12ème Foire internationale du livre alternatif et libertaire de Gand

Foire internationale du livre alternatif et libertaire de Gand

le 2 mars 2013, 10-19h Gand (Belgique), De Centrale

La journée par excellence pour dénicher des publications critiques et à contre courant pratiquement impossibles à trouver dans le circuit commercial.

A partir de 10h, des dizaines de librairies, de distributeurs et d’éditeurs de Belgique et d’autres pays seront présents avec des livres, magazines, musique, t-shirts, etc.

Outre une vaste présence de lecture libertaire / anarchiste, vous trouverez également un vaste choix de publications de diverses ONG et groupes activistes. Entre autres des publications relatives à l’antimondialisme, l’action directe, l’antimilitarisme, l’anarchisme, l’activisme environnemental radical,…

A partir de 13h : conférences – débats – vidéos – spectacles.

infos : www.aboekenbeurs.be – aboekenbeurs@yahoo.com

 

Contre l’homophobie, une blogueuse lesbienne réunit des artistes de BD

Par Marie Slavicek  sur : tétu

Suite à l’appel d’une blogueuse, une cinquantaine de dessins, de poèmes, de vidéos -signés par des artistes ou des amateurs- a été publiée pour lutter contre le climat homophobe ambiant.

Plus qu’un coup de gueule, c’est un cri d’alarme. Celui de la blogueuse Katchoo, qui refuse de rester les bras croisés face à «l’inexorable montée d’une homophobie totalement décomplexée (…) sous la bannière de la liberté d’expression». Alertée par les débordements de la manifestation des anti-mariage pour tous du 18 novembre, Katchoo a lancé le mois dernier un projet pour lutter contre l’homophobie sur son site The Lesbian Geek. Intitulé le «TLGB Assemble», ce projet rassemble des messages personnels d’artistes et de lecteurs de son blog, sous la forme de dessins, de films, de témoignages, de poèmes… L’ensemble de ces contributions ont été publiées sur son site le 16 décembre à l’occasion de la marche pour l’égalité à Paris.

«Vague nauséabonde d’homophobes»
«En tant qu’homosexuelle, citoyenne et mère», Katchoo a souhaité adresser un message «fort et positif à [son] petit niveau». «Le TLGB Assemble, c’est une façon de plus de nous exprimer contre l’homophobie (…) parce que se taire est déjà une forme d’injustice», a expliqué Katchoo dans un post publié le 20 novembre. «Les médias m’ont montré par tous les moyens possibles (débats, reportages, interviews) cette vague nauséabonde d’homophobes de tous poils qui osent (…) nous barrer la route à des droits fondamentaux». «Ces derniers temps, on nous montre trop d’anti, trop de haine, trop de violence gratuite envers la communauté gay, et cette banalisation de l’homophobie déjà extrêmement forte sur les réseaux sociaux (la semaine dernière on a eu droit à un #Antihomosexuel sur Twitter), se répand désormais jusqu’au Journal de 20h, entre la poire et le fromage.»

Inspiré par le collectif AARGH! (Artists Against Rampant Government Homophobia), réuni autour d’Alan Moore à la fin des années 1990, le TLGB Assemble a rencontré un beau succès: en tout, une cinquantaine de contributions ont été postées. Les célèbres auteurs de comics Terry Moore (Strangers in Paradise, Runaways) et J.H. Williams III (Batwoman, Green Lantern) ont d’ailleurs mis leurs crayons au service de la cause LGBT.

Retrouvez tous les poèmes, vidéos et autres dessins sur le blog de Katchoo ici.

Dessins: Stéphanie Hans, Terry Moore, Vurore et Louis/DR.

Août 222012
 

Août 132012
 
Biographie

Sous les jupes de la Castafiore

  • 13 août 2012
  •  par Diane Suva sur : 360°
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Et si la célèbre Castafiore de Tintin était en réalité le dernier des castrats ? C’est ce que suppose la biographie non autorisée de la célèbre cantatrice.

Albert Algoud est humoriste. Il a travaillé avec Karl Zéro et été rédacteur en chef de Fluide Glacial. Mais Albert Algoud est surtout un tintinophile acharné. Le dictionnaire des injures de Haddock c’est lui, celui des inventions de Tournesol aussi. L’un de ses ouvrages mélange audacieusement queer et neuvième art en partant de cette révélation fracassante: la Castafiore est un homme, Fiorentino Casta, le dernier des castrats.

