other cultures does not mean you need to appropriate any aspect of them.  A true appreciation of other cultures means fighting against the forces trying to destroy them, not taking them on as your own.
 
It’s just a Mohawk.  I don’t think of it as a Native thing.
 
And therein lies the problem. 
 
But, I wear my hair this way as a statement against oppressive cultures and governments.  How is that racist?
 
You can take a stand against oppression and dominant cultures without appropriating the cultures of the people being hurt by them.  Appropriation actually enforces oppression, it does not stand against it.  Appropriation is part of the problem, not part of the solution.
 
This is a free country.  Can’t I do whatever I want?
 
This country has never been free for people of color/non-white people.  Certainly, you can choose wear your hair however you want.  Historically, however, people of color have not been able to make that choice.  For instance, in the US and Canada Native children were forced to cut their hair and wear it like white people’s in “boarding” or “residential” schools created to destroy First Nations cultures.  Slavery was an act of owning humans.  Enslaved people had no legal right to do anything with their bodies.  Their bodies were private property.  When white people wear “Mohawks” or dreadlocks it twists those hairstyles into symbols of privilege rather than symbols or survival and resistance. 
 
CUT OFF YOUR DREADLOCKS AND “MOHAWKS” AND HELP CONTINUE REVOLUTION AGAINST COLONIZATION AND RACISM!  HELP YOUR WHITE FRIENDS DO THE SAME!

 

Le problème avec la polynormativité

Issue du site http://polyamour.info/

sur : Bienvenue chez Fab

********

Le problème avec la polynormativité

Dans ce post Andrea Zanin pousse un coup de gueule contre les normes véhiculées par les médias sur le polyamour, et montre comment certains comportements et vocabulaires « polys » renforcent des normes au lieu de les questionner.

Illustration : hsmade (CC)

 

Le polyamour est largement relayé dans les médias ces temps-ci. C’est assez remarquable, vraiment, et cela représente un tournant majeur qui s’est opéré sur les 5 à 10 dernières années.

Le problème – et c’est peu surprenant – c’est que la forme de poly qui est la plus médiatisée est celle qui est la plus proche et la plus similaire possible à la monogamie, parce qu’elle est la moins menaçante pour l’ordre social dominant.
Il y a 10 ans je pense que ma position était beaucoup plus de l’ordre de «  vis-et-laisse-vivre ». Tu sais, des façons différentes pour des gens différents. Je suis poly à ma façon et toi à la tienne, et on fait tou-te-s des relations non-monogames donc on peut considérer qu’on a quelque chose en commun qui est différent de la norme. On partage un certain type d’oppression, parce que le monde n’apprécie pas ou ne valorise pas la non-monogamie. On partage un intérêt pour les relations ; pour les challenges logistiques, la gestion du temps et la jalousie. Donc on est ensemble là-dedans, non  ?

Aujourd’hui, cependant, j’en suis arrivé-e à la conclusion que j’ai des Sentiments bien plus forts à propos de ça. Je veux dire des sentiments de sérieuse répulsion, pas juste du type «   ton vice n’est pas mon vice, mais ton vice est OK ». Des sentiments de véritable insulte, pas de camaraderie. Fondamentalement je pense qu’on fait des choses radicalement différentes. Le mouvement poly – si on peut appeler ça comme ça, ce qui est sujet à débat pour un bon nombre de raisons – commence à se fracturer précisément sur les mêmes lignes que le mouvement gay/lesbien/queer. (Vous pourriez dire qu’il a toujours été fracturé selon cette ligne de faille, mais pour moi cela n’a pas toujours été aussi clair qu’aujourd’hui).

Pour commencer par la base, je dirais que le polyamour de certain-e-s présente bien pour l’opinion majoritaire, et que le poly de certain-e-s autres ne présente pas bien. Le courant dominant aime se voir comme avant-gardiste, sexy et cool. Le courant dominant aime co-opter tout concept tendance et frais, afin de se convaincre lui-même qu’il fait quelque chose de nouveau et d’excitant, parce que ça fait vendre des magazines, des entrées d’évènements, ou autres. Le courant dominant aime faire ça tout en érigeant autant de barrières que possible contre des changement réels et fondamentaux qui pourraient faire trembler la structure de Comment Marche le Monde.

Dans ce cas, cette structure c’est la primauté du couple.

Les médias présentent une gamme claire de normes polys, et de manière écrasante relaient des présentations de personnes qui parlent et pratiquent le polyamour dans ces normes. C’est ce que j’appelle la polynormativité.
(Je ne pense pas tout-à-fait créer un terme ici, mais pas loin, car dans la plupart des environ 700 résultats d’occurrence du terme que google me donne, il s’agit de jargon juridique que je ne comprends pas. J’aurais préféré que ce soit déjà quelque chose, franchement. Bon, hum, cadeau pour vous).

Voici les quatre normes qui forment la polynormativité selon moi.

 

1. Le polyamour commence avec un couple

 

La première fois que j’ai vu le terme «  couple poly  » j’ai éclaté de rire. Il me semblait que c’était une oxymore évidente – jumbo shrimp (lit. ‘crevette-éléphant’), friendly fire (lit. ‘tir amical’ = faire feu sur ses alliés), ‘estimation ferme’, ‘couple poly’. Mais ça a vraiment pris racine, et personne n’a l’air de cligner des yeux.

Le polyamour est présenté comme quelque chose qu’un couple fait ; contrairement à une philosophie de relation et à une approche associées à des individus, suite auxquelles illes peuvent ou non faire partie d’un couple (poly!) ou tout autant être partenaire de six personnes, ou faire partie d’une triade, ou être célibataire, ou autre.

Avec cette norme, l’hypothèse entière de relations multiples est réduite à ce qui ressemble essentiellement à une activité qu’un couple de personnes engagées mutuellement décide de faire ensemble, comme prendre un cours de danse de salon ou apprendre à skier.

Tout ça pour une remise en question radicale des relations humaines. Tout ça pour celles et ceux qui n’arrivent pas en étant en couple, préparé-e-s.

