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Chroniques Mutantes. Emission queer, riot grrrlz, transpédégouine, anarchiste, punk et féministe sur Radio Panik (105.4 FM), le samedi de 18h à 19h.

 

 http://www.ueeh.net/

Rapports Inter-Générationnels dans nos luttes et nos mémoires LGBTQI : Quels liens ? Quels oublis ?

Cette année, le colloque des UEEH (Universités d’Eté Euro-méditérranéennes des Homosexualités) se penchera sur une réflexion transgénérationnelle autour de l’histoire et de l’évolution de l’activisme LGBTQI. Nous recherchons des intervenantEs provenant du tissu associatif, chercheurEs mais aussi militantEs, artistEs LGBTQI. C’est un thème extrêmement vaste, et nous pouvons penser ensemble à quelques focus :

  • l’agisme et les rapports inter-générationnels des personnes LGBTQI : comment se parler ? Créer du lien, des ponts entre les générations ? Apprendre entre les générations ? Quelle différence ? Quelles similitudes ? Quelle sexualité ?

  • La vieillesse chez les LGBTQI : l’amour, la retraite et les solidarités envers les personnes plus agées, la précarité, les problèmes d’héritage, etc. qu’est-ce que la vieillesse transgenre ?

  • Notre mémoire : la « révolution sexuelle », la Déportation, transmission, archives, histoire des UEEH.

  • Le SIDA et son impact : quelles structures et quels soins ? Quel accompagnement des séropositifs plus agés ?

  • La montée du fascisme : quel apprentissage des personnes qui ont des expériences plus longues ? Les problèmatiques d’immigration homosexuelle ?

  • La reproduction éthique (PMA, GPA, adoptions,…) et les  »familles queers »

  • L’évolution du langage (genre, queer, féminisme, etc.)

  • La mixité ou/et le manque de mixité LGBTQI à différentes périodes.

Ce colloque aura lieu le Samedi 26 Juillet 2014 dans une grande salle à Marseille (après-midi et soirée). Il sera sans doute suivi par une journée « after-colloque » à Luminy le dimanche 27 Juillet, sous forme d’ateliers de discussion afin de développer les thèmes évoqués lors du colloque et ceux non-évoqués. Par exemple, il y aura une invitation à un atelier sur l’histoire des UEEH.

En tant qu’organisateurices des UEEH, ce thème de l’inter-générationnalité nous tient à cœur car les Universités existent maintenant depuis plus de trente ans et ont énormément évolué, soutenant les différentes démarches des activistes volontaires pour organiser cet événement. Nous ne pouvons que constater une réduction des personnes plus agées présentes et nous souhaitons nous remettre en question sur l’image des UEEH et sa diversité. La mémoire des luttes est importante, plus particulièrement à cette époque où des droits se créent (le droit au mariage gay et lesbien, la place de l’Identité de Genre dans des textes légaux et le suivi des personnes trans) et d’autres continuent d’être violemment brimés (la PMA, les remboursements des soins trans associés à la psychiatrisation, les refus de financement des associations de minoriséEs, etc.), une époque où les homophobies se rendent nettement visibles et où nos espaces de liberté et de visibilité tendent à se réduire… en entrant dans un fonctionnement de plus en plus commercial et normatif de « la » communauté LGBT, jetant nos corps dissemblables hors du chemin…

Par ce colloque et nos discussions, nous espérons créer du lien entre nos histoires, rompre les barrières de l’âge ou du vocabulaire, pour pouvoir créer des solidarités intergénérationnelles et internationales, et ainsi solidifier notre mouvement et nos identités avec le respect de nos différences.

Pour introduire notre thème, nous pensons projeter en amont, et parmi d’autres, les films « Les Invisibles » de Stéphane Lifshitz (France, 2013), « Nitrate Kisses » de Barbara Hammer (USA, 1992), « Eagora?Lembra-me » de Joaquim Pinto (Portugal, 2013). Egalement, dans le cadre d’une pensée saferspace, il y aura des ateliers d’autodéfense spécifiquement adressés aux personnes fatigables et handis queer, dans une perspective inter-générationnelle.

