Envahi par la bougeotte depuis fin mai, début juin, je me suis baladé au coeur d’espaces queer en dehors de Belgique, à savoir Amsterdam, Grenoble, Marseille…

Episodes précédents:

Amsterdam – Queeristan

Grenoble – Shiftcore

Pour continuer dans la série des « premières fois », mais aussi parce qu’un ami pouvait en partie m’héberger et que j’avais entendu parler de l’Eurocrade, je suis parti à Marseille début juillet, pour une durée indéterminée. Finalement, je suis resté jusque fin juillet, ce qui correspondait avec la fin des Universités d’Eté Euroméditerranéennes des Homosexualités. Un mois de juillet très transpédégouine en somme, pour moi. 

Eurocrade – Europride

 

 

L’Eurocrade, j’en avais entendu parler au Shiftcore (voir ma note précédente), et ça avait notamment pour objectif de pointer les aspirations très mercantiles de l’Europride, penchants dont on pouvait facilement se rendre compte en consultant le programme et les tarifs des festivités prévues. Même constat en se rendant sur l’espace réservé à l’Europride sur la plage du Prado, où il n’était pas possible d’amener sa bouteille d’eau plate par 35°, ah ben non, il fallait la payer aux bars prévus à cet effet. Et en plus, c’était dit avec un sourire de faussaire qui n’avait rien à envier à celui de n’importe quelLE vendeurEUSE d’agence de voyage quelconque. Pour plus de détails sur les objectifs plus globaux de l’Eurocrade, il y a des textes très clairs sur le blog créé pour l’occasion.

 

Un rendez-vous avait donc été donné, dans un squat nouvellement ouvert, aux personnes désireuses de participer à d’éventuelles actions. Parmi celles-ci, il y a eu une intervention sauvage lors d’une intervention à la Friche  (lieu où se tenaient d’autres stands et activités de l’Europride) sur le thème « “Lesbiennes, gays : mêmes combats”  par une certaine Christine Le Doaré que je ne connais pas mais qui n’a pas l’air d’être une personne très recommandable, vu ses penchants, de ce que j’en ai lu et entendu, transphobes, sérophobes, putophobes, racistes… Cela dit, si j’en crois les échanges écrits qui ont suivi l’intervention, entre cette personne et d’autres gens qui ont participé à l’action, je me dis que l’Eurocrade a pointé là où ça fait mal, et que c’était bien vu. Pour plus d’infos, voir le site de l’Eurocrade.

 

Une autre action a été de taquiner le salon du mariage gay qui se tenait également à la Friche, pour une fois de plus dénoncer son côté commercial (on pouvait facilement se retrouver avec dix flyers en cinq minutes qui faisaient la publicité de produits « LGBT friendly » pour votre futur mariage, dont la plupart n’étaient franchement pas d’un goût très aguichant, selon moi, mais bon, les goûts et les couleurs, hein, passons), et bien sûr tout ce que représente l’institution du mariage en général, que si y’avait du mariage pour personne, on s’en porterait pas plus mal non plus. Cela dit, vu le peu d’affluence de monde durant toute la semaine de l’Europride, les marchands étaient tout de même contents de la visite des perturbatrices, parait-il. C’est dire.

 

Le jeudi, au sein du lieu central de l’Eurocrade, un cabaret transpédégouine DIY, très éclectique et sous une drache de paillettes – il y en a parfois que je retrouve encore entre deux orteils – s’est tenu et a brassé pas mal de monde fort sympathique.

 

Un chouette moment a aussi été le sitting transpédégouine, arméEs de brochures à l’entrée de la Friche le vendredi, veille de la fin de l’Europride. De façon assez surprenante, et malgré un vif agacement aussi manifeste que déplacé de la part des organisateurs de l’Europride, cela a eu un certain succès. On s’en est mis à regretter de ne pas avoir fait ça toute la semaine… Puis il y a eu les concerts organisés sur une plage un peu reculée du foyer des activités, avec toujours Crête et Pâquerette, Infidel Castra et aussi Déborah Dégouts. Moi qui n’ai pas l’habitude de concerts sauvages qui se passent forcément bien, tout s’est passé sans aucun problème ce soir-là du point de vue du voisinage et de la police, qui ne se sont pas manifestés de manière hostile. Mais il paraît que c’est une sorte de tradition officieuse à Marseille, et tant mieux !

 

Et puis voilà, le lendemain c’était le grand carnaval des LGBT venus en nombre (ha ha ha) de toute l’Europe pour fêter le mariage pour tous. Bon c’était mini mini comme cortège, une pride modeste, de la musique au volume sonore beaucoup trop élevé, un char SNCF insupportable qui n’arrêtait pas de diffuser des slogans avec la voix de la madame des gares SNCF en plein milieu des morceaux – qui n’étaient déjà pas fameux, mais ça ne les améliorait pas – , un autre char de je ne sais plus quelle institution française qui arborait une photo qui aurait pu être pancartée lors d’une manif pour tous (un papa, une maman, une petite fille, un petit garçon, et y’avait peut être même le chien avec), … Cela dit, un ami et moi y avons croisé d’autres amis avec qui nous avons passé un bon bout de l’après-midi.

 

Du même coup, je les ai suivis à la plage de l’Europride bondée, moi j’avoue que ça m’a fatigué, j’aurais bien été dans les calanques loin de tout ça à la place, par exemple. Mais bon, en fin de soirée, après avoir été manger un bout en ville, nous sommes revenus non-loin de là, il n’y avait quasi plus personne, on s’est posés sur une plage à côté où il y avait quelques déchets humains, et un couple hétéro un peu défoncé mais très alerte avec qui il a fallu faire de l’éducation permanente sur l’homosexualité. Et c’est comme ça que, pour moi, s’est achevée l’Eurocrade/pride. J’ai loupé, du même coup, le carnaval des Freaks, mais il paraît que ça n’a pas fait long feu, la police ayant été plus présente et zélée que la veille, dommage…

 

Globalement, je ne suis pas mécontent d’avoir participé à certaines de ces choses, au gré de mes envies et énergies. Je me suis finalement retrouvé un peu en mode observateur, lors de ces Eurocrade/pride. J’avais, je crois, un grand besoin de « tourisme », vu le contexte estival, le soleil, la mer, et l’envie de me perdre dans cette ville foisonnante que je ne connaissais pas.