 

2. Le polyamour c’est hiérarchique

 

En suivant la norme selon laquelle le poly commence (et se finit?) à deux, on a bien sûr besoin d’imposer une hiérarchie sur tout ce qui se passe d’autre. Sinon comment est-ce qu’on saurait qui est le vrai couple dans tout ça  ? Si vous ajoutez d’autres personnes cela pourrait devenir flou et déroutant  ! Donc l’idée de relations primaires et secondaires émerge. C’est ce que j’appelle le poly hiérarchique.

«  Primaire  » implique une importance de top-niveau. «  Secondaire  » implique moins d’importance. Dans ce modèle c’est complètement normal de placer les sentiments, les désirs et les opinions d’une personne devant ceux d’une autre. Je le redis autrement. C’est complètement normal et même attendu que les sentiments, désirs et émotions d’une personne comptent plus que ceux d’une autre. C’est normal qu’une personne voyage en classe affaires et l’autre en classe économique bien entendu, en se basant sur leurs seuls statuts respectifs. Et on trouve ça progressiste  ?

Bien sur ça se joue différemment selon les situations. Ce modèle va plus probablement fonctionner relativement bien si les personnes impliquées sont super gentilles, ont de la considération, sont solides émotionnellement et généreuses, et plus probablement fonctionner moins bien si les personnes impliquées sont méchantes, sans considération, inconsistantes, fragiles ou égoïstes. En quelque sorte il s’agit de comment tu as plus de chances de garder ton boulot pendant une récession selon si ton chef est une personne très chouette ou s’ille est prioritairement intéressé-e par les performances économiques. Dans tous les cas cette structure assure que les partenaires secondaires sont dépendant-e-s du bon vouloir des primaires, et qu’illes n’ont pas grand chose à dire.

C’est justement cela qui donne lieu à des choses comme la controversé-e (?!) proposition de «  déclaration des droits des partenaires secondaires  » de Franklin Veaux, ou un post récent devenu quasi viral en soulignant comment bien traiter les partenaires non-primaires , (notons que ce ne sont pas des articles des médias dominants). Ces posts me rendent malade.

Pas parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec ce qui y est dit, mais parce que – selon les secondaires, qui sont justement les personnes qu’on devrait écouter ici – cela signifie que beaucoup de personnes polynormatives ont en fait besoin qu’on leur explique comment ne pas traiter d’autres personnes comme du rebut de poubelle.
Ces posts sont des cours intensifs de décence humaine de base.

Qu’ils soient nécessaires, même de façon distanciée, sans parler de leur extrême popularité, c’est vraiment hyper inquiétant.

Je vais parler un peu de terminologie. J’ai un sérieux problème avec les définitions de «  primaire  » qui ressemblent à un truc du genre «  la relation primaire c’est quand vous vivez ensemble, avez des enfants, partagez les finance, etc ». Non. Faux. Pas d’accord. C’est une définition profondément imparfaite. N’importe quel élément qui rentre dans cette définition de «  primaire  » peut très facilement exister dans une relation qui n’est pas «  primaire », ou d’ailleurs qui n’est ni romantique, ni sexuelle. Les gens peuvent vivre avec des colocataires, partager les enjeux matériels avec un-e partenaire de vie platonique, avoir des enfants avec un ex à qui illes ne parlent jamais. Et de l’autre coté une personne peut considérer une autre personne comme un-e partenaire «  primaire  » sans vivre ensemble, partager les finances ou se repoduire. «  Primaire  » et «  secondaire  » parlent de modèle de relation hiérarchique, pas de circonstances de vie spécifiques.

«  Primaire  » et «  secondaire  » ne sont pas des termes spécialement ambigus. En gardant ça à l’esprit, j’ajoute un plaidoyer adressé au personnes poly  : si vous n’avez pas l’intention de créer ou d’impliquer une hiérarchie, n’utilisez pas les termes «  primaire  » et «  secondaire  » comme des abréviations.

Pas mal d’entre vous sont des geeks donc la précision doit être importante pour vous, non  ? Pensez à ça comme s’il s’agissait de ne pas mélanger Star Trek et Star Wars ou Mac et PC.

Au lieu de «  primaire », parlez de votre partenaire domestique, de votre partenaire de long-terme, de la personne avec qui vous passez le plus de temps, votre femme ou mari – selon ce qui s’applique.

Au lieu de «  secondaire  » parlez de votre relation occasionnelle, votre amant-e ordinaire, votre petit-e ami-e, votre agent-e secret-e d’amour, votre histoire annuelle à distance, votre nouvelle copine/nouveau copain avec qui il vient de se passer un truc, ou n’importe quels autres termes qui expliquent ce qui vous arrive. Aucun de ces termes n’ont trait à la hiérarchie. Ce sont juste des descripteurs de relations. (Je remets à plus tard mon coup de gueule sur la façon dont certaines personnes pensent que «  mari  » et «  femme  » sont plus vrais que «  partenaire », «  copine », «  copain ».)
A propos du revers de la médaille, ne laissez pas tomber les mots «  primaire  » et «  secondaire  » juste pour avoir l’air moins hiérarchique pendant que vous prenez des décisions sur les relations de manière bien enracinée dans la hiérarchie. Pas de fausse pub dans les deux directions, d’accord  ?

Bon laissez-moi clarifier ma position ici, juste au cas où. Il n’y a rien de mal avec les relations d’engagement domestique, sérieuses, sur du long-terme. Il n’y a rien de mal non plus avec des rendez-vous occasionnels, et le fait de se sentir bien en sortant avec un-e chéri-e bien moins que ce que ce-tte chéri-e sort avec son époux-se, pour dire.
Parfois une relation n’est pas destinée à être sur le long terme, ou domestique, ou locale, ou à impliquer de rencontrer les parents respectifs. Ce n’est pas un mauvais truc. C’est un truc. Ce n’est pas la même chose que d’être «  secondaire ». Je ne joue pas avec la sémantique, je parle des cadres dans lesquels on voit nos relations, dans lesquels on prend des décisions, dans lesquels on aboutit à des règles – on reparle de ça dans le prochain point – et dans lesquels on traite de vrais et vivants êtres humains.