Nous serions heureuxSES de recevoir vos propositions d’interventions sur ces sujets, et toutes vos idées set vos aides ont les bienvenues ! N’hésitez pas ! Que ce soit sous forme d’interventions au colloque (entre 15 et 30 minutes), de témoignages (entre 5 et 15 minutes), ou de propositions d’ateliers pour l’« after-colloque »… Et aussi : en format vidéo, audio, plastique, sérigraphie !! On les montrera !

Les propositions peuvent être envoyées par mail à educpop@ueeh.net avant le 30 Mai 2014, les auteurSEs des propositions retenues seront informéEs au plus tard le 16 Juin. Les textes des communications retenues pourront être envoyés avant le 18 Juin 2012, afin de permettre la mise en place de la traduction (Traduction simultanée, interface LSF sous réserve). Les actes feront l’objet d’une publication sur le site des UEEH.

~ La commission colloque des UEEH ~

(BienvenuEs aux UEEH du 17 au 30 Juillet 2014)

 

Envahi par la bougeotte depuis fin mai, début juin, je me suis baladé au coeur d’espaces queer en dehors de Belgique, à savoir Amsterdam, Grenoble, Marseille…

Episodes précédents:

Amsterdam – Queeristan

Grenoble – Shiftcore

Pour continuer dans la série des « premières fois », mais aussi parce qu’un ami pouvait en partie m’héberger et que j’avais entendu parler de l’Eurocrade, je suis parti à Marseille début juillet, pour une durée indéterminée. Finalement, je suis resté jusque fin juillet, ce qui correspondait avec la fin des Universités d’Eté Euroméditerranéennes des Homosexualités. Un mois de juillet très transpédégouine en somme, pour moi. 

Eurocrade – Europride

 

 

L’Eurocrade, j’en avais entendu parler au Shiftcore (voir ma note précédente), et ça avait notamment pour objectif de pointer les aspirations très mercantiles de l’Europride, penchants dont on pouvait facilement se rendre compte en consultant le programme et les tarifs des festivités prévues. Même constat en se rendant sur l’espace réservé à l’Europride sur la plage du Prado, où il n’était pas possible d’amener sa bouteille d’eau plate par 35°, ah ben non, il fallait la payer aux bars prévus à cet effet. Et en plus, c’était dit avec un sourire de faussaire qui n’avait rien à envier à celui de n’importe quelLE vendeurEUSE d’agence de voyage quelconque. Pour plus de détails sur les objectifs plus globaux de l’Eurocrade, il y a des textes très clairs sur le blog créé pour l’occasion.

 

Un rendez-vous avait donc été donné, dans un squat nouvellement ouvert, aux personnes désireuses de participer à d’éventuelles actions. Parmi celles-ci, il y a eu une intervention sauvage lors d’une intervention à la Friche  (lieu où se tenaient d’autres stands et activités de l’Europride) sur le thème « “Lesbiennes, gays : mêmes combats”  par une certaine Christine Le Doaré que je ne connais pas mais qui n’a pas l’air d’être une personne très recommandable, vu ses penchants, de ce que j’en ai lu et entendu, transphobes, sérophobes, putophobes, racistes… Cela dit, si j’en crois les échanges écrits qui ont suivi l’intervention, entre cette personne et d’autres gens qui ont participé à l’action, je me dis que l’Eurocrade a pointé là où ça fait mal, et que c’était bien vu. Pour plus d’infos, voir le site de l’Eurocrade.

 

Une autre action a été de taquiner le salon du mariage gay qui se tenait également à la Friche, pour une fois de plus dénoncer son côté commercial (on pouvait facilement se retrouver avec dix flyers en cinq minutes qui faisaient la publicité de produits « LGBT friendly » pour votre futur mariage, dont la plupart n’étaient franchement pas d’un goût très aguichant, selon moi, mais bon, les goûts et les couleurs, hein, passons), et bien sûr tout ce que représente l’institution du mariage en général, que si y’avait du mariage pour personne, on s’en porterait pas plus mal non plus. Cela dit, vu le peu d’affluence de monde durant toute la semaine de l’Europride, les marchands étaient tout de même contents de la visite des perturbatrices, parait-il. C’est dire.

 

Le jeudi, au sein du lieu central de l’Eurocrade, un cabaret transpédégouine DIY, très éclectique et sous une drache de paillettes – il y en a parfois que je retrouve encore entre deux orteils – s’est tenu et a brassé pas mal de monde fort sympathique.

