Antiracisme et lutte contre l’homophobie : retour aux convergences

Une traduction inédite, en français, publié sur le site de la revue Ballast :

À l’heure où certains s’interrogent et s’inquiètent de la montée de « l’homonationalisme » (« Toutes les Folles ne sont pas au Front », clamait très récemment, non sans provocation, l’affiche de la Gay Pride de Metz) et où le Parti des Indigènes de la République peut très tranquillement affirmer que « les habitants des quartiers ne souhaitent pas politiser leur sexualité », il n’est pas inutile de rappeler les convergences qui eurent lieu, dans les années 1970, entre les mouvements antiracistes, anticapitalistes, féministes et partisans de la lutte contre l’homophobie. Nous avons pour ce faire traduit ce texte, paru il y a quelques semaines dans la Socialist Review, sous la plume de Noel Halifax, auteur de l’ouvrage Out, Proud & Fighting.

 


 

genet1En août 1970, le cofondateur du Black Panther Party, Huey Newton, écrivit dans le journal des Panthers « Une lettre aux frères et sœurs révolutionnaires à propos de la libération des femmes et des gays ». Il y avançait que ces derniers mouvements étaient des causes sœurs et engageait les Panthers à soutenir la libération homosexuelle. Cela s’avérait inhabituel pour l’époque : dans les années 1970, le stalinisme et le maoïsme dominaient la gauche et tous deux percevaient l’homosexualité comme une déviation bourgeoise, un passe-temps de l’élite décadente. De quelle façon cela put-il dès lors se produire ?

Au printemps 1970, les Black Panthers se trouvaient en difficulté. Ils s’étaient construits en 1966 dans les quartiers noirs et, suite aux troubles politiques de 1968, l’État américain — et le FBI en particulier — décidèrent d’en finir avec eux. Ils furent assassinés, persécutés et harcelés ; le mouvement fut sur le point de s’effondrer. L’autre fondateur du BPP, Bobby Seale, attendait son second procès : il était incarcéré depuis deux ans. Vingt Panthers furent arrêtés à New York pour « conspiration contre leur pays » avec une caution placée à 2,1 millions de dollars.

« Le stalinisme et le maoïsme dominaient la gauche et tous deux voyaient l’homosexualité comme une déviation bourgeoise, un passe-temps de l’élite décadente. »

L’une des figures majeures du BPP, Eldridge Cleaver, avait fui à Cuba puis en Algérie, de crainte d’être assassiné ou arrêté. Les Panthers durent faire face à des frais de justice faramineux au moment même où leurs soutiens se faisaient rares. C’est dans ce contexte que l’écrivain français Jean Genet reçut un coup de fil : David Hilliard, également des Panthers, l’appelait pour solliciter son aide et son soutien. La réponse de l’écrivain fut immédiate : il demanda ce qu’il pouvait faire et, dans la semaine, effectuait déjà le tour des universités américaines et des grandes villes afin de lever des fonds. Il reprocha à la gauche, et surtout au SDS [Étudiants pour une société démocratique — la principale organisation étudiante de gauche], de ne pas se montrer plus vigoureux dans leur soutien aux Panthers. Cette tournée de trois mois fut remarquable — notamment car Genet séjournait illégalement aux États-Unis (on lui avait refusé son visa d’entrée puisqu’il avait été condamné pour des délits à plusieurs reprises et qu’il était l’homosexuel le plus mondialement célèbre — sans rien dire de ses liens avec la gauche révolutionnaire française…). Il s’était rendu au Canada, avait traversé discrètement la frontière pour faire ses apparitions lors de sa grande tournée, sous la surveillance permanente du FBI. Sa renommée était telle qu’il ne fut jamais arrêté. Jean Genet était un orphelin abandonné par une mère prostituée et un père inconnu, élevé dans l’horrible système semi-militaire des orphelinats de la France des années 1910. Il grandit en voleur, prostitué travesti, cambrioleur et vagabond, vivant dans les bas-fonds des cités de l’Hexagone et de l’Espagne des années 1930. On peut le dire : il exécrait la société française respectable.