La Castafiore est, certes, un des principaux personnages de l’univers Tintin, mais son histoire est lacunaire. Qu’à cela ne tienne, l’auteur s’empare des éléments existant, comble les blancs de façon plus ou moins fantaisiste, lui offre un passé et même un avenir! L’exercice peut sembler périlleux, mais il est effectué avec grâce. Des conservatoires de Naples à la Gay Pride de New York en passant par un couvent: nous voilà entraînés à travers le monde sur les traces de l’étrange et riche personnage que devient le rossignol milanais sous la plume d’Algoud. Aventures rocambolesques, style enlevé, humour: on replonge volontiers en enfance avec cette nouvelle lecture de Tintin. Et à peine le livre fermé, on se précipite sur les albums du petit reporter.

Si ce livre a de quoi conquérir le lecteur, il n’en a pas été de même pour la Fondation Hergé. Ce qui explique le titre «La Castafiore Biographie non autorisée» et l’absence regrettable d’illustration. N’empêche! Un livre à caler entre les tongs et le tanga avant de partir au soleil.

 

De la masturbation considérée comme un art martial

sur les 400 culs

Dans le vocabulaire des arts martiaux, sun-dome signifie «contrôle». Dans le vocabulaire du sexe aussi. C’est une pratique érotique typiquement japonaise qui consiste à se masturber jusqu’au point extrême du plaisir et… à stopper net juste avant l’éjaculation.

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La masturbation est à ce point répandue au Japon qu’au début du 17e siècle, lorsque les prêtres européens installés à Nagasaki mettent au point le premier dictionnaire de japonais (un dictionnaire japonais-portugais de 32 000 mots), ils y incluent l’expression senzuri o kaku, comme s’il était indispensable, pour comprendre le peuple de Jipango, d’inclure le verbe “se masturber”. Sen-zuri désigne les “mille secousses” qu’il faut nécessairement imprimer au pénis pour obtenir l’orgasme (1). Rusher Miyoshi, acteur spécialisé dans les films d’onanisme, ne trouve pas que ces chiffres soient très exagérés : «Le plaisir n’est pas quelque chose qui tombe du ciel. Ça se travaille, ça demande de la concentration, du savoir-faire, de la technicité.» Pour lui, la masturbation est une forme d’entraînement. Il s’agit d’endurcir son corps en l’exerçant à l’aide de techniques adéquates. «Au Japon, nous n’avons pas honte de pousser à la perfection même les choses qui semblent futiles, dit-il. En matière de plaisir par exemple, nous employons tous les moyens possibles, car ce qui compte, c’est l’accomplissement».

Pour s’accomplir, donc, il s’agit de roder son pénis, le rendre plus résistant et rigide sur commande, au cours de séances qui confinent à la torture: il faut souffrir pour atteindre le niveau de la perfection optimale. Rusher Miyoshi, en véritable guerrier, s’astreint donc dans des vidéos pleines de suspens à se maintenir en équilibre sur la corde… raide. Ces vidéos appartiennent au genre «sun-dome», un créneau très marginal dans la production SM. Elles reposent entièrement sur le conflit intérieur d’un homme, partagé entre son désir exacerbé jusqu’à l’outrance et la promesse qu’il doit tenir. Cette promesse, une belle jeune femme ne cesse de la lui rappeler : «Ikunai yo», «Ne jouis pas.» Alors qu’il bande frénétiquement, elle le touche, le caresse, le rend fou et lui chuchote des menaces… S’il jouit, elle sera en colère. Il aura rompu sa promesse. Elle ne veut pas qu’il jouisse. Elle veut, dit-elle, «goûter sa torture» et lui frotte si énergiquement le sexe qu’au bout de quelques heures, le pénis est devenu rouge et boro boro, terriblement douloureux. La video retrace 24h dans la vie d’un homme qui n’a pas le droit de jouir et qui pourtant ne cesse de se faire monter jusqu’au bord, à la limite de l’orgasme.

«Le mot sun-dome est emprunté au judo, explique Rusher. La figure du sun-dome absolue, c’est celle d’un homme qui projette son poing en avant de toutes ses forces et qui arrête net son poing à trois centimètres de votre visage. Pour la masturbation, c’est la même chose, comme un art martial : on doit mettre toute son énergie dans un geste  comme si c’était le dernier, l’ultime geste mais ca doit rester totalement sous contrôle.»  Le fait de se masturber puis de bloquer l’éjaculation, puis de recommencer, encore et encore, n’est rien d’autre qu’une façon de répéter le même kata jusqu’à le maîtriser comme en art martial. Devenir dur à volonté et garder le contrôle… Voilà le but du sun-dome.