 

Un chouette moment a aussi été le sitting transpédégouine, arméEs de brochures à l’entrée de la Friche le vendredi, veille de la fin de l’Europride. De façon assez surprenante, et malgré un vif agacement aussi manifeste que déplacé de la part des organisateurs de l’Europride, cela a eu un certain succès. On s’en est mis à regretter de ne pas avoir fait ça toute la semaine… Puis il y a eu les concerts organisés sur une plage un peu reculée du foyer des activités, avec toujours Crête et Pâquerette, Infidel Castra et aussi Déborah Dégouts. Moi qui n’ai pas l’habitude de concerts sauvages qui se passent forcément bien, tout s’est passé sans aucun problème ce soir-là du point de vue du voisinage et de la police, qui ne se sont pas manifestés de manière hostile. Mais il paraît que c’est une sorte de tradition officieuse à Marseille, et tant mieux !

 

Et puis voilà, le lendemain c’était le grand carnaval des LGBT venus en nombre (ha ha ha) de toute l’Europe pour fêter le mariage pour tous. Bon c’était mini mini comme cortège, une pride modeste, de la musique au volume sonore beaucoup trop élevé, un char SNCF insupportable qui n’arrêtait pas de diffuser des slogans avec la voix de la madame des gares SNCF en plein milieu des morceaux – qui n’étaient déjà pas fameux, mais ça ne les améliorait pas – , un autre char de je ne sais plus quelle institution française qui arborait une photo qui aurait pu être pancartée lors d’une manif pour tous (un papa, une maman, une petite fille, un petit garçon, et y’avait peut être même le chien avec), … Cela dit, un ami et moi y avons croisé d’autres amis avec qui nous avons passé un bon bout de l’après-midi.

 

Du même coup, je les ai suivis à la plage de l’Europride bondée, moi j’avoue que ça m’a fatigué, j’aurais bien été dans les calanques loin de tout ça à la place, par exemple. Mais bon, en fin de soirée, après avoir été manger un bout en ville, nous sommes revenus non-loin de là, il n’y avait quasi plus personne, on s’est posés sur une plage à côté où il y avait quelques déchets humains, et un couple hétéro un peu défoncé mais très alerte avec qui il a fallu faire de l’éducation permanente sur l’homosexualité. Et c’est comme ça que, pour moi, s’est achevée l’Eurocrade/pride. J’ai loupé, du même coup, le carnaval des Freaks, mais il paraît que ça n’a pas fait long feu, la police ayant été plus présente et zélée que la veille, dommage…

 

Globalement, je ne suis pas mécontent d’avoir participé à certaines de ces choses, au gré de mes envies et énergies. Je me suis finalement retrouvé un peu en mode observateur, lors de ces Eurocrade/pride. J’avais, je crois, un grand besoin de « tourisme », vu le contexte estival, le soleil, la mer, et l’envie de me perdre dans cette ville foisonnante que je ne connaissais pas.

 

Toujours est-il que, durant cette Eurocrade, et même cette Europride, des personnes m’ont convaincues de poursuivre mon séjour à Marseille, et plus précisément à Luminy, à deux pas des fameuses calanques, pour les Universités d’Été Euroméditerranéennes des Homosexualités (UEEH), dont j’entendais parler depuis des années et auxquelles je n’avais encore jamais saisi l’occasion de participer. Cette institution de la militance LGBTQI existe depuis 1979 et se tient plus ou moins régulièrement, depuis leur retour en 1999 après une longue interruption pour cause de manque de forces vives dû, notamment, à la pandémie du SIDA. Cette année était particulière puisqu’elle faisait suite aux assises des UEEH qui eurent lieu à la même période l’année précédente, et qui avaient pour objectif de faire le point sur ce qu’étaient devenues les UEEH et comment les participant-e-s souhaitaient les faire perdurer. 

 

UEEH

J’arrivai donc sur le campus de l’Université de Luminy dimanche, en fin d’après-midi. Pour une fois, je suis arrivé non pas au début de l’AG d’ouverture, mais à la fin. Je dois avouer (shame on me) que ça me convenait parfaitement. J’ai débarqué lors de la partie qui, d’ailleurs, m’intéressait : la visite guidée des lieux. Ensuite, c’était le début des inscriptions, l’installation dans mes quartiers (enfin, une minuscule chambrette d’étudiant dont la chaleur faisait plutôt penser à un hammam, j’ai mis du temps à m’adapter mais j’ai tout de même eu mal au coeur au moment de la quitter le dernier jour), une bouffe à laquelle je me suis incrusté, n’ayant pas encore pu m’inscrire aux cuisines solidaires, de la papote avec quelques sympathiques personnes, et puis une fête DIY, avec un bar à prix libre et une sono ambulante, qui devaient rythmer toutes nos soirées jusqu’à la fin des UEEH.