[lire la suite sur le site de la revue Ballast]

 

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Trois milliards de pervers

Vient de reparaître
par  Refractions

Trois milliards de pervers : Grande encyclopédie des homosexualités

Réédition de l’édition de 1973 – Préface de la nouvelle édition : J.-J. Lebel et J.-P. Duteuil

Editions Acratie, 2015, 276 pages, 19 euros.

Paru en 1973 cet ouvrage qui fit scandale scelle l’irruption de l’homosexualité dans la société française. Très vite interdit et détruit pour atteinte aux bonnes mœurs il est devenu un marqueur incontournable dans l’histoire des luttes homosexuelles. A la fois document historique et élément de réflexion pour le présent il donne un éclairage sur ce que peut être une affirmation homosexuelle qui ne se coule pas dans le moule des conventions sociales dominantes.

Des homosexuel/les mettent en question toutes les formes de production désirante. Le temps est révolu de ces génies homosexuels qui s’employaient à séparer et à détourner leur création de leur homosexualité, s’efforçant de masquer que la racine même de leur élan créateur s’originait dans leur rupture sexuelle avec l’ordre établi.

Mai 1968 nous a appris à lire sur les murs et depuis, on a commencé à déchiffrer les graffitis dans les prisons, les asiles et aujourd’hui dans les pissotières. C’est tout un « nouvel esprit scientifique » qui est à refaire !

Un collectif d’homosexuel-les s’interroge ici sur la drague, la masturbation, les travestis, le scoutisme, les jardins, les mouvements militants.

Participèrent notamment : Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jean Genet, Félix Guattari, Daniel Guérin, Guy Hocquenghem, Jean-Paul Sartre, Jean-Jacques Lebel…

http://refractions.plusloin.org/spip.php?article893

(présentation de l’éditeur)

 
est

Lu sur contretemps : « Les travailleuses du sexe en Argentine et au-delà visibilisent leurs histoires par l’action politique, faisant ainsi souvent face à une répression extrême et violente. À côté des deux premières vagues d’organisation des travailleuses du sexe, une troisième semble émerger dans des pays du Sud , qui ont en grande partie été négligés par les études universitaires sur le sujet. Une de ces organisations est la Asociación de Mujeres Meretrices de la Argentina (AMMAR) : l’association des femmes travailleuses du sexe d’Argentine. Le présent essai repose sur des données issues de questionnaires, d’une observation participante, d’entretiens approfondis avec des travailleuses du sexe, syndiquées ou non, et des membres de la Central de Trabajadores Argentinos (CTA), la fédération dont elles font partie, dans dix villes d’Argentine. Il retrace ainsi les relations entre l’AMMAR et la CTA pour examiner comment ces deux organisations ont co-opéré pour organiser les travailleuses d’un secteur de travail tristement célèbre pour son caractère exploitatif, précaire, et vulnérable, afin de travailler à un changement social et politique. Cet essai contribue aux débats autour de la régénération du mouvement syndical et défie le sens commun prévalent selon lequel les travailleuses du sexe et les syndicats seraient des partenaires improbables.
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Emma Goldman – Une éthique de l’émancipation

Lu sur Publico : « Emma Goldman a été victime, tout particulièrement dans le monde francophone, d’une étrange amnésie qui a fait que le mouvement anarchiste, pourtant si enclin à célébrer son histoire et ses héros, semble parfois aisément oublier qu’il a aussi compté de nombreuses héroïnes », écrit Normand Baillargeon à propos de celle que les services secrets nord-américains décrivirent comme l’une des anarchistes les plus dangereuses de son pays d’adoption.