«Je stoppe l’éjaculation cent fois au cours de la vidéo, explique Rusher Miyoshi. Parfois, ça dure trois jours, mais là ça devient trop…». Trop éprouvant, même pour lui, semble-t-il. Et pourtant, Rusher rêve de quelque chose qui confinerait au rêve : «Dans les films de sun-dome, les femmes empêchent les hommes de se satisfaire éternellement», dit-il… et sa voix glisse sur le mot «éternel» avec une sorte de douceur extasiée. Evidemment, on pense à Abe Sada, qui -pour éterniser l’ardeur de son amant- l’étrangla pendant l’amour et lui coupa le sexe. Pour Takeo Funabiki, anthropologue de l’Université de Tôkyô, Abe Sada est une héroïne digne d’admiration. «Elle est parvenue à suspendre le temps pendant 6 jours de suite. Vous le saviez ?». Pendant 6 jours, Abe Sada et son amant, Kichizo Ishida, sont restés enfermés dans une chambre à ne rien faire d’autre que l’amour, la lumière constamment allumée, afin qu’il n’y ait plus ni de nuit, ni de jour. «6 jours d’amour… A l’échelle des possibilités humaines, cela relève de l’éternité !». Au terme de ce marathon, Abe Sada ne pouvait rien faire d’autre que tuer son amant, pense-t-il. Elle l’étrangla le 18 mai 1936. Afin que la passion ne retombe plus jamais. Afin que leur passion échappe définitivement aux lois de la réalité.

Il y a comme un désir de transcendance dans le sun-dome, qui rejoint ce désir, proprement humain, d’échapper aux lois de la gravité. Que le pénis ne retombe jamais. Qu’il reste là-haut dans le ciel d’un désir fulgurant… Voilà pourquoi tant d’hommes fantasment sur l’idée de se faire castrer, probablement. Parce qu’ils voudraient vaincre l’inexorable fuite du temps qui les confronte, à l’éjaculation, à la détumescence et au reflux…

Le sun-dome existe aussi en version manga. Une série, entamée en 2006, a d’ailleurs été baptisée Sundome. Elle raconte l’histoire d’amour entre un lycéen qui a juré de ne pas connaître d’orgasme avant la fin de ses études (pour concentrer ses forces dans le travail scolaire) et une camarade de classe qui fait tout pour éprouver son… coeur. Le manga est traduit en Francais et visible ici.

Note 1/ Il est intéressant de noter qu’il en faut dix fois plus pour faire jouir une femme au Japon, car la masturbation féminine se dit man-zuri (“dix mille secousses”).

Illustration : Gengoroh Tagame, un des plus célèbres auteurs de manga sm. Ses oeuvres sont publiées et traduites chez H&O.

 

33 tours et puis bientôt s’en va…

Bonjour à toutes et à tous

Le temps des grandes décisions est venu. j’ai passé 33 ans dans la librairie que beaucoup d’entre vous ont fréquentée et fréquentent encore. J’y ai passé des moments formidables grâce à vous, grâce aussi au fait de m’être réalisé dans ma vie professionnelle.

Je voulais être libraire , je suis devenu libraire et de plus, j’ai pu tout au long des 33 années passées ici proposer le genre de livres que j’aurais voulu trouver chez mon libraire si j’avais été client. Un grand choix de livres sur le cinéma, la musique rock et la photographie, des romans, beaux livres ou essais traitant du genre et de l’homosexualité, des polars bien noirs et hors des sentiers battus mais aussi de nombreux romans, essais que j’aimais même s’ils sortaient des catégories citées plus haut .

Ainsi Kerouac et son “Sur la Route” que certains découvrent maintenant grâce au film très moyen de Walter Salles, est présent dans la librairie depuis 33 ans tout comme les autres auteurs de la Beat Generation (Ginsberg, Burroughs…).

Plutôt qu’axer la librairie sur l’écoulement de nouveautés, j’ai toujours voulu privilégier l’aspect “fond” de la librairie càd garder en permanence en stock des ouvrages signifiants dans les domaines dans lesquels je me suis spécialisé au risque d’avoir une rotation (le joli terme!) de stock peu rentable, mais cela a très bien marché durant 30 ans! Idem pour les auteurs que j’aime: on ne trouve pas que le dernier ouvrage de tel ou tel mais en plus de la nouveauté d’un auteur, on trouve , dans la mesure des disponibilités chez les éditeurs, l’ensemble de l’oeuvre de cet auteur.