 

Le lendemain après-midi, j’ai testé un atelier de discussion dont j’ai oublié la dénomination exacte mais qui traitait de l’homophobie, en lien avec la polémique du mariage pour tous, et en regard d’autres pays. C’était intéressant dans le sens où on a eu droit à des témoignages de polonais-e-s, dont on sait que la Pologne a encore certaines accointances morales avec la Russie, où il ne fait pas bon être homosexuel-lle-s en ce moment. Après, et c’est malheureusement une remarque que j’ai cru observer à l’issue d’à peu près tous les ateliers auxquels j’ai participé, je ne suis pas certain que cette discussion change le cours des choses, elle m’a semblé sans lendemain. Elle a sans doute contribué à nous rendre individuellement plus attentiVEs à la question de l’homophobie de part le monde, et notamment dans des contrées qui ne sont pas tellement éloignées des nôtres, mais ensuite à quoi bon ? A noter pour des prochaines UEEH: quand c’est pertinent, faire des comptes-rendus des ateliers, ou au moins en laisser des traces!

 

Durant cette semaine d’UEEH, j’ai aussi participé à un atelier en non-mixité masculine sur les différents vécus et construits de nos masculinités durant l’enfance. Cela a plutôt consisté en des tours de parole sur la manière dont chacun d’entre nous a vécu sa (non-)masculinité, sa féminité, bref, son/ses genre(s) par rapport à la norme masculine usuellement cis-genrée. Pour certains fort en émotions, il était pour moi un peu frustrant, dans le sens où il était moins constructif que reflétant, pour certains participants, le besoin de vider leur sac. Pourquoi pas, on peut remarquer à travers ces posts que je suis loin d’être contre les récits de vie, mais je ne m’attendais pas à ça. Je me permet aussi de relayer une réflexion d’un ami, qui regrettait qu’au cours de cet atelier on nie notre appartenance à un genre plutôt masculin et qu’on évite d’en parler en ces termes, au profit d’une association systématique à un genre à tendance plus féminine. Si j’ai bien compris, il voulait travailler sur base de sa masculinité de « pédé qui aime les mecs », plutôt que sur celle plus transgenrée de mec qui a des allures effeminées, ou qui se « grille » par des attitudes plus associées à un genre tendant vers le féminin que le masculin. J’ai trouvé la réflexion intéressante dans le sens où cet ami, j’espère qu’il m’excusera de m’exprimer ainsi si il se reconnaît, n’est franchement pas un exemple de parfaite virilité.

 

Un autre atelier de discussion était une rencontre avec Bruno Spire, président de AIDES, l’association « concurrente » d’Act-Up en France en matière de sensibilisation à la problématique du VIH-SIDA, sur le thème d’un médicament que l’on pourrait prendre avant un rapport sexuel non-protégé pour limiter « à 90 % » le risque d’attraper le VIH. Franchement j’ai vu mieux. M. Spire n’était pas méchant mais sa manière de s’exprimer comme un représentant de commerce et d’évacuer toute critique de ce médicament d’un revers de la main sous prétexte que « vous les jeunes, vous n’avez pas vécu l’hécatombe des années 80 » était assez lourde et n’invitait pas à la discussion. J’ai eu l’impression qu’il n’avait pas tout à fait compris que nous étions à un atelier où nous aurions aimé réellement débattre et construire une réflexion sur la question du VIH-SIDA et des moyens de s’en protéger, et pas à un cours unilatéral sur comment il faut faire à notre époque, mes chers petits. Ou alors c’est moi qui n’ai rien compris, c’est possible aussi.