Cette biographie, la première en langue française, retrace l’histoire de cette militante inlassable de l’émancipation, à la fois libertaire et communiste, féministe et nietzschéenne. Née en Lituanie et morte à Toronto, sa vie se lie aux deux siècles qu’elle escorta : des grèves ouvrières états-uniennes à la Première Guerre mondiale, de la ­Russie rouge à la Catalogne, de la montée du fascisme à la lutte contre le nazisme, Goldman fut de tous les fronts – et jamais la prison, l’exil et la mise au ban n’entamèrent sa détermination.


Max Leroy, essayiste, est l’auteur de Dionysos au drapeau noir – Nietzsche et les anarchistes (2014), Citoyen du volcan – épitaphe pour Jean Sénac (2013) et les Orages libertaires – politique de Léo Ferré (2012).

Les éditions Atelier de création libertaire, 248 pages, 16 euros

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Itô Noé (1895-1923), une féministe anarchiste au Japon

sur : Alternative libertaire

Il y a à peine un siècle, dans un Japon qui se modernise sur le modèle occidental, apparaissent en même temps le capitalisme, l’anarchisme et le féminisme. Itô Noé fait partie de ces pionnières qui osent contester l’ordre impérial et patriarcal. Sa vie illustre le parcours difficile de cette jeune génération qui tente de vivre librement dans une société autoritaire.

Itô Noé naît en 1895 dans le village d’Imajuku dans le département de Fukuoka, au sud du Japon, dans un Japon en ébullition culturel et idéologique, qui sort à peine du féodalisme. Sa classe dirigeante, depuis l’ouverture de l’ère Meiji (1868-1912) a fait le choix de s’ouvrir à l’étranger et de moderniser l’État en copiant le modèle occidental : la fondation d’un État-nation, émergence rapide du capitalisme avec l’apparition d’une classe bourgeoise qui remplace l’ancienne aristocratie, démarrage du processus d’accumulation de capital qui l’accompagne.

Dans les savoirs et les techniques occidentales qui sont importés par les Japonais et qui commencent à imprégner la société japonaise, figurent le marxisme, le socialisme, l’anarchisme et le féminisme, dont les ouvrages théoriques commencent à être traduits au début du XXè siècle et sont lus avec grand intérêt par le prolétariat japonais naissant [1].

Les ouvriers et ouvrières du Japon prennent conscience de leur existence en tant que classe sociale, et commencent à s’organiser en syndicats et en organisations politiques révolutionnaires. C’est dans ce contexte de bouleversements qu’il faut replacer le parcours de la militante Itô Noé.

Découverte du patriarcat

À sa naissance, sa famille autrefois prospère dans le commerce maritime, vit depuis longtemps dans la pauvreté et le dénuement. Sa mère travaille dans les champs et son père est ouvrier dans une usine de tuiles.

C’est à l’âge de 8 ans, en 1903, que la future militante entre à l’école primaire du village, les six ans de scolarité obligatoire n’étant pris en charge par l’Etat que depuis trois ans. Elle montre tout de suite un vif intérêt pour la lecture et les études. Un an et demi plus tard, la situation économique des parents se détériorant, Itô Noé est envoyée à Nagasaki chez son oncle. Sa nouvelle vie citadine lui permet d’avoir accès à une plus grande bibliothèque et de parfaire son éducation, dans laquelle elle démontre une grande précocité intellectuelle.

Une fois revenue dans son village natal, elle est dans l’obligation, à 14 ans, de travailler dans un bureau de poste, pour subvenir aux besoins de ses parents, bien que frustrée de ne pas pourvoir continuer ses études. Elle envoie donc des lettres à son oncle, qui a déménagé à Tokyo, pour demander à poursuivre sa scolarité dans cette ville, ce qu’il accepte.

Itô Noé a donc la chance de fréquenter une école progressiste, qui refuse d’inscrire dans ses principes le célèbre adage patriarcal japonais « Bonne épouse, mère avisée ». C’est là qu’elle étudie en profondeur la littérature, la philosophie et s’initie également aux langues étrangères, notamment la langue anglaise.