 

3. Le polyamour nécessite beaucoup de règles

 

Si on commence avec un couple, et qu’on veut fermement garder ce couple à sa place «  primaire  » avec autres comme «  secondaires », bien-sûr on a besoin d’élaborer pas mal de règles pour s’assurer que cela fonctionne selon ce modèle, c’est juste  ? Bien (et il existe certainement un plan).

C’est une approche du polyamour fondée sur le contrôle qui, tout en n’étant pas exclusive des modèles-fondés-sur-un-couple-primaire-secondaire, est inévitable dans ces cas-là. Les règles sont implicitement établies par les «  primaires », le «  couple poly  » – du moins c’est comme ça que la plupart des discussions sur les règles sont présentées. Certains livres et sites web vous diront (« vous  » étant probablement quelqu’un-e qui fait partie d’une relation monogame qui tend vers s’ouvrir à être un couple-poly) que c’est vraiment super important non seulement d’avoir des règles, mais aussi de les établir avant de sortir et de faire du polyamour. Si jamais vous vouliez vraiment une confirmation du statut clairement «  secondaire  » des partenaires «  secondaires », la voici  : les règles sont établies avant que le besoin n’apparaisse, et les «  secondaires  » n’ont rien à y redire. Là encore… on pense que c’est progressiste  ?

Le truc est là. Les règles ont une relation opposée à la confiance. Elles ont pour but de limiter ou cadrer quelqu’un-e dans les préférences de quelqu’un-e d’autre. Elles ont pour but la restriction. Je vais te limiter, et tu vas me limiter, et on sera en sécurité tou-te-s les deux.

Quand deux personnes sont proches dans leurs valeurs, ont une forte confiance mutuelle, illes n’ont pas besoin de règle pour savoir comment chacun-e va se comporter. Je veux dire, est-ce que vous entendez souvent «  j’accepte de ne tuer personne si tu acceptes de ne tuer personne, okay  ? Ce sera notre règle. Ne pas tuer.  » Bien sur que non.
A part pour les psychopathes, ce genre de chose n’a pas besoin d’être dit ; on peut penser que tout le monde partage la valeur de «  tuer des gens c’est mal et je ne le ferai pas ».

Mais ce n’est pas du tout rare pour les «  couples poly  » de créer des ensembles de règles pour cadrer fermement chacun-e à se comporter uniquement de manière rassurante, pas dangereuse, et surtout non menaçante pour le lien «  primaire ». On n’embrasse personne avant de se l’être demandé. Pas de rendez-vous où on dort dehors. Si tu la vois plus de trois fois, je dois la rencontrer. Si tu veux la voir plus de trois fois, ne me le dis pas, c’est trop dur à supporter pour moi. On ne tombe pas amoureux-se (celle là me fait mourir de rire dans son absurdité pure). L’amour c’est okay mais seulement si tu l’aimes moins que moi. Sexe anal seulement avec moi. Sexe anal seulement avec les autres. Tu dois voir exactement le même nombre d’autres personnes que moi. Pas question que vous alliez ensemble dans notre resto favori. On ne dort pas avec d’autres dans notre lit commun. Tu dois m’envoyer un message avant 23h. Je dois t’appeler quand je pars de chez elle.

Et la gloire suprême, le saint graal des règles poly  : on a un pouvoir de veto  ! (j’ai un autre post là dessus, qui s’appelle Contre le Veto, dans lequel j’expose exactement pourquoi les droits de veto sont une idée pourrie). L’essentiel  : les «  secondaires  » sont secondaires, et tellement secondaires qu’une personne avec qui illes ne sont pas partenaires peut décider qu’illes se fassent larguer.

Vous savez, quand il y a vraiment du danger, je suis pour les règles. Des règles comme par exemple tu dois faire au moins un mètre vingt en taille pour monter à bord de ce manège… tu ne peux pas faire de neurochirurgie sans diplôme médical… pas de sexe anal non protégé avec des inconnu-e-s (remarquez que celle règle là n’est pas à propos d’un couple, c’est à propos de protéger ta propre santé qui est précieuse)… ne pas jouer avec le feu à cet événement car les plafonds sont bas et plein de décorations en papier. Mais les règles extensives autour du polyamour sont au fond l’équivalent de dire que l’amour (ou le sexe, ou sortir ensemble) c’est dangereux et que cela doit être strictement régulé pour ne faire mal à personne. Pour moi c’est une manière très étrange d’approcher la possibilité d’une grande joie et de connexion humaine – comme si c’était une bombe qui pourrait exploser si son protocole de prise en main n’était pas respecté.

Plus tu établis de règles, plus tu montres que tu ne crois pas la personne qui en est l’objet capable d’agir de manière bienveillante avec vos valeurs de fond partagées. Ou, à l’inverse, tu montres que tu as besoin de faire l’objet d’une supervision stricte, ou sinon tu écraseras et emmerderas le bien-être de ton/ta partenaire.

Si on doit règlementer quelque chose, c’est parce qu’on ne s’attend pas à ce que cette chose puisse se passer sans règlementation. C’est un triste état pour ce qui est ostensiblement supposé être des relations d’amour qui peuvent potentiellement s’inscrire dans la durée.

Est-ce que les règles ne sont jamais une bonne chose  ? Je n’irai pas si loin. Elles peuvent être un mal nécessaire, une mesure temporaire pour passer des moments difficiles pendant lesquels on peut supposer qu’on travaille à une meilleure solution. Ce qu’on fait. Comme, là maintenant. Non  ?