 

Enfin, pour continuer dans les ateliers de discussion que j’ai vécu pendant cette semaine, il y a eu « Où sont passées les pédales radicales ». C’était en plein air, sur le campus, bon, un peu cahin-caha comme atelier. Il faut dire qu’il s’enchaînait avec un précédent (celui sur les masculinités sans doute ? Ou celui avec M. Spire ? Je ne sais plus très bien) et qu’il faisait torride. On a eu du mal à dégager une définition commune de ce que nous entendions par « pédale radicale » et c’était la principale difficulté mais aussi l’intérêt de l’atelier au niveau de la confrontation entre les différentes notions, souvent très personnelles de ce que les participants entendaient par «radical ». Certains se revendiquaient (ou en avaient envie) capitalistes tout en se revendiquant pédales radicales. Evidemment, cela a créé un malaise et provoqué, gentiment, un clash. Dès lors, j’ai trouvé que cet atelier représentait bien le côté polymorphe des UEEH. Il y a un souhait de s’organiser en autogestion, sans chefFE et avec un minimum de frais financiers, histoire de rendre ces rencontres abordables au plus grand nombre. Et bien qu’un bon nombre de transpédégouines à tendance anar y participent, il y a aussi pas mal de gens qui vont moins loin dans leur politisation, qui restent beaucoup plus dans l’institutionnel et qui ne cherchent pas spécialement à élargir leurs champs de lutte au-delà du champ LGBT. Pourquoi pas, ça permet des échanges, même si ils ne sont pas forcément cordiaux, ou à la limite de ne plus l’être. Ça permet aussi de mieux se positionner dans nos « vies politiques », en quelque sorte. Je ne sais pas encore si cela aura une suite, j’ai inscrit mon nom sur un papier destiné à créer une mailing list, cela donnera sans doute quelque chose un jour.

 

Au niveau des ateliers plus performatifs, je ne peux pas ne pas évoquer l’atelier dégustation de bières spéciales que nous avons préparé entre pochetronnes et que nous avons entamé un soir pour finir mortes bourrées alors qu’en fait on n’a jamais bu que quelques gorgées de chaque bière. Mais il y en avait 20. Bon j’exagère, on était pas mortes bourrées, juste pompettes bien comme il faut.

 

Je regrette de ne pas avoir pu participer à l’atelier de reggaeton féministe pour cause d’addiction à internet, il faut que je me soigne. Mais de loin, ça avait l’air très fun.

 

Pour le reste, il y avait une boum tous les soirs, régulièrement des expéditions dans les calanques, de la glande sur le campus, des marcassins insouciants, une cantine universitaire dégueulasse bien comme il faut, encore un concert de Taulard à Marseille, des vieilles copines, des chouettes gens, pas mal de bon temps à vrai dire. Pas assez de rapports charnels sans doute, en ce qui me concerne, pourtant ça aurait pu. Bah, une prochaine fois.

 

Mon séjour à Marseille s’est terminé de manière un peu abrupte. Nous avons clôturé notre séjour aux UEEH pour aller voir, en bande, un concert des copains belges des Slugs à la Katiba, auquel je n’ai pas pu assister entièrement pour cause d’hôte qui voulut partir prématurément, pour ensuite faire une grosse nouba au squat où nous avions prévu de passer la nuit, et le lendemain ça sentait vraiment la fin. Quelques copines des UEEH avaient quitté Marseille la veille ou le matin, une autre était sur le point de partir, je me sentais tout paumé, j’avais la tête en bouillie. J’ai pris un TGV, et je vous emmerde, et je suis rentré à ma maison. 

 

Envahi par la bougeotte depuis fin mai, début juin, je me suis baladé au coeur d’espaces queer en dehors de Belgique, à savoir Amsterdam, Grenoble, Marseille…

 Episode précédent: Amsterdam – Queeristan

 Episode suivant: Marseille – Eurocrade, Europride, UEEH

Shiftcore

 

Après ma première expérience queer en zone non-franco-belge (quoiqu’en fait ce n’est pas tout à fait exact puisque j’en ai eu une au Pays de Galle il y a quelques années, mais ce n’était pas non plus la même approche de la notion de « queer », soit), j’ai expérimenté pour la première fois la non-mixité transpédégouine, à Grenoble. C’était à l’occasion des premières rencontres audiovisuelles transpédégouines « Shiftcore » qui s’y sont tenues du 17 au 24 juin 2013.