Depuis quelques années, la librairie s’est ouverte à la vente de dvd et propose un grand choix de films d’auteur (films de l’âge d’or hollywoodien, classiques italiens et japonais, raretés tchèques, polonaises, suédoises etc…) ainsi que de nombreux films traitant de l’homosexualité et du genre.

Une librairie, c’est aussi un espace de discussions et d’échanges et si j’ai permis à un certain nombre personnes de découvrir certains auteurs, j’ai moi aussi grâce à beaucoup d’entre vous eu connaissance d’auteurs que je n’aurais probablement pas lus.

Mais je vieillis (un peu!!!), et puis l’époque est différente, tout évolue très vite. L’envie de découverte et de lecture est toujours là mais le public peut combler ses envies de lecture de mille et une manières et il semblerait que la petite librairie “spécialisée” a moins de raisons d’être en tout cas dans la forme qu’a la librairie Darakan.

Il faudrait repenser beaucoup de choses. Pour cela, je devrais disposer de beaucoup plus d’espace. Je pourrais évidemment utiliser les étages et faire une librairie plus aérée, plus avenante, plus “ludique” sans négliger la création d’un espace de vente sur le net. Mais pour cela , il faut beaucoup d’énergie et je commence à en manquer. Donc, je vais sans doute, dans les mois qui viennent, arrêter mon activité, mais non sans tristesse…

Bien sûr, j’aimerais que la librairie continue d’exister sous une forme ou une autre et je serais donc vraiment heureux si quelqu’un-e voulait reprendre le flambeau… Avis aux amateurs!

Même si je ne suis pas encore parti, je tiens à vous dire merci pour le plaisir que vous m’avez donné. Cependant, je ne vais pas disparaître complètement, je vais continuer à être actif dans certaines activités socio-culturelles, entre autres l’organisation du festival Pink Screens et ce avec les nombreux autres bénévoles de l’association Genres d’à Côté.

Merci , à bientôt

Jacques

Avr 282012
 

Homosexualité dans le comics : entre fantasmes et libéralisation

Du macho des années 30 au Spiderman métrosexuel

Collants ultra moulants, surslip, cape digne de soirées masquées, l’imaginaire autour du superhéros de comics est prolixe. Mais c’est incontestablement l’hyper sexualisation de ces personnages qui nourrit les fantasmes ou le rejet dont ils sont l’objet. Parce qu’ils sont le miroir de notre société depuis un siècle, la question de leur sexualité – forcément différente – n’a eu de cesse de se poser. Et bien avant les premiers coming-out chez Marvel.

 

Ce mois-ci, le magazine Playboy proposait quelques éléments de réponses au travers d’une interview avec le très réputé auteur de comics Grant Morrison. On ne pourra le taxer d’hérésie, pourtant il y va fort en secouant l’icône hétérosexuelle des premiers héros en cape. « Batman est très, très gay. On ne peut pas le nier. » Pour lui, dès les premiers coups de crayon de Bob Kane, il y a « un concept entier absolument gay ».  Pas étonnant que le plus gadgetophile des détectives soit harcelé par de jolies pépées en costumes fétichistes, mais le héros taciturne préfère plutôt la douce compagnie « du vieux et de l’enfant ». Comprendre Robin et Alfred.

 

 

L’homosexualité de Batman et Robin n’est pas que le prétexte à une boutade d’un auteur. Longtemps spéculée par des lecteurs plus ou moins facétieux, cette relation attise les haines de certains. Ainsi, le Dr Fredric Wertham publie en 1954 Seduction of the Innocence, dans ce véritable pamphlet anti-comics, le psychiatre dénonce l’influence négative des super héros sur les jeunes lecteurs. Argumentaire sur leurs effets pousse-au-crime du comics, la croisade de Wertham débouche sur le terrible Comics Code authority. Bien plus souple aujourd’hui, l’organe de régulation, à ses débuts interdisait les références homosexuelles.

 

 Un peu trop de muscles peut-être ?