En 1912, après l’obtention de son diplôme de fin d’études, elle est contrainte de rentrer au village, puisque ses parents l’ont fiancé au fils d’un riche fermier du village, pratique de mariage forcé courante à l’époque. D’abord réticente, elle finit par accepter, espérant que cette liaison lui permette de se rendre en Amérique, où ce garçon a étudié pendant plusieurs années.

Cependant, la première rencontre avec son fiancé ne lui inspire que du mépris et du dégoût et c’est ainsi que neuf jours après son mariage, elle décide de fuir et de se réfugier à Tôkyô, chez son ancien professeur d’anglais, Tsuji Jun, avec qui elle s’est liée d’amitié pendant sa formation, choix d’insoumission dans la société conservatrice et patriarcale d’alors qui lui vaudra un reniement par ses proches ainsi que des problèmes financiers graves.

Le féminisme

C’est finalement encore son oncle, dont l’entreprise est prospère, qui prend en charge les frais de divorce. Le directeur de l’école ayant eu vent de cette affaire, décide de licencier le professeur d’anglais du fait de sa complicité dans la fugue. En dépit de la précarité économique, le couple entame une relation passionnée, libre et sans mariage, dont naîssent deux enfants, en 1913 et 1915.

C’est pendant cette période que Noé rencontre Hiratsuka Raichô, la fondatrice de la revue littéraire Seitô, mensuel « rédigé de main de femme pour les femmes », et rentre dans l’association. Ce magazine, pourtant officiellement apolitique [2], connait une grande effervescence et publie de plus en plus, notamment depuis 1913 avec l’arrivée de Noé dans le comité de rédaction, des articles politiques visant à dénoncer la condition des femmes.

Dès 1912, alors qu’elle a 17 ans, Itô Noé commence par écrire des poèmes dans cette revue, puis un récit au sujet de son expérience personnelle du mariage forcé, où elle condamne vertement cette pratique.

Les médias commencent alors à à nommer « femmes nouvelles » (atarashii onna), les militantes du comité de rédaction de Seitô, et elles se réapproprient bientôt cette appellation.

Itô Noé se consacre à la rédaction d’essais féministes, pour faire écho à celui de Raichô dans lequel celle-ci proclame : « Les Femmes Nouvelles font le vœu de détruire la morale réactionnaire et les lois élaborées pour le confort des hommes. »

Un des articles d’Itô Noé, trop virulent, pourrait avoir été à l’origine de la censure du numéro de février 1913. Elle est également critiquée avec virulence par ses collègues pour son « comportement indécent », puisqu’ouverte à de nouvelles relations alors qu’elle vit déjà en couple. Malgré ces attaques répétées, elle continue ses activités, et c’est au mois d’aôut de cette même année qu’elle découvre l’anarchisme.

Anarchisme

Divers groupes anarchistes japonais ont en effet organisé une réunion en l’honneur de l’américaine Emma Goldman (1869-1940), alors figure internationale du féminisme et de l’anarchisme. Elle se procure à cette occasion l’ouvrage de Goldman intitulé Anarchisme et autres essais et environ trois mois plus tard, traduit en japonais les trois recueils qu’il contient (« La tragédie de l’émancipation des femmes », « Mariage et Amour », « Minorités contre Majorités »).

Elle exprime alors avec ferveur, en mars 1914, dans la revue Seitô, son soutien à l’union libre, son rejet du système du mariage et de la morale qui lui est fondamentalement lié, tout en réprouvant le comportement superficiel de l’époque qui consiste à se proclamer femme libérée en portant des vêtements occidentaux au lieu des tenues traditionnelles japonaises, ou en modernisant sa coiffure ou encore en buvant de l’alcool.