 

Les objectifs des personnes à l’initiative de Shiftcore étaient principalement de réunir des genTEs qui s’identifient comme « transpédégouines » pour produire, en une semaine, de l’audiovisuel sur un mode DIY tels que des films, des émissions radio, de la musique, des instruments, etc. Et aussi de passer de bons moments entre transpédégouines, refaire le monde, etc. Pour les incultes, le terme transpédégouine est utilisé pour marquer une certaine radicalité – voire une radicalité certaine – dans les cultures queer et pour s’affirmer en tant que trans/pédé/gouine dans les sphères à tendance DIY, anar, autogestionnaires, etc., à l’origine en réaction aux modes de vies normatifs souvent véhiculés dans la culture LGBT.

 

Les différents lieux d’activités étaient la BAF, le centre social autogéré de Grenoble, la Bifurk/le LAA, « friche culturelle, sportive et citoyenne », le 102, un lieu autogéré où se déroulent depuis des années toutes sortes d’activités, la Malaprise, un squat féministe/gouine, le Cap Berriat qui accueille toutes sortes d’associations grenobloises, le Lokal Autogéré, «lieu d’activité, de rencontres, de luttes, d’échange et de diffusion d’information», et peut-être que j’en oublie.

 

J’y ai été en compagne des copains bruxellois de Crête et Pâquerette, que les habituéEs de ce blog connaissent bien, en principe. Nous sommes arrivés en début de soirée. Manque de bol, nous étions à peine sortis de la voiture que nous étions d’ores et déjà conviés à l’assemblée générale d’ouverture des rencontres. D’un autre côté, ça nous a permis de nous mettre dans le bain directement et de nous sentir suffisamment concernés par ce qui allait nous attendre la semaine durant.

 

A la fin de l’assemblée, après avoir mangé un bout, pris l’apéro et fait connaissance avec quelques personnes sur place, les participantEs ont commencé à être dispatchéEs dans les différents lieux d’accueil pour le dodo. En ce qui nous concerne, nous étions logés à la Piscaille, un coquet squat sans doute expulsé depuis, avec un grand jardin, un hangar et des gens accueillants. Nous y sommes arrivés à une heure tardive, après avoir pris tous les sens interdits de la ville et grillé tous les feux rouges. Cela nous a aussi permis de constater l’absence quasi totale de vie la nuit du lundi à Grenoble.

 

Le lendemain, direction la Bifurk où un point info était organisé, pour que j’obtienne différentes informations qui me manquaient pour être un minimum autonome et un vélo. En effet, le Shiftcore a pu obtenir une cinquantaine de vélos pour les participantEs aux rencontre, et a organisé en conséquence un providentiel service de prêt, qui a permis à touTEs de pouvoir assez facilement se déplacer dans toute la ville et vaquer d’un lieu à l’autre. J’ai ainsi pu constater que Grenoble est une ville très vélo-friendly, avec peu de côtes et plein de « tourne-à-droite » aux feux rouges. Big up à ce système donc.

 

Ensuite, j’ai été voir à la BAF ce qui se passait, puisque c’est dans ce lieu que se trouvaient quelques tableaux où l’on pouvait s’inscrire pour faciliter le fonctionnement des rencontres. Et enfin, retour à la Bifurk pour commencer à tourner joyeusement le déjà célèbre clip de Crête et Pâquerette, « H.O.M.O », qu’une fois de plus on ne présente plus aux afficionados de QueerPunxBelgium. Le coup de la plage, vous y avez cru ? Eh bien c’était en fait une peinture murale située sur une sorte de plage artificielle de beach volley au sein même de la friche de la Bifurk. Une après-midi très fun, et un des rares moments où nous étions en majorité des pédés durant ces rencontres où il y avait tout de même une large majorité de gouines – ceci étant exprimé en toute sympathie, ne vous méprenez pas !

 

Puis, et ça allait être le cas tous les jours suivants, retour à la BAF vers 18h pour la « crisée » ou « criée » selon les interprétations. Durant toutes les rencontres, chacunE avait la possibilité de glisser, anonymement ou non, un mot dans une boite qui était lu chaque soir lors de cette crisée. Et enfin, direction la Malaprise pour le banquet vegan qui allait être le second rituel de chaque soir du Shiftcore.