 

Toujours est-il que, durant cette Eurocrade, et même cette Europride, des personnes m’ont convaincues de poursuivre mon séjour à Marseille, et plus précisément à Luminy, à deux pas des fameuses calanques, pour les Universités d’Été Euroméditerranéennes des Homosexualités (UEEH), dont j’entendais parler depuis des années et auxquelles je n’avais encore jamais saisi l’occasion de participer. Cette institution de la militance LGBTQI existe depuis 1979 et se tient plus ou moins régulièrement, depuis leur retour en 1999 après une longue interruption pour cause de manque de forces vives dû, notamment, à la pandémie du SIDA. Cette année était particulière puisqu’elle faisait suite aux assises des UEEH qui eurent lieu à la même période l’année précédente, et qui avaient pour objectif de faire le point sur ce qu’étaient devenues les UEEH et comment les participant-e-s souhaitaient les faire perdurer. 

 

UEEH

J’arrivai donc sur le campus de l’Université de Luminy dimanche, en fin d’après-midi. Pour une fois, je suis arrivé non pas au début de l’AG d’ouverture, mais à la fin. Je dois avouer (shame on me) que ça me convenait parfaitement. J’ai débarqué lors de la partie qui, d’ailleurs, m’intéressait : la visite guidée des lieux. Ensuite, c’était le début des inscriptions, l’installation dans mes quartiers (enfin, une minuscule chambrette d’étudiant dont la chaleur faisait plutôt penser à un hammam, j’ai mis du temps à m’adapter mais j’ai tout de même eu mal au coeur au moment de la quitter le dernier jour), une bouffe à laquelle je me suis incrusté, n’ayant pas encore pu m’inscrire aux cuisines solidaires, de la papote avec quelques sympathiques personnes, et puis une fête DIY, avec un bar à prix libre et une sono ambulante, qui devaient rythmer toutes nos soirées jusqu’à la fin des UEEH.

 

Le lendemain après-midi, j’ai testé un atelier de discussion dont j’ai oublié la dénomination exacte mais qui traitait de l’homophobie, en lien avec la polémique du mariage pour tous, et en regard d’autres pays. C’était intéressant dans le sens où on a eu droit à des témoignages de polonais-e-s, dont on sait que la Pologne a encore certaines accointances morales avec la Russie, où il ne fait pas bon être homosexuel-lle-s en ce moment. Après, et c’est malheureusement une remarque que j’ai cru observer à l’issue d’à peu près tous les ateliers auxquels j’ai participé, je ne suis pas certain que cette discussion change le cours des choses, elle m’a semblé sans lendemain. Elle a sans doute contribué à nous rendre individuellement plus attentiVEs à la question de l’homophobie de part le monde, et notamment dans des contrées qui ne sont pas tellement éloignées des nôtres, mais ensuite à quoi bon ? A noter pour des prochaines UEEH: quand c’est pertinent, faire des comptes-rendus des ateliers, ou au moins en laisser des traces!

 

Durant cette semaine d’UEEH, j’ai aussi participé à un atelier en non-mixité masculine sur les différents vécus et construits de nos masculinités durant l’enfance. Cela a plutôt consisté en des tours de parole sur la manière dont chacun d’entre nous a vécu sa (non-)masculinité, sa féminité, bref, son/ses genre(s) par rapport à la norme masculine usuellement cis-genrée. Pour certains fort en émotions, il était pour moi un peu frustrant, dans le sens où il était moins constructif que reflétant, pour certains participants, le besoin de vider leur sac. Pourquoi pas, on peut remarquer à travers ces posts que je suis loin d’être contre les récits de vie, mais je ne m’attendais pas à ça. Je me permet aussi de relayer une réflexion d’un ami, qui regrettait qu’au cours de cet atelier on nie notre appartenance à un genre plutôt masculin et qu’on évite d’en parler en ces termes, au profit d’une association systématique à un genre à tendance plus féminine. Si j’ai bien compris, il voulait travailler sur base de sa masculinité de « pédé qui aime les mecs », plutôt que sur celle plus transgenrée de mec qui a des allures effeminées, ou qui se « grille » par des attitudes plus associées à un genre tendant vers le féminin que le masculin. J’ai trouvé la réflexion intéressante dans le sens où cet ami, j’espère qu’il m’excusera de m’exprimer ainsi si il se reconnaît, n’est franchement pas un exemple de parfaite virilité.

 

Un autre atelier de discussion était une rencontre avec Bruno Spire, président de AIDES, l’association « concurrente » d’Act-Up en France en matière de sensibilisation à la problématique du VIH-SIDA, sur le thème d’un médicament que l’on pourrait prendre avant un rapport sexuel non-protégé pour limiter « à 90 % » le risque d’attraper le VIH. Franchement j’ai vu mieux. M. Spire n’était pas méchant mais sa manière de s’exprimer comme un représentant de commerce et d’évacuer toute critique de ce médicament d’un revers de la main sous prétexte que « vous les jeunes, vous n’avez pas vécu l’hécatombe des années 80 » était assez lourde et n’invitait pas à la discussion. J’ai eu l’impression qu’il n’avait pas tout à fait compris que nous étions à un atelier où nous aurions aimé réellement débattre et construire une réflexion sur la question du VIH-SIDA et des moyens de s’en protéger, et pas à un cours unilatéral sur comment il faut faire à notre époque, mes chers petits. Ou alors c’est moi qui n’ai rien compris, c’est possible aussi.