 

Une progression des mœurs qui colle particulièrement avec les faits de société. L’icône hyper masculine des années 30 est un remarquable écho de la montée en puissance du fascisme. Qu’il s’agisse d’une esthétique assumée ou détournée pour lutter contre elle avec ses propres moyens, la plastique de Captain America et Batman sert la bonne cause. À grand renfort de pectoraux, les deux héros combattent fictivement contre les nations de l’Axe et gagnent en respectabilité. Néanmoins, l’absence pratiquement totale d’héroïnes pose des questions. Il faudra les années 40 pour voir apparaître Wonder Woman, à noter cependant que l’amazone de Marston est le fruit de son combat féministe.

 

Et languir jusqu’en 1989 pour que la Comics Code Authority lâche la bride. Après avoir donné du leste sur l’imaginaire hippie, elle assouplit également la censure en matière de reproduction d’une sexualité libre.  Grâce au retrait de l’homosexualité comme maladie mentale de l’OMS, peut-être. Plus sûrement grâce à l’essor d’éditeurs à la marge proposant un contenu plus adulte sans être affiliée à cet organe.

 

Le Sida prend un malin plaisir à sévir

 

Une pléthore de héros et mutants va alors se revendiquer gay. On peut soupçonner une tentative assez manifeste de récupération d’un lectorat homo dans les premiers temps. Un essai plus que maladroit si l’on s’en tient à l’exemple du magicien Extraño de chez DC. Avatar de la folle maniérée, aux tenues flashy, le latino porte jusque dans son nom les stéréotypes les plus contestables : Extraño signifie étrange en castillan.

 

On comprendra naturellement que c’est un autre personnage à qui l’on attribue le premier coming-out tant l’image du premier est détestable. Cette première figure du héros gay, qui s’assume et bénéfice d’un vrai capital de sympathie est Véga. Le saut dans la préférence homosexuelle clairement affichée prendra un peu plus de temps. 1992, et le changement de direction chez Marvel pour que le coming-out se fasse. Le numéro dans lequel  le personnage prononce « je suis gay » sera épuisé en moins d’une semaine et profitera d’un vrai relais médiatique.

 

Là où Extraño se payait le virus du Sida – plaisir coupable selon les scénaristes ? – Véga souffrira également d’une maladie assez similaire avant d’en réchapper. Un miasme destiné à lui faire avoir que ce qu’il mérite dans un premier temps. Mais l’arrivée d’un éditeur plus conciliant que son prédécesseur permet une pirouette scénaristique. La maladie se révèle n’être qu’un sortilège en fin de compte.

 

Vers l’ouverture et le mariage

 

Dès lors, en phase avec une libéralisation de la société, magazines et internautes dressent des inventaires de héros présumés ou ouvertement homos ou bis. Si dans les années 80 la pratique pouvait s’apparenter à une chasse sorcière, l’exercice aujourd’hui est bon enfant. Les héros y ayant trouvé une dimension psychologique plus poussée. C’est d’ailleurs la raison qui fera de Véga un personnage homo. Chacun des personnages de la Division Alpha gagnant en singularité.

 

S’ensuivent des séries spécifiquement à destination des lecteurs homos, des parodies parfois très tendres au point de casser l’image rêche du héros héritiers d’une époque plus macho.

 

Si Marvel a franchi le cap, les personnages DC semblent moins nombreux à déclarer leur préférence. Mais ce serait sans compter d’un nouveau héros gay latino en la personne de Bunker l’année dernière. Et preuve que la cape peut se porter arc-en-ciel plus ouvertement, en janvier et mars dernier, deux couples super-assumés se mariaient : Kevin et Clay de Life with Archie et et es X-Men Northstar et Kyle.

 

Alors Batman, qu’attends-tu ?

 

Pour en lire un peu plus sur le thème

Sources :
The Comics Journal
Playboy
Smosh

 

 

Fév 232012
 

«Seven miles a second», l’autobiographie en bande dessinée de David Wojnarowicz

Publié par

L’être humain marche en moyenne à 5 km par heure. Pour échapper à l’attraction gravitationnelle terrestre, il faut se déplacer à 11 km par seconde. C’est de là que vient ce titre évocateur, choisi par David Wojnarowicz pour son autobiographie en bande dessinée, commencée en 1988 et terminée en 1996 par l’illustrateur James Romberger, quatre ans après la mort de l’artiste des suites du sida.