D’un point de vue complètement différent les règles peuvent être agréables, ou chargées érotiquement (etc.), comme les relations D/s ou M/s – bien que ces règles-là aussi quand elles sont imposées par la peur ou acceptées comme un moyen d’éviter une sanction, peuvent être une forme de contrainte non éthique servant à consolider le manque de confiance en soi d’une personne aux dépens d’une autre. Mais à part ces circonstances très spécifiques et limitées, les règles sont bonnes quand on les utilise avec parcimonie, et même dans ce cas, seulement si d’autres solutions ne sont pas disponibles.

A quelles «  autres solutions  » fais-je référence  ? La confiance. Pure et simple. La confiance est le terreau sur lequel le polyamour devrait grandir, de manière similaire à d’autres sortes d’amour. Dites ce que vous voulez dire, toujours, et entièrement. Suivez vos engagements. Ne faites pas de promesses que vous ne pouvez pas tenir. Partez du principe d’intentions positives. Posez des questions. Ecoutez, écoutez, écoutez. Posez d’autres questions et écoutez encore. Calmez les peurs. Travaillez sur vos propres manques de confiance, à l’endroit où ils se manifestent – à l’intérieur de vous-même. Soyez gentil-le. Soyez cohérent-e. Soyez généreux-se. Demandez explicitement ce que vous voulez. Dites clairement ce dont vous avez besoin. Excusez-vous quand vous merdez et essayez de régler le problème. Trouvez des stratégies pour compenser vos défauts, tels la négligence ou l’anxiété ou le manque de vocabulaire émotionnel ou quoi que ce soit qui vous empêche de faire tout ça habilement. Oui, ça va demander beaucoup de travail. Faites-le quand même.

Mieux même, faites-le parce que les efforts eux-mêmes vous rendent heureux-se et vous font ressentir que vous bougez dans le monde d’une manière profondément juste. Si vous avez foiré sur un de ces aspects, ou n’importe quel autre, et que ça a blessé votre/vos partenaire-s, soignez ça. Faites le travail ensemble. Suivez une thérapie pour couples. Pratiquez ensemble de nouveaux outils de communication. Investissez votre temps, votre énergie et vos efforts pour rendre le sol sain et nourrissant plutôt que de construire des barrières autour du jardin.
A partir de là vous pouvez solliciter tous types de comportement sans avoir besoin qu’ils soient des règles. Vous savez, du genre «  j’ai très envie de rencontrer ton/ta nouvelle-eau amoureux-se  ! On peut boire un thé la semaine prochaine ?  » ou «  est-ce que tu m’enverras un message quand tu es sur le chemin du retour pour que je sache pour quelle heure je prépare le repas ?  » ou «  je me sentirai aimé-e et spécial-e si on avait un bon vin qu’on boirait seulement entre nous  » ou même «  je suis terrifié-e à l’idée de te perdre et j’ai besoin de réconfort ». Encore une fois, ce n’est pas seulement de la sémantique. Ces autres manières de relationner ne sont pas «  juste comme des règles ». Elles se fondent sur la générosité, la joie et l’attention, pas le contrôle les limitations et la peur. L’intention compte.

 

4. Le polyamour est hétérosexuel. Aussi, beau, jeune et blanc. Et aussi nouveau, excitant et sexy !

 

 

Illustration : tyello (CC By NC SA)

 

Cet élément de la polynormativité n’est pas en lien direct avec les trois autres, mais comme on parle de représentation médiatique il mérite bien d’être mentionné. Le polyamour est résolument présenté dans les médias comme un truc que font les hétéros, sauf parfois les femmes bisexuelles qui ont un partenaire primaire et une partenaire secondaire. C’est extrêmement rare que des configurations poly lesbiennes, gay ou queer soient inclues dans les représentations dominantes du polyamour, même si les cercles LGBQ (ndt  : Lesbiens Gays Bis Queers) sont incontestablement des pépinières d’activité polyamoureuse, et que les personnes LGBQ ont une longue et illustre histoire de non-monogamie, malgré le récent engouement autour du mariage. Il n’y a qu’à aller à n’importe quel événement LGBQ – même les plus traditionnels – et vous ne pouvez vous frayer un chemin sans croiser au moins une demi douzaine de personnes qui vivent une sorte de non-monogamie, des rencontres régulières «  style monogame  » en saunas, à des familles complètement poly. C’est tellement commun que ça en a l’air (gasp!) normal.

Mais si les médias dominants donnaient trop de colonnes au polyamour LGBQ, alors les gens pourraient penser que le poly c’est un truc homo, et ça ne vendrait pas autant de magazines. Donc l’article polynormatif typique hypermédiatisé donne quelque chose comme, «  rencontrez René et Sarah. Illes forment un couple poly. Ille sont partenaires primaires et rencontrent ensemble d’autres femmes.  » Ou «  ils rencontrent des femmes chacun-e de leur coté  » ou «  illes font des partouzes dans leur sous-sol  » ou parfois, bien que plus rarement «  René a des rendez-vous avec d’autres femmes et Sarah avec d’autres hommes ».

Les représentations dominantes transgressent rarement la règle «  d’un pénis par équipe », ce qui est tout aussi repoussant que ça en a l’air. On n’a jamais René qui sort avec Jean, ou Sarah qui sort avec Karim et Julien et Ronan quand René reste à la maison regarder un film. Parce que whaouh  ! Ca va juste trop loin. Je veux dire que bon s’amuser avec des femmes c’est une chose, mais amener un deuxième homme dans l’histoire, est-ce que les deux gars n’ont pas besoin…, d’en découdre  ? De se prouver qui est le plus viril  ? A cause de la psychologie évolutionniste  ! A cause de la Nature  ! Parce que quand il y a un pénis (et un seul pénis) en jeu, c’est du vrai sexe et ça signifie une vraie relation et on a besoin d’une vraie relation pour avoir une structure primaire-secondaire, et on doit avoir une structure primaire-secondaire pour être un couple poly  ! (hmm. Donc peut-être que cette partie a à voir avec mes trois autres points après tout.)