 

Enfin, pour continuer dans les ateliers de discussion que j’ai vécu pendant cette semaine, il y a eu « Où sont passées les pédales radicales ». C’était en plein air, sur le campus, bon, un peu cahin-caha comme atelier. Il faut dire qu’il s’enchaînait avec un précédent (celui sur les masculinités sans doute ? Ou celui avec M. Spire ? Je ne sais plus très bien) et qu’il faisait torride. On a eu du mal à dégager une définition commune de ce que nous entendions par « pédale radicale » et c’était la principale difficulté mais aussi l’intérêt de l’atelier au niveau de la confrontation entre les différentes notions, souvent très personnelles de ce que les participants entendaient par «radical ». Certains se revendiquaient (ou en avaient envie) capitalistes tout en se revendiquant pédales radicales. Evidemment, cela a créé un malaise et provoqué, gentiment, un clash. Dès lors, j’ai trouvé que cet atelier représentait bien le côté polymorphe des UEEH. Il y a un souhait de s’organiser en autogestion, sans chefFE et avec un minimum de frais financiers, histoire de rendre ces rencontres abordables au plus grand nombre. Et bien qu’un bon nombre de transpédégouines à tendance anar y participent, il y a aussi pas mal de gens qui vont moins loin dans leur politisation, qui restent beaucoup plus dans l’institutionnel et qui ne cherchent pas spécialement à élargir leurs champs de lutte au-delà du champ LGBT. Pourquoi pas, ça permet des échanges, même si ils ne sont pas forcément cordiaux, ou à la limite de ne plus l’être. Ça permet aussi de mieux se positionner dans nos « vies politiques », en quelque sorte. Je ne sais pas encore si cela aura une suite, j’ai inscrit mon nom sur un papier destiné à créer une mailing list, cela donnera sans doute quelque chose un jour.

 

Au niveau des ateliers plus performatifs, je ne peux pas ne pas évoquer l’atelier dégustation de bières spéciales que nous avons préparé entre pochetronnes et que nous avons entamé un soir pour finir mortes bourrées alors qu’en fait on n’a jamais bu que quelques gorgées de chaque bière. Mais il y en avait 20. Bon j’exagère, on était pas mortes bourrées, juste pompettes bien comme il faut.

 

Je regrette de ne pas avoir pu participer à l’atelier de reggaeton féministe pour cause d’addiction à internet, il faut que je me soigne. Mais de loin, ça avait l’air très fun.

 

Pour le reste, il y avait une boum tous les soirs, régulièrement des expéditions dans les calanques, de la glande sur le campus, des marcassins insouciants, une cantine universitaire dégueulasse bien comme il faut, encore un concert de Taulard à Marseille, des vieilles copines, des chouettes gens, pas mal de bon temps à vrai dire. Pas assez de rapports charnels sans doute, en ce qui me concerne, pourtant ça aurait pu. Bah, une prochaine fois.

 

Mon séjour à Marseille s’est terminé de manière un peu abrupte. Nous avons clôturé notre séjour aux UEEH pour aller voir, en bande, un concert des copains belges des Slugs à la Katiba, auquel je n’ai pas pu assister entièrement pour cause d’hôte qui voulut partir prématurément, pour ensuite faire une grosse nouba au squat où nous avions prévu de passer la nuit, et le lendemain ça sentait vraiment la fin. Quelques copines des UEEH avaient quitté Marseille la veille ou le matin, une autre était sur le point de partir, je me sentais tout paumé, j’avais la tête en bouillie. J’ai pris un TGV, et je vous emmerde, et je suis rentré à ma maison. 

 

 

 

World Wide Gay

sur : slate

Sur Internet, peut-être pour la première fois de leur histoire, les gays ont l’avantage du terrain. A Hong Kong comme en Chine, en Iran comme en Algérie. Un changement dont on peine encore à mesurer toutes les conséquences. Un extrait de «Global Gay», le nouveau livre de Frédéric Martel.

A Paris, en 2011. REUTERS/Julien Muguet – A Paris, en 2011. REUTERS/Julien Muguet –

Dans son nouveau livre, Global Gay, Comment la révolution gay change le monde,Frédéric Martel (auteur notamment de Mainstream) s’interroge sur les modes de vie, la redéfinition du mariage, l’émancipation parallèle des femmes et des gays, les effets décisifs de la culture et d’Internet. Livre-enquête, ce livre de rencontres qui se lit comme un reportage raconte la nouvelle bataille des droits de l’homme. Avant sa sortie le 6 février, nous en publions ici en avant-première un extrait.

Dans un café de la rue Maurice-Audin à Alger, pas très loin du quartier étudiant, je fais la connaissance de quelques militants gays très actifs sur Internet. «C’est le Marais ici», lance Walid, faisant ironiquement allusion au quartier gay de Paris, lorsqu’il nous rejoint. Il y a là Kahina, qui s’intéresse plus particulièrement à la cause lesbienne et vient de lancer une revue en ligne; Walid, qui milite sur Facebook, où il gère plusieurs pages gay friendly; Yacine, qui a préféré se mettre à Twitter et commence à avoir un bon petit capital de followers; Naceur, enfin, d’origine tunisienne, qui s’intéresse surtout au site manjam.com. En parlant avec les uns et les autres, je me rends compte de la puissance d’Internet et des réseaux sociaux. La vie gay ne sera jamais plus comme avant.

«En autorisant les statuts amoureux homosexuels, Facebook a enclenché une révolution dont ses fondateurs n’imaginaient pas l’importance», explique Walid, qui est fasciné par la puissance de ce réseau social pour les gays. «Facebook facilite la constitution de réseaux d’amis extrêmement élastiques et adaptables, même dans les situations à risque. On peut subtilement distinguer les amis proches et sûrs – les “friends” –, des amis plus lointains qui ne sont que des “connaissances”. On prend toujours des risques mais, si l’on sait bien gérer les paramètres de confidentialité, c’est assez fiable», poursuit-il. Comme ses amis, Walid affirme que le contrôle policier algérien existe sur Facebook, mais que le risque est plus faible que sur un blog: «Les réseaux sociaux sont utilisés par des milliers d’individus qui discutent avec des milliers d’individus, c’est difficile de tout contrôler.»