Une des peintures de Wojnarowicz

S’enfuir, laisser derrière soi sa vie, échapper à l’emprise inéluctable de la mort… Les métaphores et imagerie liées à ces pulsions traversent cet album d’une soixantaine de pages, initialement publié en 1996 par Vertigo (l’une des collections de DC, qui a récemment republié Un Monde de Différence) et ici traduit aux éditions Çà et Là, en coédition avec les éditions Laurence Viallet. David Wojnarowicz (1954-1992) était un artiste multidisciplinaire, qui a travaillé dans la photographie, la peinture, le collage et a écrit plusieurs textes autobiographiques (dont Spirale, publié en même temps que cette édition française de sa BD). Ses textes ont une puissance narrative, parfois même hallucinatoire, qui n’est pas sans rappeler celle de William Burroughs ou de Jean Genet, deux de ses héros artistiques. Sa collaboration avec l’artiste new-yorkais James Romberger montre ce que deux artistes à l’identité esthétique affirmée peuvent s’apporter l’un l’autre.

Le jeune David fait le trottoir sur Times Square

Dans une très belle traduction de Laurence Viallet (mais pourquoi n’avoir pas traduit le titre en français ?), le texte de Wojnarowicz présente plusieurs épisodes de sa vie, depuis ses années de prostitution enfantine, après une fuite du domicile familial où son père le battait et abusait de lui, jusqu’aux derniers mois de sa vie quand, conscient de l’imminence de sa mort, il tenait un journal intime dont s’est servi Romberger pour terminer l’album.

On ne peut pas dire que cet album soit facile à lire, pas plus qu’ont pu l’être par exemple les livres d’Hervé Guibert. Mais les textes de David Wojnarowicz ont une importance double : en plus de leur qualité esthétique, ils sont les traces des cris de rage d’un témoin d’une époque où l’hypocrisie de la société menait à occulter la gravité de l’épidémie de SIDA, parce qu’après tout, celle-ci ne touchait que les pédés, les toxicos et les pauvres, noirs de préférence. Toutes catégories de personnes objets d’une haine institutionnalisée et d’une violence verbale contre laquelle Wojnarowicz se battait à sa façon.

Le travail de Romberger et de sa femme la coloriste Marguerite Van Cook est d’ailleurs à la hauteur de celui de l’écrivain: Romberger est aussi à l’aise pour mettre en images le Times Square mal famé des années 70 que les hallucinations oniriques qui parsèment l’album.
Les couleurs naviguent entre réalisme et expressionnisme (la comparaison avec l’édition américaine fait ressortir la qualité de l’impression de la version française), Marguerite Van Cook produisant bien plus qu’une simple mise en couleurs.

Vingt ans après la mort de l’artiste, le travail de David Wojnarowicz n’a rien perdu de sa force:  fin 2010, une de ses vidéos (elle est en ligne ici) a été retirée d’une exposition à Washington, suite aux protestations de militants catholiques. On peut trouver désespérant que la situation n’ait pas plus évoluée que cela en deux décennies, mais on peut également se réjouir que David Wojnarowicz ait laissé en héritage des œuvres aussi puissantes que Seven miles a second.

François Peneaud

sur: yagg

Jan 302012
 

Chronique : Misma, c’est queer

Auteur(s) : El Don Guillermo, Estocafich.

Je cherchais depuis quelques années à définir ce petit quelque chose qui fait le sel des productions Misma. Cette maison d’édition associative animée par Estocafich et El Don Guillermo a un ton unique dans l’édition indépendante (et même dans l’édition française tout court), que ce soit dans la revue Dopututto (dont le numéro 18 était sorti pour le Festival d’Angoulême) ou dans les livres des différents auteurs publiés.

Les deux animateurs, en particulier, ont des univers étrangement en marge, en apparence superficiels et légers, où l’on joue aux jeux de l’amour et du hasard dans un état de flux perpétuel, sans savoir, au final, si l’alchimie fonctionnera avec un garçon, une fille, ou une autre créature plus improbable.

fufurious2couvEstocafich a pour héros une bande de freaks hétéroclites, les Fufurious, et des Loups-Garous de banlieue, piètres dragueurs malgré leurs poils, avec un graphisme évocateur de l’auteur underground américain Rory Hayes. El Don Guillermo, quand il ne met pas en scène un singulier ménage à trois (dont un album, Prelude to a Kiss, est paru à l’Association), donne vie à des personnages tout aussi allumés comme Bernadette (“Elle est très chouette”) qui ne pense qu’à s’envoyer en l’air.

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Aujourd’hui, j’ai enfin compris : si Misma est aussi difficile à définir, c’est parce qu’il est essentiellement et indéniablement queer.

Publié par Jean-Paul Jennequin, dans Chronique, El Don Guillermo, Estocafich.

sur: lgtb bd

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