Elle défend également la cause des prostituées, où elle souligne que ces femmes, rejetées par l’ensemble de la société, et issues de milieux frappés par la misère, n’ont pas d’autre solution pour manger à leur faim que de vendre leurs corps. Elle commence à être identifiée comme « socialiste » par l’État, ce qui représente un réel danger dans le Japon de l’époque, qui se fascise de plus en plus, depuis 1905 et la politique impérialiste de la classe dirigeante japonaise envers la Chine et l’ensemble de l’Asie, concrétisée par colonisation de la Corée.

En janvier 1915, Hiratsuka Raichô transfère la direction de la revue à Noé, à sa demande. La plupart des autres contributrices, issues d’un milieu plutôt bourgeois et qui se servent de la revue uniquement dans le but d’exprimer leur talent littéraire, se désolidarisent et quittent le mensuel, devenu pour elles trop contestataire et politique. Les locaux de Seitô sont transférés au domicile de Noé et son compagnon Tsuji, où ils vivent dans la pauvreté, avec leurs deux enfants.

Noé décide avec ses camarades que la revue ne portera aucune idéologie particulière, ne signifiant pas là son retrait du champ politique, mais au contraire sa volonté d’aborder toutes les thématiques, y compris celles délicates de l’avortement, de la maternité ou encore de la prostitution. Il semble que la plupart des militantes aient alors le profil de Noé : paupérisation économique engendrée par le divorce suite à un mariage forcé.

L’expérience de l’amour libre

Elle prend conscience également de l’injustice sociale liée à l’expropriation par l’État des terres paysannes, et elle se rapproche, dans la continuité logique de sa révolte contre l’ordre établi, des anarchistes, notamment d’Ôsugi Sakaé, une grande figure du communisme libertaire japonais. Ami de Kôtoku Shûsui [3], Ôsugi n’a pas été exécuté par l’État contrairement à ce dernier (pour « tentative d’assassinat de l’Empereur »), étant lui-même déjà en prison pour activisme politique au moment des faits. Il n’a donc pas pu être accusé du complot dont la répression féroce en 1911 décime le mouvement libertaire japonais.

S’appréciant et connaissant mutuellement leurs travaux, Ôsugi rend visite à maintes reprises au couple et dissimule chez eux les exemplaires censurés du second numéro du Journal du peuple (Heimin Shinbun), le nouveau journal libertaire créé par Ôsugi et ses amis.

L’année 1915 est difficile pour Noé, de plus en plus isolée dans la rédaction de la revue Seitô, tant et si bien qu’elle décide finalement de jeter l’éponge en février 1916, Seitô cessant ainsi de paraître. Elle quite également son compagnon Tsuji (qui a de son côté commencé une relation avec la cousine de Noé), et se met en concubinage avec Ôsugi Sakaé, laissant le fils aîné à la charge de Tsuji. Cette séparation se passe sans querelles, personne ne cherchant à entraver la liberté de l’autre.

Sa précarité financière ne lui permettant pas d’avoir un logement séparé de celui d’Ôsugi, elle se fait héberger provisoirement par son amant dans la pension qu’il occupe, ce qui n’est pas sans poser problème, puisqu’Ôsugi est déjà marié à Hori Yasuko et fréquente également depuis quelques mois une jeune journaliste. Souhaitant poursuivre ces relations malgré sa liaison avec Noé, et en vertu de la foi en l’amour libre que partagent Noé et Ôsugi, ils tentent d’élaborer un « pacte » en trois règles : indépendance économique, résidence séparée et respect réciproque de la liberté de l’autre (y compris celle d’avoir d’autres amants).

Mais finalement Kamichika Ichiko, la jeune journaliste, poignarde par jalousie Ôsugi à la gorge, le blessant gravement. Cette affaire, connue sous le nom de l’« Affaire de la maison de thé Hikagé », du nom de la maison de thé où s’est passé l’incident, a un écho retentissant dans les médias, qui conspuent l’anarchiste pour son immoralité, et font de cette tentative d’assassinat une démonstration de l’ineptie et de l’idéalisme du concept d’« union libre ». Itô Noé est également prise à partie et sévèrement battue par un ami proche de Kamichika. De plus, suite à la médiatisation de l’affaire, les fiançailles de la sœur d’Ôsugi sont annulées et cette dernière par déshonneur se suicide, tandis que la femme d’Ôsugi divorce.