Walid salue le fait que les groupes ouvertement homophobes de Facebook font l’objet d’une surveillance accrue et qu’ils peuvent être désactivés (selon les nouvelles guidelines développées par la firme de Mark Zuckerberg). Walid et ses amis n’hésitent pas à demander aux Américains l’interdiction des groupes arabes qu’ils jugent antigays, soulignant que plusieurs homocides homophobes ont eu lieu récemment à Alger et que les suicides de gays y sont fréquents: ils auraient plu- sieurs fois obtenu gain de cause. «Ils sont tellement gay friendly chez Facebook que ça nous rassure», ajoute Walid. Je lui dis que Chris Hughes, le cofondateur de Facebook, et Tim Cook, le patron d’Apple, sont ouvertement gays, et que même Jack Dorsey, le patron de Twitter, et Jeff Bezos, celui d’Amazon, sont connus pour être particulièrement gay friendly. Ces informations semblent être un cadeau tombé du ciel. Walid est aux anges. «Maintenant, je ne vais plus acheter que des Mac», sourit-il.

Kahina, elle, est fière de sa revue en ligne qui commence à toucher de nombreuses lesbiennes, y compris en Tunisie et au Maroc. «Internet a tout changé pour les homosexuels au Maghreb, dit-elle. Le web remplace les cafés, les clubs, les lieux de rencontre. C’est désormais beaucoup plus facile de rencontrer des gens, et beaucoup plus sûr. Maintenant, on a des amis. On n’est plus seuls.» Avant même Internet, le téléphone portable a été pour Kahina une première révolution majeure. «Jusque-là, le contrôle parental était presque total. Mon père surveillait toutes nos conversations, surtout celles de mes grands frères. À partir du moment où l’on a tous eu nos portables, notre père ne pouvait plus contrôler nos appels. Les SMS ne nécessitent même pas de parler. Mes frères ont pu commencer à échanger avec leurs petites copines et pour la lesbienne que j’étais en train de devenir, ce fut une vraie libération. J’ai beaucoup gagné en autonomie.»

Kahina accepte de décrire minutieusement le réseau LGBT algérien sur Internet. Les activistes sont mobiles, décentralisés, sans tête de pont, dispersés dans toutes les grandes villes d’Algérie. «Il y a une grande force dans les liens faibles, c’est cela le secret de l’Internet gay», me dit-elle. Kahina s’inquiète néanmoins des projets occidentaux et européens de lutte contre la cybercriminalité. «Comme ici l’homosexualité est un crime, selon les articles 333 et 338 du Code pénal algérien, toutes ces lois anti-cybercriminalité seront facilement utilisées pour fermer les sites gay friendly du monde arabe.» Et Kahina d’ajouter: «Si je vais en prison, j’ai un projet: je ferai du sport. Je suis très motivée.»

Son ami Naceur s’intéresse peu à la politique. Il préfère concentrer son énergie à la rencontre de garçons sur le site manjam.com, un phénomène majeur dans le monde homosexuel arabe. Ce «Gay Social Network & Gay Dating – Hookup Now !» comme l’affirme son slogan, est une plate-forme de rencontres live, doublée d’un chat et d’une messagerie instantanée. Hébergée au Royaume-Uni, elle offre des services gratuits et d’autres, premiums, payants. «On se sent plus à l’aise, et plus en sécurité sur la version payante du site», me dit Naceur. Lequel utilise aussi le site gay.com (basé à Los Angeles) et gaydar.com (basé à Londres) qui ont également une forte popularité dans le monde arabe. «Le fait que ce soient des sites anglo-saxons est un indice de sécurité, conclut Naceur. Nous ne ferions jamais confiance à un site de rencontres gays basé dans un pays arabe.» En Algérie, comme dans des dizaines d’autres pays, j’ai été frappé par la maturité et l’inventivité technologique des homosexuels. Partout, ils connaissent les sites et les risques, savent se protéger et contourner la censure. Pour la première fois, les individus semblent plus forts que les États.

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«IL Y A DIX ANS, LA COMMUNAUTÉ GAY n’existait pas en Chine. Aujourd’hui, elle compte des millions de membres.» Ling Jueding, dit Jeff, dirige le site gay feizan.com, un des nombreux sites gays chinois. Je le rencontre à Beijing, avec son fiancé, Joey, un garçon bodybuildé, avocat financier international, avec qui il vit depuis six ans. «Le gouvernement ne nous bloque jamais. Si l’on respecte les règles – ni pornographie ni politique –, on n’a pas de problèmes.»

Le site de Ling Jueding appartient à un incroyable network Internet gay qui redessine depuis quelques années toutes les relations homosexuelles en Chine. Ce sont souvent des sites de rencontres, comme boysky.com ou bf99.com, mais aussi des sites culturels, comme douban.com, et lesbien, comme lescn.blog.163.com. Les réseaux sociaux américains, tels Facebook et Twitter, sont cependant interdits en Chine, YouTube l’est également, et de nombreuses recherches sur Google et Wikipedia sont censurées, comme je le constate à Beijing en essayant plusieurs types de requêtes. Le même système de censure existe en Iran où Gmail est régulièrement interdit d’accès et Facebook redirigé vers des liens morts.

Dans un club gay de Shanghai en 2012. REUTERS/Aly Song

Mais les Chinois sont «en avance» sur les autres régimes autoritaires. Ils sont en train de bâtir un Internet qui voudrait être, à l’échelle d’un pays tout entier, un Intranet géant. Par nationalisme et par obsession du contrôle, de nombreux sites chinois sont de simples clones des géants du web américains: Baidu (l’équivalent de Google), QQ (MSN), Renren (Facebook), YouKu (YouTube) ou encore Hudong (Wikipedia). Ces moteurs de recherche et réseaux sociaux, sous contrôle chinois strict, allaient-ils exclure les gays? «On l’a craint. Mais les gays chinois ont massivement adopté ces sites, ces réseaux et ces applications, et ils se les sont appropriés. On ne peut plus les arrêter. La vie gay n’est pas publique en Chine. Mais elle est omniprésente sur le web», commente Ling Jueding.