Et tout ça crée une situation où le polyamour est présenté comme une nouvelle tendance branchée, que les hétéros avant-gardistes essayent, et diantre illes en sont plus fière-s que jamais. Pas besoin de dire que cette mise en scène varie entre l’ignorance complète des queers, à l’offensive catégorique à leur encontre.
Ajoutez à ça le désir des médias dominants de montrer des images de polyamoureux-ses qui sont mignon-ne-s, jeunes et blanches/blancs et on obtient une représentation vraiment étroite. Les magazines veulent montrer des personnes qui sont autant conventionnellement attractives que possible, entre 20 et 40 ans, et rarement autre chose que caucasien-ne-s (à moins que ce soient des personnes de couleur qui sont vraiment, voyez, exotiques et sexys, comme des hommes noirs au regard de braise ou de splendides femmes asiatiques). C’est honteux à pleurer parce que les histoires des polys qui ont plus de la soixantaine seraient géniales à entendre. Et non, tout-e-s les polys ne sont pas blanc-he-s, mais si des blanc-he-s c’est la seule image que les gens voient du polyamour, c’est clair que cela crée une barrière décourageant les personnes de couleur de se comprendre comme potentiellement polys.

Les médias sont aussi majoritairement intéressés par le facteur ‘sexy’. L’impact profond que l’aptitude à l’image d’une personne a sur la volonté des médias de la montrer à l’image ne peut pas être sous-estimée.

Et avec ça vient la pression de sexualiser au maximum. Je n’oublierai jamais, par exemple, ce qui s’est passé quand j’ai été présenté-e dans Châtelaine magazine avec un-e partenaire il y a 10 ans environ. Le photographe a insisté pour que j’enlève mon haut pour la photo, en m’assurant que ce serait fait avec goût. Quand je lui ai demandé pourquoi il voulait prendre cette approche du dévoilement, il a dit «  parce que vous n’êtes pas moche. C’est très dur de photographier des gens moches ». Hum, merci  ? J’ai gardé mon chemisier mais apparemment jeune, blanche et jolie étaient au menu du jour, parce qu’illes ont fait en sorte que ma photo prenne bien plus de place que celles des autres personnes présentées dans cet article. Vous savez, les «  moches ». Dégueulasse.

Ne me comprenez pas de travers. Le sexe et l’attirance sont des forces importantes dans les relations polys. Ce n’est pas une mauvaise chose, et je ne ressens pas le besoin de vous sortir tout le truc sur «  ce n’est pas à propos du sexe ». Ca concerne le sexe, au moins pour la majeure partie d’entre nous. Mais ce n’est pas seulement à propos du sexe. Si c’était juste autour du sexe ce ne serait pas du polyamour – ce serait coucher à droite à gauche, ce qui est génial mais habituellement pas avec engagement, ni romantique. Si cela ne concernait jamais le sexe, ce ne serait pas non plus du polyamour – on serait juste une bande de potes, ce qui est aussi génial, mais habituellement pas romantique bien qu’il puisse y avoir de l’engagement. Mais les médias sont très mauvais pour saisir cet équilibre. Le courant dominant est vraiment intéressé par les partouzes, qui couche avec qui, à quelle fréquence, et whaow des plans à trois  ! Et est-ce j’ai évoqué le coté jeune, mignon et blanc  ?

Ces articles cherchent à présenter un fantasme de personnes conventionnellement avenantes qui font du sexe délicieusement transgressif (mais pas effrayamment transgressif), tout en restant aussi fermement que possible dans les limites conventionnelles de la relation fondée sur un couple et construite de la manière la plus humaine possible pour la circonstance. Ce fantasme fait vendre des choses. Il ne nous rend pas service.


 

 

Post-scriptum

 

– J’ajoute cette section (une semaine après le post d’origine) parce que quelques personnes ont soulevé la question de pourquoi j’utilise l’acronyme LGBQ sans inclure le T pour transgenre/transexuel-le. J’essaie de garder une approche concise sur le sujet de la polynormativité comme représentation médiatique d’un certain modèle de relations, et les problèmes avec la représentation et avec le modèle – le coté «  concis  » est déjà un peu étiré vu la longueur de ce post – je ne suis pas entrée dans la large liste de manières dont la polynormativité soutien d’autres types d’omissions et de normativités. En faisant ce choix éditorial, j’ai moi-même perpétué plusieurs de ces omissions/invisibilisations. Donc une clarification est bien sûr garantie (une partie ce qui suit a déjà été postée dans la section commentaires).

Donc voilà  : je me sens de moins en moins à l’aise avec l’acronyme LGBTQ, parce que l’inclusion «  T  » pour «  transgenre (une identité de genre) à la fin d’une liste de lettres qui représentent des orientation sexuelles (et pas des genres) porte une inexactitude implicite. Les personnes gay, lesbiennes, bisexuelles et queer peuvent être trans ou non-trans ; et les personnes transgenres peuvent être gay, lesbiennes, bisexuelles, queer ou hétéro (et au delà) en orientation. Toutes les personnes trans ne sentent pas une affiliation avec les communautés et politiques gays, lesbiennes, bisexuelles ou queers ; et toutes les personnes avec une histoire de transition ne ressentent pas le besoin de s’identifier ouvertement comme transgenres, même si elles s’identifient comme gay, lesbienne, bisexuel-le ou queer.

Je n’ai pas de souci en utilisant l’acronyme LGBTQ pour décrire par exemple un magazine, un groupe, un comité ou autre pour autant que l’entité serve vraiment des personnes représentées par cet acronyme entier et n’essaye pas juste d’avoir l’air super-progressiste. Dans ce post je parle d’orientation, pas d’identité de genre, donc ça avait l’air (et ça a toujours l’air) inexact de jeter le T au milieu de cette liste spécifique.

Mais ça ne veut pas dire que les personnes trans n’ont pas de place dans cette discussion. Plutôt carrément l’inverse. Le modèle polynormatif perpétue aussi la cisnormativité, de deux manières. (La cisnormativité c’est l’idée que toutes les personnes à qui on assigne un sexe donné à la naissance, continuent de s’identifier à ce sexe et expriment en conséquence une identité de genre «  appropriée », et que tout le reste est bizarre ou mauvais.)