 

En vrac, les jours suivants, j’ai, pour ma part, fait connaissance avec le Cap Berriat où était situé l’espace geek-MAO-montage son du Shiftcore, commencé à prendre du son pour l’enregistrement de l’émission DégenréEs consacrée au Shiftcore, monté les sons, un peu flâné aussi, tenté tant bien que mal de co-préparer un karaoké qui s’est finalement très bien fait tout seul, incrusté dans le tournage d’un court-métrage (après avoir joué le rôle d’un curé dans le clip des copains, j’ai joué le rôle du Maréchal Boutin qui donnait la réplique au Général La Gaule, faudrait que je songe à arrêter les fachos)… Un chouette moment de déconnexion de Shiftcore a été le concert des chéris de Taulard sur une place publique dans le contexte des fêtes de la musique. Au passage, je me suis même offert un atelier coiffure perso histoire de me refaire une petite santé capillaire bien méritée.

 

Samedi, c’était le jour de l’enregistrement de l’émission radio, qui, selon les personnes présentes, s’est bien passé, ce qui a été confirmé par les retours que j’ai eu de personnes qui ont écouté l’émission. Mission accomplie !

 

Enfin, le dimanche, c’était jour de début de rangement, puis l’assemblée de clôture des rencontres, puis une performance joyeusement sordide, et enfin la fête finale. Une fête bien comme il faut avec, en guise d’introduction, un premier visionnage public des productions Shiftcoriennes, suivi par un concert de l’indétrônable Infidel Castra, toujours les Crête et Pâquerette, et de la musique débile pour en finir avec tout ça. Le lendemain, départ rapide, avec une escale chez les pédales de Nancy.

 

Au final, ce furent de chouettes rencontres, de chouettes retrouvailles dans certains cas, et une dynamique assez enthousiasmante. Quelques regrets cependant : je n’ai pas réussi à me « caler » une après-midi pour participer à la préparation de la nourriture du soir, et vu la disparité des lieux d’activités, malgré les vélos, il me semblait difficile d’avoir une vue d’ensemble de ce qui se passait et de rencontrer de la sorte touTEs les participantEs. Cela dit, c’était une excellente opportunité de découvrir la vie alternative de Grenoble, que l’on me recommande depuis 2008. Et surtout, cela a plus que probablement contribué au développement d’une culture transpédégouine qui lui est propre, et à faire proliférer des espaces « safe » où l’on peut se retrouver sans risquer d’être confronté à la domination hétéro-patriarcale qui se retrouve presque partout ailleurs.

 

Lors de l’assemblée de clôture, deux villes se sont pressenties pour que s’y déroulent les prochaines rencontres Shiftcore : Toulouse et… Bruxelles ! Si vous êtes transpédégouines et intéresséEs à participer, n’hésitez pas à contacter la team, et si vous voulez que ça se fasse à Bruxelles, faites-le savoir haut et fort !

 

Vous pouvez contacter la mystérieuse entité shiftcore sur contact at shiftcore point org .

Et en attendant, vous pouvez consulter les productions déjà en ligne sur la web TV du Shiftcore.

 

 

Au prochain épisode, direction Marseille où nous blablaterons sur l’Eurocrade, médirons sur l’Europride et cancanerons sur les UEEH.

 

Envahi par la bougeotte depuis fin mai, début juin, je me suis baladé au coeur d’espaces queer en dehors de Belgique, à savoir Amsterdam, Grenoble, Marseille…

 

Queeristan

 

En premier lieu, il y avait le Queeristan à Amsterdam, du 30 mai au 2 juin. En ce qui me concerne, je crois que c’était à peu près la première fois que j’allais à un rassemblement queer réellement international, pas seulement franco-belge. Certes, la localisation de ce festival a induit une forte présence du nord de l’Europe (quelques villes des Pays Bas, de l’Allemagne, de pays scandinaves…), mais aussi du Royaume-Uni, d’Italie, de Turquie et j’en oublie probablement.

 

L’essentiel des activités se déroulaient au Valreep, un squat récemment ouvert non loin du port et, d’ailleurs, toujours en activité si on en croit leur site web . Une fête d’ouverture et une expo se déroulaient aussi au Slang, un bâtiment squatté en 1983 et légalisé par la suite, et d’autres activités festives se déroulaient au Vrankrijk, une sorte d’institution de la subculture alternative amstellodamoise, par ailleurs situé juste en face du Slang.