Plus récent, le phénomène des «Weibo», les équivalents chinois de Twitter, rassemblent désormais plus de cent cinquante millions d’utilisateurs réguliers. «En Chine, les gays sont passés des sites et des blogs aux réseaux sociaux, c’est plus sûr», me confie le dissident chinois Wan Yanhai, interrogé à Taïwan. Même avec sa cyberarmée d’agents de surveillance, estimée à plusieurs dizaines de milliers de membres, la Chine n’est plus capable d’interdire les messages homosexuels postés parmi les centaines de millions de textos et de tweets échangés chaque jour. Elle peut encore moins empêcher la drague et les rencontres. «Ils surveillent les réseaux sociaux à travers des mots clés dont la liste est tenue secrète. Mais si vous n’abordez pas les trois “T”, les plus sensibles, le Tibet, Taïwan et Tiananmen, et s’il n’est pas question des deux “P”, la prostitution et la pédophilie, le gouvernement vous laisse dire ce que vous voulez», commente Jiang Hui, le patron du site aibai.org, interrogé à Beijing.

De tels propos sont considérés par d’autres activistes comme plutôt optimistes. Le gouvernement chinois tente actuellement d’imposer aux fabricants d’ordinateurs l’insertion de softwares pour bloquer toute pornographie – ce qui concernerait naturellement les sites gays. L’Iran aimerait faire aussi bien.

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JE FAIS UN TEST À TÉHÉRAN: je tape le mot «sexe» sur Google… et je suis immédiatement redirigé vers une page qui me propose d’acheter le Coran. Parfois, le ridicule l’emporte sur l’efficacité. Je constate ainsi que le nom d’un ancien vice-président américain est fréquemment banni en Chine ou en Iran: Dick Cheney. Par antiaméricanisme? Non! Simplement parce que son prénom est «Dick» (littéralement «bite» en anglais). Le mot est donc automatiquement censuré.

Pourtant, en Chine, comme en Iran, à Cuba, en Russie, ou en Arabie Saoudite, la censure est à la peine. La plupart des activistes gays que j’ai rencontrés dans ces différents pays m’ont expliqué leurs méthodes de contournement. Généralement, ils ont recours à des «proxys», à des antifiltres (des Filter Breakers comme U999 d’Ultrasurf, freegate ou 4shared.com) ou mieux encore à un VPN (Virtual Private Network). Ces derniers permettent à un utilisateur d’obtenir une adresse IP artificiellement recréée hors de Chine ou d’Iran: l’utilisateur est ainsi relocalisé, par exemple au Canada, et ne dépend plus de la censure locale. Il peut donc surfer librement sur le web.

En Iran, les cybercafés que j’ai fréquentés proposent presque systématiquement des ordinateurs avec antifiltres, alors même qu’ils ont pignon sur rue. «Même dans les ministères, tous les ordinateurs sont équipés d’antifiltres», s’exclame le patron d’un de ces cybercafés près de la place Imam-Khomeini à Téhéran.

Et puis il y a les messageries instantanées, où la censure a, comme avec les réseaux sociaux, plusieurs batailles de retard. Les Iraniens utilisent en particulier les messageries instantanées sur Internet ou sur téléphone portable (MSN, GTalk, BBM, WhatsApp ou Yahoo Messenger) qui leur paraissent plus difficiles à contrôler et sur lesquelles des rubriques sont réputées gay friendly (sous Yahoo Messenger, la rubrique «culture and communication», puis sous-rubrique «adults», puis «Asie», puis «Iran», puis «Gay & Lesbian» est très active).

La paranoïa existe aussi – souvent à juste titre. Beaucoup des gays que j’ai rencontrés en Chine ou en Iran s’interrogent pour savoir quelle est la messagerie la plus sûre, du point de vue de la confidentialité, entre Gmail, Yahoo et Hotmail. Yahoo est mal vu depuis sa coopération avec la censure chinoise (et ses liens avec le portail arabe Maktoob), Hotmail ne suscite guère d’avis et Gmail serait actuellement considérée comme la messagerie la plus fiable.

Les censures chinoise, cubaine ou iranienne doivent enfin affronter la contre-censure américaine. Des milliers de «nerds» chinois veillent au grain dans le quartier de chinatown à San Francisco, des «geeks» cubains à Miami ou des anti-mollahs à «Tehrangeles», le quartier iranien de Los Angeles. Fondus de numérique ou salariés de start-up, ces immigrés inventent en temps réel des softwares pour déjouer les ruses de la censure de leur pays d’origine. Jamais à court d’idées, ne comptant pas leurs heures, ils profitent du décalage horaire pour débloquer le web.

Heureux d’en découdre avec la révolution islamique ou avec la dictature communiste chinoise, ils font même du zèle; et à la différence de leurs amis chinois ou coreligionnaires restés en Iran, ils prennent peu de risques. «Les meilleurs antifiltres viennent des dissidents iraniens. Dès qu’un site est bloqué à Téhéran, des solutions de contournement ou des proxys sont mis en place par les Iraniens-Américains de Los Angeles qui, en utilisant le décalage horaire, le restaurent pour qu’il soit à nouveau actif le lendemain matin. C’est notre service après- vente de l’Internet iranien», m’explique, fasciné et reconnais- sant, Mohsen, un blogueur et rocker gay interrogé à Téhéran.

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DE STONEWALL À TWITTER, les Etats-Unis continuent donc à fasciner les communautés LGBT du monde entier. Comme pour les séries télévisées, les festivals de films gays et maintenant grâce à Internet, l’Amérique persiste à donner le la du mouvement gay global. En tout cas, Jeremy Heimans en est persuadé – et il a trouvé sa mission. À 35 ans, cet Australien né de parents libanais et néerlandais est à la tête d’une ONG américaine basée à New York. Via Internet, il veut mobiliser les gays et les lesbiennes du monde entier. Rien de moins. Son but: qu’ils soient tous «out».