La première est l’élément de la représentation médiatique – on voit rarement des personnes trans dans les représentations dominantes du polyamour. Donc c’est de la cisnormativité par omission.

L’autre, plus complexe, devient évidente quand on creuse un peu plus la règle du «  un pénis par équipe  » et comment on comprend l’orientation sexuelle. «  Un pénis par équipe  » repose sur l’idée que «  pénis  » peut être utilisé comme un abréviation pour «  homme  » parce que les hommes ont des pénis et seuls les hommes ont des pénis. Cela, bien sûr, efface les expériences de beaucoup de trans pour qui genre et organes génitaux ne collent pas, parce que ce sont des hommes nés sans pénis ou parce que ce sont des femmes nées avec un pénis (indépendamment de à quoi les organes génitaux de ces personnes ressemblent à ce moment de leur vie, ou des mots qu’illes utilisent pour les nommer).

«  Un pénis par équipe », plus largement, repose aussi sur l’idée que les hommes et les femmes sont naturellement différent-e-s dans une sorte d’approche essentialiste, fondamentale, basée sur la biologie ; de façon que le fait d’avoir une relation (secondaire dans ce cas) avec un homme va être substantiellement différent pour un homme parce que c’est un homme, que pour une femme parce que c’est une femme. Cette idée finit par pré-déterminer comment les gens pensent qu’une relation va se passer – combien le sexe sera «  vrai », quelle intensité les émotions vont certainement prendre, et donc quelle «  sécurité  » il y a à laisser son/sa partenaire primaire s’engager dans cette relation. Cela ne prend pas en compte la présence potentielle de personnes trans dans l’équation. Mais même si cette possibilité n’existe pas dans une situation donnée, c’est un point de vue dans lequel les hommes et femmes sont naturellement comme-ci ou comme-ça à cause de leur anatomie. Ce modèle conceptuel maintient les personnes trans – même si vous n’en connaissez pas (à votre connaissance!) et n’avez pas l’occasion d’en rencontrer – dans les cases qu’on leur a assignées à la naissance. Cela implique que le genre qu’illes ont investi est quelque part moins vrai ou moins valide. Cela maintient aussi le vaste spectre des personnes qui ne sont pas trans – soit cisgenres, ou comme moi, de genre fluide ou quelque part ailleurs dans la gamme non-binaire – enchainé-e-s aux cases qu’on leur a assignées à la naissance, insistant sur le fait que ces cases déterminent qui nous sommes, qui nous pouvons être, comment nous pouvons baiser, et à quoi ça ressemble d’avoir une relation romantique avec nous. En fin de compte la cisnornativité blesse tout le monde. Les personnes à qui cela fait manifestement le plus de mal sont aussi les personnes les plus visiblement différentes, ce qui veut souvent dire les femmes trans. Mais la cisnormativité n’est pas «  juste  » une question trans. Cela concerne le fait de créer de la place pour que chacun-e d’entre nous existe comme ille le veut.

Comme chaque modèle normatif, la polynormativité marche de concert avec un éventail d’autres modèles normatifs pour créer un cadre complet, bien que rarement explicite, dans la tête des gens sur Comment le Monde Marche, qui compte et qui ne comte pas, ce qui est vrai et ce qui ne vaut pas la peine car inintéressant. Ainsi en plus des questions de race, d’age et d’orientation, comme je l’ai dit avant, et de genre, comme je viens de l’étoffer ici, la polynormativité marche de concert avec d’autres idées problématiques. Des idées sur ce qu’est la famille ou ce que cela devrait être, et sur comment les enfant peuvent ou devraient entrer dans l’équation ; les question de maladie/santé, de capacité/incapacité, y compris le statut vis à vis des IST (Infections Sexuellement Transmissible), les questions de classes et de position économique, et tout un panel d’autres mais comme l’a souligné quelqu’un-e , c’est un post de blog, ce n’est pas un livre. Encore…

Fin de la nouvelle section  ! –

 


 

En résumé j’ai trois problèmes-clés avec la polynormativité.

 

Premier problème  : le modèle polynormatif est plutôt atroce

 

Possiblement ça peut bien fonctionner, peut-être, pour certaines personnes – je n’irais pas jusqu’à dire que cela ne fonctionne jamais. Mais ce modèle porte sa hotte de problèmes pour toutes les personnes impliquées, et plus notablement pour celles qui ont les positions avec le moins de pouvoir dans la structure de la relation, mais aussi de manière subtile et insidieuse pour celleux qui ont les places les plus privilégiées dans la structure. Héé, vous savez quoi, c’est assez comme tous les autres systèmes de privilège/oppression, si jamais  ! Je ne vais pas aller jusqu’à dire aux personnes polynormatives, «  hé vous vous trompez » mais, bon, honnêtement  ? Pas loin. Plutôt quelque chose comme «  vous passez à coté de la question ».

A cause de cette position je m’attends à possiblement recevoir des commentaires furieux et défensifs de la part de beaucoup de personnes polynormatives qui se sentent juste bien avec leur modèle. Pour elleux, je dirai la chose suivante. Si vous êtes membre d’un binôme «  primaire  » dans un modèle polynormatif, et que vos/votre partenaire-s «  secondaire-s  » peut/peuvent fournir une défense aussi vive que la votre de votre modèle, ou même encore – pas une défense de vous en tant qu’individus, ni de votre relation, mais du modèle polynormatif lui-même – sans rien laisser de coté ni mentir ne serait-ce qu’un petit peu pour ne pas risquer de générer du conflit ou risquer de vous perdre en tant que partenaire, alors vous faites partie de la minorité de polynormatif-ve-s pour qui le modèle marche réellement, super bien pour tou-te-s les concerné-e-s. (Et je dis bien tou-te-s. Si cela marche bien seulement pour le couple primaire, le modèle ne fonctionne pas.) Si vous êtes de celleux là, aucun besoin de devenir défensif-ve – je ne vous critique pas vraiment de toute façon. Si cependant ce n’est pas votre cas, s’il-vous-plaît retenez votre réaction défensive et plutôt pensez vraiment sérieusement aux critiques que je soulève.