 

En ce qui me concerne, je suis arrivé le soir du deuxième jour. J’ai donc raté la fête d’ouverture et les workshops du vendredi qui n’étaient pourtant pas dénués d’intérêt. Peu importe, j’ai retrouvé mon sympathique hôte, qui m’a trouvé un vélo (charming!), et une autre fête était prévue au Valreep, ce qui tombait assez bien. En attendant que les festivités démarrent à l’intérieur, un feu fut lancé sur le terrain devant l’entrée pour réchauffer les convives parce qu’il fallait bien reconnaître que la chaleur ne s’est pas sentie obligée de venir.

 

Et enfin, la musique s’est faite entendre. Ca commence à faire loin, mais je me souviens d’un concert solo « féminin » plutôt hip hop dont la démarche m’a irrésistiblement fait penser à une subtile alchimie entre les françaises de Grâce et Volupté Van Van et les américaines de Team Gina. Comme quoi, les cultures queer se rejoignent irrémédiablement. Par contre, j’ai complètement oublié le nom de l’artiste, c’est ballot. Mais je suppose qu’en contactant les gens du Queeristan il doit y avoir moyen de retomber dessus.

 

Puis il y a eu un autre solo, Ste McCabe, plutôt electro-punk-impertinent, qui faisait beaucoup de bien aux oreilles ! Pour le reste, de la papote, de la danse, j’ai un peu fait connaissance avec les adorables queer Londoniens qui devaient passez chez moi sur leur chemin entre Londres et Amsterdam mais qui ont finalement été ailleurs. Ensuite, back to the squat où j’étais hébergé, dans un léger état d’ébriété.

 

Samedi, c’était une journée plus studieuse. J’ai participé à une discussion sur l’activisme queer au sein d’un syndicat de travailleurs. C’était assez cocasse puisque je suis au chômage, je n’avais pas grand chose à dire, bien que j’aie trouvé intéressant un témoignage d’une trans turque sur l’homophobie et la transphobie en Turquie. Il y a eu aussi un débat non moins intéressant sur l’intérêt (ou pas) de différencier les luttes LGBT des luttes queer. La discussion était interpellante en ce sens qu’elle pointait des frustrations d’une certaine frange de syndiqués qui ne se sentaient pas écoutés.

 

Ensuite, j’ai été à la présentation du projet « House Of Brag » des londoniens. C’était chouette, mais je m’attendais à une discussion plus orientée « échange de pratiques » entre les personnes qui étaient présentes, plutôt qu’une tournure plus autocentrée sur le projet en lui-même comme c’était finalement le cas. Cela dit, un petit moment interactif fut préservé puisqu’une partie du workshop s’est fait en 5 ou 6 sous-groupes.

 

Le soir, après un excellent repas et de chouettes discussions avec mon hôte et une amie à lui, nous avons un peu flâné avant de décider d’aller au cabaret qui se déroulait au Vrankrijk. Grand bien nous en a fait, c’était magnifique. Il y avait un monde fou (normal pour un samedi soir, vous me direz), mais l’espace était géré de façon magistrale. Le Vrankrijk est divisé en deux salles. Lorsqu’il y avait un numéro de cabaret, c’était la fête dans la salle d’à côté et vice versa. Il y en avait globalement pour tous les goûts, du burlesque, des choses plus personnelles et intimes, du concert (j’ai bien aimé l’electro-new wave de Nuclear Family), de la politique… Et puis un public bariolé et éclectique comme j’affectionne.

 

Le lendemain, je suis rentré à Bruxelles en début d’après-midi pour ne pas faire faux bond à mon ticket de train retour. Je n’ai donc pas pu participer à l’action contre les frontières ni à la Sexe Party queer. Mais un participant que j’ai revu par la suite m’en a relaté beaucoup de bien. Selon lui, l’action était bon enfant et la party très caline.

 

D’une manière générale, en regard de mes expériences queer et activistes bruxelloises, j’ai savouré une ambiance détendue, sans une certaine paranoïa, voir une condescendance que je peux parfois ressentir à Bruxelles. Il faut aussi souligner la convergence des luttes qui était exprimée à travers la plupart des activités. A savoir les liens faits entre les questions queer et le milieu du travail, des questions de santé, des frontières, du spécisme, du logement, de l’anticapitalisme…

 

Au final, mon seul regret est d’y avoir été seul et de ne pas avoir pu partager ces chouettes moments avec des gens plus proches affectivement.

 

Bref, pour une première expérience en zone queer internationale en ce qui me concerne, je suis assez satisfait, et je recommande le Queeristan.

 

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