«All Out est une organisation progressiste qui se bat pour défendre les gays non plus seulement aux États-Unis, mais de manière globale», me dit Jeremy Heimans, lors d’une série de rendez-vous à Paris. Son site (allout.org) a été créé en 2011 et il rassemble déjà plus d’un million de membres soucieux d’aider la cause gay par des actions microsegmentées et transversales, à la fois très locales et très globales. Si un État américain veut interdire aux gays de se marier, si une proposition de loi homophobe risque d’être votée en Russie ou si un gay est menacé d’être emprisonné dans un pays arabe, All Out (1) se mobilise. L’association agit avec différents outils: des centaines de milliers d’e-mails ou de lettres de protestation sont envoyés des quatre coins du globe. S’il le faut, des publicités sont achetées dans les journaux, des actions de boycott d’une marque peuvent être aussi imaginées.

Un militant en faveur des droits de homosexuels attaqués à Moscou par des militants nationalistes et des religieux orthodoxes. REUTERS/Nikolay Korchekov

«Nous menons des campagnes en ligne en temps réel, massives, rapides, efficaces, c’est cela notre rôle», ajoute Heimans qui est bien rompu au langage du «marketing humanitaire». Pour lui, l’activisme global n’est plus réservé aux rock stars ou aux millionnaires: chacun, avec de petits moyens, peut faire la différence. Il entend donc réveiller les gays du monde entier et, joignant le geste à la parole, multiplie, au cours de notre discussion, des expressions dynamiques comme «Get Up!», «Don’t Give Up!» ou «Move on!» en les accompagnant de grands gestes volontaristes de ses bras.

Et le financement suit. «Les gens aiment se battre pour des causes qui les concernent. Ils se mobilisent et sont très actifs. Ils financent aussi l’organisation par des milliers de microdonations de quelques dollars», commente Jeremy Heimans (All Out est également financée par d’importantes fondations philanthropiques américaines, notamment par la Fondation Arcus et la Ford à New York, la Fondation Gill à Denver, mais refuse, par principe, afin de garder son indépendance, tout financement gouvernemental ou émanant d’une entreprise privée).

On a parfois émis des réserves sur ces mobilisations Internet, d’inspiration nord-américaine, centrées sur les Droits de l’homme mais déconnectées des situations locales. Trop simplistes? trop naïves? «Nous n’agissons jamais sans nous mettre au service des associations qui sont sur le terrain, plaide Heimans. En Russie, au Cameroun, nous sommes intervenus en fonction de ce que recommandaient nos contacts locaux. Tout est très décentralisé chez nous. Maintenant, c’est vrai, je pense que le cadre des Droits de l’homme n’est pas toujours le meilleur moyen pour agir. Il faut savoir utiliser d’autres outils: le droit et les avocats, la culture et les artistes, Internet bien sûr. Nous devons encore inventer nos moyens d’action. Nous sommes encore une jeune organisation.»

Richard Socarides, l’ancien conseiller de Bill Clinton pour les questions gays, qui a rejoint le conseil d’administration d’All Out, m’explique pour sa part: «Je pense que les répercussions d’Internet dans ce combat des Droits de l’homme sont déterminantes. Partager et communiquer des informations rapidement est une chose; mais il faut aussi multiplier les voix, se défendre et être très réactif. Je crois qu’avec Internet et les réseaux sociaux, nous sommes seulement au début d’une véritable révolution pour les gays. Ce sont des outils transformatifs qui accélèrent les changements.» Au-delà d’All Out, il existe plusieurs organisations d’activisme en ligne qui interviennent aujourd’hui sur la question gay – avaaz.org, change.org ou dosomething.org – un mouvement que l’on qualifie de philanthropie du «DIY» (do-it-yourself). Pour la première fois, les gays ne sont plus seulement mus par leurs causes, ils sont aussi définis par leurs outils.

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C’EST AUSSI CE QUE PENSE, au Brésil, André Fischer –l’homme derrière le plus important site gay d’Amérique latine. Je le retrouve pour déjeuner dans un «quilo»– comme on appelle à São Paulo les restaurants en self-service où l’on paye sa nourriture au poids. Né à Rio, le jeune homme a fait tous les métiers, du graphisme à la publicité, il a organisé des festivals de films gays, a lancé des magazines homos comme Junior puis H Magazine, et a même été DJ au bar A Loca, au début des années 2000. Depuis, il a bifurqué vers Internet et a créé successivement plusieurs sites gays, dont le très populaire MixBrazil. «C’est à la fois un site de rencontres et d’information, la drague et les droits, même si je sais pertinemment que pour les gays, les trucs fun marchent mieux que les trucs sérieux», reconnaît Fischer, qui finit son assiette de haricots rouges et noirs. Les audiences phénoménales de MixBrazil s’expliquent aussi par la montée en puissance numérique du Brésil et de ses presque deux cents millions d’habitants. Fischer est convaincu qu’Internet peut vraiment changer la vie des gays dans les pays émergents.

Gaypride à Brasilia, au Brésil, en 2004. REUTERS

Comme en Inde (gaybombay.org), en Russie (gayrussia.eu ou facelink.ru), en Algérie (abunawasdz.org), en Tunisie (gaydaymagazine.wordpress.com), en Chine (fridae.com), et sur des centaines d’autres sites, l’actualité LGBT reste une source importante de trafic Internet tant les infos sur le sujet sont rares dans les médias officiels. Et Fischer de conclure: «Le moteur de la révolution gay, c’est la presse, les bars, les mobilisations populaires comme la Gay Pride, le marché, Internet, les réseaux sociaux et GrindR.»

Au-delà des sites gays – innombrables aujourd’hui au Brésil et à travers le monde –, la dernière révolution gay porte un nom imprononçable: GrindR. Les gays brésiliens l’utilisent massive- ment, mais j’ai pu également constater son influence en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie. Imaginée par une start-up de Los Angeles, GrindR est une simple application pour smart- phones qui permet de rencontrer d’autres gays situés tout près de soi (son slogan est «Meet guys near you»). Ouverte aux gays, aux bisexuels et aux «curious guys» (mais étrangement pas aux lesbiennes ni aux transsexuels ni à tous ceux qui ne peuvent s’offrir un smartphone), elle fonctionne sous iPhone, Blackberry et téléphones Android, selon le principe de la géolocalisation. Chaque utilisateur peut entrer en contact avec d’autres gays qui se trouvent dans un périmètre de quelques centaines de mètres, ce qui en fait un véritable «réseau géosocial». (En Chine, j’ai constaté que les gays utilisaient massivement GrindR, mais aussi Jack’d, une application iPhone similaire.)