La répression

Une fois sorti de l’hôpital, ce retrait des deux femmes, la journaliste et l’épouse, permettent au couple de vivre ensemble dans une maison de location dans laquelle naît leur fille en 1917. Leur dénuement est quasi-total. Ils souffrent du froid, mais cela ne les empêche pas d’héberger des camarades libertaires. Ils changent de domicile pour s’établir dans un quartier ouvrier où ils partagent la vie des prolétaires.

Au cours des années suivantes, ils sont contraints à des déménagements réguliers, autant pour des raisons financières que politiques, puisqu’ils sont surveillés en permanence par la police. Ils publient alors plusieurs revues libertaires et féministes, notamment Critique de la civilisation en 1918, puis Mouvement ouvrier en 1920.

Durant ces années, Noé rédige de nombreux articles militants, rencontre des ouvrières en grève et participe à la fondation de la « Société de la Vague Rouge » (Sekirankai), première organisation indépendante de femmes socialistes, créée en 1921 et dissoute en 1923.

Elle doit s’occuper également seule du foyer, ayant de nouveaux enfants, qu’elle prénomme « Emma » (en hommage à Emma Goldman), « Louise » (Louise Michel) et « Nestor » (Nestor Makhno) car son compagnon séjourne en prison plusieurs mois en 1920, pour avoir frappé un policier.

En 1922, Ôsugi est invité à participer au Congrès international des anarchistes à Berlin. Il quitte alors le Japon et se rend en France avec des faux papiers afin d’y rencontrer des anarchistes chinois, avec comme objectif la fondation d’une organisation asiatique anarchiste. Mais il est arrêté par la police française lors d’une intervention publique à l’occasion du rassemblement du 1er Mai à Saint-Denis et est finalement expulsé au Japon.

L’année suivante a lieu le Grand tremblement de terre du Kantô, qui fait plus de 100.000 victimes et dévaste de nombreuses villes, dont Tôkyô.

La loi martiale est décrétée et dans le chaos qui s’ensuit, de folles rumeurs se répandent dans la foule et donnent lieu à de véritables pogroms contre les minorités coréenne et chinoise. Profitant de cette situation de troubles, la police militaire procède à l’arrestation massive de militants socialistes, anarchistes ou communistes, qu’elle massacre. C’est une véritable hécatombe dans les rangs du prolétariat organisé.

C’est le 16 septembre 1923 qu’Itô Noé, Ôsugi Sakaé et son neveu âgé de 6 ans qui se trouvait avec eux ce jour-là sont arrêtés, puis battus à mort et sommairement étranglés dans leur cellule par un groupe de gendarmes dirigés par le lieutenant Amakasu. Leurs corps sans vie sont retrouvés quelques jours plus tard, jetés au fond d’un puits. Itô Noé avait 28 ans.

Par vengeance, deux de leurs camarades, tentent en 1924 d’assassiner ce lieutenant, mais n’y parviennent pas et sont finalement arrêtés à leur tour et condamnés à l’emprisonnement à vie. L’un se suicide en prison et l’autre meurt de maladie peu après l’annonce de la sentence.

Ce lieutenant bourreau sera condamné à 10 ans de réclusion, mais n’en purgera que trois, avant d’être réintégré à l’armée en tant que héros national après sa libération. Il se suicidera suite à la défaite du Japon fasciste en 1945.

François, Ami d’AL (Brest)

  • Merci à Marion de l’université Paris-VII, pour son mémoire s’intitule « Itô Noé, une féministe anarchiste de l’ère Taishô ».

[1] Voir la thèse de Christine Lévy, maître de conférences à l’université Bordeaux-III, « Formation de l’internationalisme prolétarien au Japon entre la fin du XIXe siecle et le début du XXè siècle ». Merci à elle pour son aide.