Quand je verrai une pléthore de témoignages dans les médias dominants de partenaires secondaires heureuses-x et comblées sur combien le modèle primaire-secondaire est fantastique… quand ces secondaires commenceront à écrire le dernier best-of des livres polys, donnant des conseils, ayant le premier rôle dans les programmes de télé-réalité, et faire tout ça en tant que secondaires (pas des personnes qui sont en effet le/la partenaire secondaire de quelqu’un-e mais pour qui tout va bien, pour qui c’est équilibré et juste parce qu’illes sont aussi les partenaires primaires de quelqu’un-e d’autre)… quand illes montreront leurs visages en photos, utiliseront leurs vrais noms complets dans des articles, et en général ne se sentiront pas du tout questionné-e-s par leur position dans ces structures polys aux cotés des partenaires primaires qui seront présenté-e-s en tant que tel-le-s… quand ce ne sera pas une exception occasionnelle, mais la représentation générale et dominante que je pourrai voir de et par des partenaires secondaires… alors peut-être je modifierai ma position. Je ne retiens pas mon souffle.

 

Deuxième problème  : les médias présentent ces normes polys, comme, bon, des normes. Comme La Manière de faire du Poly.

 

Au mieux, il y a une mention rapide du fait que des personnes pratiquent d’autres formes de poly, là-bas, et qu’on les comprend pas vraiment, ou peut-être que ces autres formes sont bien trop complexes pour être résumées dans un article de 1000 mots. (Triades  ! Carrés  ! Familles  ! Les W, les X, les alphabets grecs, constellations et écosystèmes  ! Tout ça fait peur. Et puis les maths c’est dur.)

Mais la plupart du temps, les «  autres  » (ohh, regardez cette construction!) formes de poly ne sont pas mentionnées du tout. Il y a une manière de faire, et la voilà  ! N’est-elle pas formidable  ? Tellement courageuse  ! Et peu commune  ! Vraiment assez à la pointe, ne trouvez-vous pas  ? …. Bon, que ce soit intentionnellement ou autrement, cette approche finit par aplatir l’image du polyamour, le décrivant dans ses termes les plus simples, les plus simplifiés et les plus simplificateurs. Ce n’est pas une coïncidence que cette version du poly soit celle qui ressemble le plus au genre de relation ‘un-homme une-femme un-mariage une-famille-nucléaire’ auquel on dit qu’on devrait aspirer. Tout ce qu’on a fait c’est de relâcher un peu les règles autour du sexe et contrairement (mais pas tant contrairement) à l’éthique échangiste, on «  permet  » aussi à l’aspect émotionnel des choses d’exister, dans le sens où on a des relations qui ne sont pas «  juste  » des plans culs. Mais pas des relations qui «  menacent  » (?!) vraiment le couple «  primaire ». Pas avec des personnes qui, Dieu nous en garde, ont des exigences sur un-e de nous ou les deux, ou qui nous mettent à l’épreuve, nous posent des problèmes, ou veulent avoir leur mot à dire sur comment les choses se passent. Sinon, eh bien, prends la porte, parce que les primaires passent devant  ! On est bien tou-te-s d’accord, hein  ? Bien sûr. C’est l’essence des relations primaires. La terminologie est assez claire. Une personne passe en premier, pas les autres. C’est ce qui permet au courant dominant de s’approprier le concept du poly finalement  : parce que compris ainsi, c’est pas vraiment fondamentalement différent de la monogamie.

 

Troisième problème  : cette situation trompe les personnes qui découvrent le polyamour.

 

A cause de cet angle écrasant dans les représentations médiatiques, beaucoup de gens qui sont nouvelles/nouveaux dans le poly fonctionnent avec un grand désavantage.

Je ne suis pas du genre à idéaliser le passé, mais fichtre, c’était différent il y a dix ou quinze ans. De mon temps (ah!), si vous vouliez en apprendre sur le polyamour, il y avait une source  : La Salope Ethique par Dossie Easton et Catherine A. Liszt (c’est comme ça que Janet Hardy était connue à l’époque). C’était plutôt bien. Pas parfait. Lourdement tourné vers les pseudo-hippies-végétarien-ne-s (NdT :« granola types », c’est chaud à traduire) de la Baie de San Francisco branchés par les sex-parties, et écrit avec un langage tellement basique qu’il ne dépasserait personne, mais globalement assez fiable et qui fait joliment réfléchir. Polyamour  : le nouvel amour sans limites de Deborah n’a jamais été aussi populaire ou sexy, mais est devenu un classique discret, et fournissait un autre angle de vue. Et, voilà, c’était tout. Au delà il y avait quelques forums de discussion en ligne, et potentiellement, si vous viviez dans une grande ville, des groupes polys locaux. Cela voulait dire que si vous vouliez apprendre comment «  faire  » du polyamour, vous deviez élaborer vous-même votre façon de faire (ce qui peut être une bonne chose, mais un gros défi) ; parler aux gens poly vivant autour de vous, ce qui était relativement petit mais probablement plutôt chaleureux et encourageant ; ou vous déplacer pour une conférence assez loin qui réunissait beaucoup de gens. Et ces gens vivaient le poly de plein de manières différentes, primaire-secondaire étant simplement une d’entre elles (même à ce moment-là, c’était quand même une façon de faire fichtrement commune, donc je ne dis pas que la polynormativité est un problème récent – c’est juste pire que jamais aujourd’hui).

Là tout de suite vous pouvez chercher «  polyamour  » sur google et obtenir un gros paquet d’articles polynormatifs branchés quasi-identiques, et vous pouvez rencontrer des personnes de votre région/ville qui ont lu les mêmes articles que vous venez de lire, et vous pouvez tou-te-s ensemble faire du poly polynormatif exactement comme les médias vous l’expliquent.