Ce genre d’outils transforme fortement la vie gay, comme le constate le blogueur gay Scott Dagostino, interrogé au Canada: «Ici, à Toronto, c’est une cold city. L’hiver est long et très froid. Avec GrindR, une app faite pour le “gay cruising”, plus besoin de sortir de chez soi pour draguer. Cela enlève une des fonctions vitales des bars gays, la rencontre, et en cela c’est une nouveauté qui affecte profondément la vie gay.» En l’écoutant parler, je me dis qu’Internet et les réseaux sociaux, qui repré- sentent une révolution considérable pour les gays, ont de beaux jours devant eux. Pour les communautés LGBT du monde entier, ils sont en train de changer le rapport de force, de redonner du pouvoir aux individus, que ce soit pour contourner la censure en Chine, pour éviter les fatwas dans les pays musulmans ou pour pallier le froid de l’hiver en Amérique du Nord.

Frédéric Martel

(1) Note de Slate: il en existe une version française.

 

Géographie des plaisirs sexuels

sur : arcenciel-wallonie.be

 

A l’approche du 1er décembre (journée mondiale de lutte contre le VIH-sida) et alors que la gestation d’un plan national de lutte contre le VIH a débuté, à l’initiative de la Ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, nous nous sommes posés la question de la géographie des plaisirs sexuels. Parce que les catégories mobilisées pour classer les patients atteints par la maladie et organiser la prévention ne sont pas satisfaisantes, parce que, être homo, bi ou hétéro ne suffit pas pour comprendre les comportements individuels, nous nous sommes penchés sur ces lieux où l’on pratique les plaisirs sexuels, une sorte de carte du tendre 2.0. Objectif ? S’émanciper de la trop rigide grille de lecture des épidémiologistes et proposer une autre approche.

Il s’agit pour nous de définir ces endroits de la sexualité qui ne sont pas le lit conjugal. D’apporter un autre regard, une autre grille de lecture sur ces échanges sexuels qui pourraient, si l’on n’y prendre garde, être vecteur de transmission du VIH et faire les beaux jours de cette épidémie qui continue de nous angoisser, nous, hommes et femmes de plaisirs, nous, décideurs politiques responsables, nous, épidémiologistes de renom.

Les discours autour de l’épidémie, qui ne manqueront pas de faire les unes de notre presse à l’approche du 1er décembre, s’accommodent assez bien du concept d’identités de celles et ceux qui ont été diagnostiqués positifs. Ils et elles sont surtout africains, homosexuels et peut-être bisexuels. Soit.

Il faut dire que les très étriqués formulaires que doivent remplir les médecins face à un diagnostic positif ne permettent que peu ou prou de sortir de cette vision identitaire, catégorielle.

Pourtant, qu’un homme se définisse hétérosexuel n’est pas, en soi, une information suffisante pour déterminer à quel risque il est exposé en termes de VIH-sida ou de maladie sexuellement transmissible (MST).

Proposons donc une autre approche. Celle de la géographie des plaisirs sexuels.

La question qui se pose est la suivante : où jouissent les hommes et les femmes d’aujourd’hui ? où dénicher des orgasmes ? où se cache la masturbation ? où la pénétration fait-elle le plaisir de celles et ceux qui la pratiquent ?

Laissons le sacro-saint lit conjugal aux heureux qui, s’ils restent monogames et sont séro-concordants, sont à l’abri de l’épidémie.

Le premier lieu, c’est l’établissement de commerce. C’est la boîte de nuit, le club, le bar, le café. Celui où on se retrouve le vendredi ou le samedi soir pour boire un verre entre amis. Celui où l’on peut rencontrer l’homme ou la femme de sa vie, le bon (ou mauvais) coup d’un soir, l’amitié qui ne fait pas l’économie des échanges charnels. On se rencontre, on discute, beaucoup, ou pas, on s’embrasse, on s’enlace et on rentre chez lui ou chez elle. Et on n’a pas de préservatif. Et on ne s’informe pas du statut sérologique de l’autre. Et c’est trop bon, on ne peut pas s’arrêter… et on jouit.

Le deuxième lieu, c’est l’établissement de commerce avec consommation sexuelle sur place. Il s’agit du sauna, de la boîte avec back rooms, du club échangiste. Ce lieu là porte en lui un certain tabou, une dimension interlope, un frisson de transgression si l’on en franchit la porte d’entrée. Ce lieu là propose souvent, mais pas toujours, des solutions préventives pour les MST. Le préservatif et le lubrifiant y sont distribués avec plus ou moins de bonne volonté, plus ou moins de parcimonie. Les couples plus ou moins occasionnels se font et se défont, quelques fois avec trop d’empressement, avec trop de témérité ou trop d’entrain,… on oublie ou feint d’oublier de se protéger. On jouit.

Le troisième lieu, c’est l’Internet. Les sites de l’internet sont légions et à quelques clics d’ici, la rencontre. On y discute, on s’échange des photos, on se raconte ses fantasmes, on se dévoile, on se plait, on s’échange numéro de mobile et adresse. Et on jouit.

Le quatrième lieu, c’est l’espace public. Les plaisirs sexuels ont de tout temps investi l’espace public, extérieur ou intérieur. Pissotières, parcs, aires d’autoroute… à la nuit tombée, ils sont légions ces endroits investis par les aficionados du plaisir sexuel champêtre, autoroutier, ferroviaire,… plus que tous les autres, ce lieu est marqué par l’empreinte de la transgression et il n’est pas de bon ton, en bonne société, au détour d’une bonne conversation, de témoigner apprécier ces lieux de plaisir… et d’y jouir.

Le cinquième et dernier lieu, c’est la prostitution. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un lieu, mais la sexualité rémunérée, que la rencontre s’opère au travers de l’Internet, dans un espace public, ou dans un commerce, mérite, parce qu’elle concerne des amateurs et des professionnels du sexe, qu’on s’y attarde également.

Par honnêteté intellectuelle, il conviendrait d’ajouter que de nombreux autres lieux sont le théâtre des plaisirs sexuels. Le lieu de travail pourrait peut-être faire l’objet d’une attention particulière, de même que les fêtes de famille, les mouvements de jeunes, les écoles, les clubs de sport,… partout où il y a des interactions sociales, l’art de la rencontre prend quelques fois des allures charnelles.

Quelques formes de pudibonderie ou une certaine myopie sociale pourraient nous faire croire que les plaisirs de la sexualité ne sont pas aussi tentaculaires, que la jouissance des corps se satisfait du rapport conjugal entre quatre yeux et quatre murs, que l’injonction normative à la monogamie hétérosexuelle a suffisamment de pouvoir sur nos corps que pour nous lier tous et toutes dans une seule et même forme de relation disciplinée.

Il n’en est rien. Et l’appartenance revendiquée par certains à une identité homosexuelle, hétérosexuelle ou bisexuelle ne doit en rien masquer la créativité de celles et ceux qui inventent et réinventent les modalités du plaisir du sexe.

Vincent Bonhomme sur : arcenciel-wallonie.be

 

 
 
Dernière minute, le Freaks Show 2012 s’invite ce soir au 123! Venu de Suisse, il propose des concerts, des spectacles, et surtout une bonne fiesta!
 Venez nombreuxses!
Bokal Royal
Rue Royale 123 Koningsstraat
1000 Bruxxxxelles
 

Avant même la naissance, les êtres humains se voient attribués un
genre qui les place dans des rapports de domination immédiats, différents selon
qu’ils sont classés « homme » ou « femme ». Éduqués dans
cet état soi-disant naturel des choses, nos comportements sont conditionnés,
intériorisés au point qu’il est difficile de se libérer de cette construction
binaire.

Cette violence qui nous est imposée se reproduit à l’infini, multipliant
les brutalités quotidiennes, dans nos corps, nos esprits, nos perceptions de
nous-mêmes et des personnes qui nous entourent. Jusque dans nos rapports
intimes, jusque dans notre lit.

Depuis quelques temps, nous avons commencé un cycle de discussion
autour des questions des genres et du patriarcat. Des « hommes » et
des « femmes » qui veulent aller au-delà des cadres qu’on leur
impose. Des personnes qui ne veulent plus être ni « femme » ni « homme »,
mais des individu.es libres et uniques, hors de toute contrainte, hors de la
norme qui vient sans cesse se dresser entre nous et nos désirs.

Partager des vécus, communs ou singuliers, permet de porter ces
questions au niveau collectif. Et de sortir de la sphère privée, au nom de
laquelle trop souvent se banalisent les violences du quotidien. Au-delà de
problèmes individuels, les rapports de genre servent une organisation sociale
autoritaire, dans laquelle nous ne pouvons pas nous rencontrer sans fracturer
ces schémas qui nous enferment. Il s’agit de reconquérir notre capacité à nous
déterminer nous-mêmes, de nous réapproprier nos corps et nos désirs. De
découvrir ce que peut être l‘amour hors du spectacle artificiel de l’apparence
et de la performance, de l’hétéro-normalité, du dogme de la fidélité et de la
possession. Pour devenir plus fort.es à chaque bout de terrain que l’on a
reconquis.

« Une société qui abolit toute
aventure fait de l’abolition de cette société la seule aventure
possible… »

Les discussions peuvent avoir lieu en grands ou en petits groupes, mixtes ou non,
selon le nombre de personnes présentes et les volontés/besoins de chacun.e. On
en discute toujours au début !

Au 47 (chaussée de Wavre, 1050 Bxl):


Mercredi 07.03 à 18h : échange autour du plaisir et des sexualités,
partage de films, textes et matériel sonore pour briser les tabous et se
réapproprier nos imaginaires…


Jeudi 08.03 à 13h 30 : séance de théâtre-forum, pour se préparer
physiquement et verbalement à réagir en cas d’agression liée au genre, et se
créer un outil de réflexion collectif à utiliser dans les espaces publics


Samedi 17.03 à 16h : discussion sur les notions de femme et
d’homme, et ce que chacun.e met derrière,
suivie d’une projection du film : « The moon inside you » sur
les menstruations et les tabous associés


Samedi 07.04 à 16h : discussion sur la question des MST, leurs
conséquences sur les relations intimes et les différences d’attention selon le
genre

 

 

La Fleur en Papier Doré, un des cafés ouverts par le poète surréaliste Gérard Van Bruaene. Les salles de cet estaminet décorées de photos anciennes et de citations littéraires, notamment de Lautréamont, offrent une atmosphère surannée. La décoration est de Van Bruaene lui-même1.

un café avec un illustre passé. C’est ici que se réunissaient les figures de proue du surréalisme belge du vingtième siècle: René Magritte, Louis Scutenaire, Marcel Mariën… Plus tard, des artistes et des écrivains fréquentaient régulièrement le lieu. Le café est encore de nos jours un rendez-vous artistique et littéraire.

Le café est devenu au fil du temps une véritable caverne d’Ali Baba, un trésor d’objets, de photos et de  textes rassemblés par Gérard van Bruaene ou donnés par des visiteurs du café, tous plus ou moins célèbres.

Si vous voulez participer aux soirées littéraires, présenter vos travaux artistiques ou contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire du café, n’hésitez pas à nous contacter.

asbl Le Petit Gérard

La Fleur en Papier Doré

Rue des Alexiens 55

1000 Bruxelles

T 02 511 16 59

lepetitgérard@lafleurenpapierdoré.be

http://goudblommekeinpapier.be/fr

 

 

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