Et si c’est tout ce qui vous a jamais intéressé de faire, alors vous vous limitez. Vous échangez la norme monogame pour la polynormativité, ce qui n’est pas un gros changement relatif, et vous vous arrêtez là parce que vous pourriez bien penser que c’est tout ce qui est disponible (et vous avez déjà amassé un bon tas de points de coolitude). Vous n’êtes pas encouragé-e à vraiment penser à tout ça sans aucun modèle imposé, ce qui signifie que vous ne trouverez jamais ce qui peut vraiment vous convenir le mieux. Ainsi, l’élément le plus fondamental du polyamour – c’est à dire rejeter la norme monogame, et repenser radicalement comment vous comprenez, pratiquez, et faites sens de l’amour, du sexe, des relations de l’engagement, de la communication etc. – est perdu pour un modèle prêt à découper, aussi simple que un, deux, trois. Le plus profond et important bénéfice du polyamour est de plus en plus obscurci par les représentations médiatiques et, en conséquence, s’éloigne de plus en plus de qui commence à peine.

 


 

J’ai besoin de redire, une dernière fois, que mon problème ici concerne le modèle polynormatif et l’insistance des médias dominants sur lui – il ne concerne pas une structure de relation particulière, ni les personnes qui la pratiquent. Oui le modèle polynormatif et la structure de relation primaire-secondaire se confondent souvent, mais je ne peux pas savoir en vous regardant quel processus valeurs ou circonstances vous ont amené-e à votre structure actuelle, ou pourquoi vous choisissez votre terminologie, donc je ne peux et ne critiquerai ni ne jugerai des individus ou des groupes polys sur la seule base qu’illes ont une structure primaire-secondaire. Si ce post provoque chez vous un sentiment défensif, je vous invite à vous asseoir avec ça et à réfléchir au pourquoi.

Ici, la distinction clef réside entre la philosophie et une situation courante ou pratique. C’est similaire au fait qu’une orientation sexuelle et une pratique sexuelle courante ne sont pas une seule et même chose. Vous pouvez, par exemple être homo et actuellement célibataire ; ou bisexuel-le, mais en ce moment n’avoir des relations qu’avec des femmes ; ou fondamentalement hétéro et être impliqué avec une personne de même sexe (bien que je connais des gens qui débattraient sur ce dernier exemple). En ce qui concerne le polyamour, parfois, indépendamment de votre philosophie, vous pouvez être dans une relation grandement importante de type vie commune et avoir aussi une ou plusieurs relations moins sérieuses ou moins intenses, ou moins engageantes. C’est l’état d’esprit polynormatif qui me pose problème, et sa prédominance – pas la forme qu’une constellation de relations poly donnée peut prendre en pratique.

 


 

Traduit de l’article The problem with polynormativity d’Andrea Zanin.

 

[« Mariage pour tous »] Deux ennemis ?

Pendant que dans les palais du pouvoir, la majorité PS approuve la loi pour le droit au mariage et à l’adoption pour les personnes du même sexe, se multiplient les exploits gerbants de ses opposants.
D’un côte l’obscurantisme religieux, de toutes les religions avec leur morale mortifère commune, et sa cohorte de fascistes. De l’autre le progressisme d’Etat, avec sa rhétorique droitdelhommiste et son contrôle, toujours plus sournois car enrobé de « droits », sur nos vies, sous forme de police, école, CAF, Pôle Emploi, Sécu etc…
Mais les deux « ennemis » qui s’affrontent à propos du droit au mariage pour les couples homosexuels (comme si des catégories comme hétéro/homo pouvaient définir toute la diversité et la créativité de nos sentiments et de nos désirs…) sont des frères jumeaux.

 

Entre une morale médiévale et des droits accordés par l’Etat, il n’y a qu’une différence de niveau, pas de principe. En effet, au fin fond des deux il y a bien solide le principe d’autorité. Pour les deux, il s’agit de nier la liberté aux individus. Il y aura toujours, dans leur esprit, des normes, des lois divines ou républicaines, une croyance religieuse dans la nécessité d’une quelconque autorité pour dire à l’individu qui, quand et comment il doit aimer, quel usage il doit faire de son corps, de ses sentiments, de sa vie.
Derrière la loi sur le mariage pour les personnes du même sexe, il y a la volonté, de la part d’une société qui se modernise, de normaliser les personnes jugées jusque là « différentes ». Cette société « accepte » ce qu’elle abhorrait encore hier, pour ne pas changer de fond. On accepte l’homosexualité afin de mieux l’intégrer. Pour faire des personnes « homosexuelles » de bons consommateurs, des familles, des citoyens sur lesquels fonder cette société, plutôt que des entités obscures et menaçantes à ses marges. Car le prix de la « reconnaissance » est toujours une plus grande fidélité au bon patron.

Dans ce faux combat entre les supporteurs des « droits » des personnes « homosexuelles » et les fascistes religieux, le choix des anarchistes, de tout individu épris de liberté, ne peut qu’être ailleurs. Au delà de toutes les catégories identitaires (homo, hétéro, femme, homme, mari, épouse) et des rapports sociaux figés (couple, mariage, famille) qui nous enferment dans un rôle prédéfini. Contre toute religion et toute morale asservissant l’individu, contre tout Etat, donc contre ses droits et ses devoirs. Car les deux camps ne sont que deux maillons également morbides de la même chaîne asservissant l’individu.
Pour la liberté, pour que chacun(e) puisse choisir quand, comment et avec qui vivre ses relations, son amour ou ses amours, les différents aspects de sa sexualité.
C’est seulement par la liberté, une liberté qu’il faut arracher à ce monde, que nous pourrons trouver l’espace pour des relations passionnantes. Assurément pas dans des mairies et de la paperasse. Nous ne voulons pas de mariage. Nous ne vouons pas de droits plus ou moins étendus. Nous voulons une liberté complète pour chacun(e), tout court.

[Extrait de Lucioles n°9, bulletin anarchiste de Paris et sa région, mai 2013.]
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