[2] Et de fait en rupture avec les féministes de l’ère Meiji qui luttaient pour leurs droits politiques et leur indépendance économique, à l’image de l’anarchiste Kanno Suga (1881-1911) exécutée par l’État quelques mois avant la fondation de Seitô

[3] Voir AL de mai 2008, « Un communiste libertaire au Japon : Kôtoku Shûsui »

 

13 novembre 2014 – 21:30 – Cinéma Nova :Adresse : Rue d’Arenberg 3, 1000 Bruxelles

The Punk Singer

The Punk Singer

Anderson Sini
pks2014 thepunksinger 06

Le mouvement Riot Grrrls vu à travers une de ses figures emblématiques, Kathleen Hanna, meneuse de Bikini Kill puis de Le Tigre : ses propos enragés et militants ont irradiés la scène alternative tout en faisant danser sur sa musique déjantée . C’est tout un pan du féminisme et de l’histoire du rock qui se dévoile. On croise ici Kim Gordon, Joan Jett, JD Samson, Kurt Cobain, Lynn Breddlove, Adam Horovitz… Un film puissant et renforçant. « Revolution Grrrl style now ! »

2013 / 81’ / Etats-Unis / VO : anglais / sous-titres : français / sous-titres : néerlandais / long

Trailer & Interview

 

 

 

 

 

 

Juin 232014
 
Mythe

Les amitiés sublimées de la Beat Generation

par

sur: 360°
beat

Neal Cassady et Jack Kerouac.

Entre histoire mythifiée d’une bande de potes et fantasmes libertaires, retour sur une épopée littéraire qui chamboula l’Amérique.

Par une journée claire et radieuse de 1945, sur le campus de Columbia University, quatre jeunes types à l’aube de la vie, posent, bras dessus bras dessous, dans une sorte de félicité partagée. Une photographie en atteste: il y a Jack Kerouac, costume cravate dépenaillé, clope au bec et air frondeur; Allen Ginsberg, dans un long impair crème, paupières closes, la mine tournée vers le soleil dans un air de béatitude; William S. Burroughs, la main ganté posée sur l’épaule d’Allen, complet cravate serré, chapeau melon et regard fendu d’un air aguicheur en direction de l’objectif; et enfin Hal Chase, à peine vingt ans, avec sa dégaine de Rimbaud, dont l’histoire retiendra le rôle crucial qu’il jouera dans la rencontre entre Kerouac et Neal Cassady, l’inspirateur du futur roman culte, «Sur la Route». Ce que cette photographie anonyme révèle, c’est, bien loin de l’imagerie sexe, drogues et rock’n’roll qui lui succèdera, un groupuscule d’étudiants new-yorkais liés par l’amitié. D’origines sociales diverses (milieu d’ouvrier imprimeur pour Kerouac; lettrés et militants communistes pour Ginsberg; haute bourgeoisie industrielle pour Burroughs), les trois futures figures de proue du bateau beat, partagent déjà un attrait passionné pour la chose écrite, ainsi qu’un sens aiguisé des tabous bridant la société américaine. Sens qui les portera tous trois vers des formes d’existence en marge.

Une constellation d’individus
À cette époque, la «Beat Generation» n’existe pas encore. D’ailleurs existera-t-elle autrement que comme étiquette promotionnelle ? C’est ce que suggère Allen Ginsberg dans une interview accordée au journaliste suisse, Jean-François Duval, en 1994:« Le «mouvement beat», même si on ne cesse de s’y référer et d’en parler aujourd’hui, n’existe pas, n’a jamais existé, ça n’est qu’une hallucination psychédélique des médias». Le terme fut pourtant formulé par Jack Kerouac en 1948 pour décrire un cercle d’amis au romancier John Clellon Holmes. Il faudra attendre les œuvres déterminantes («Howl» en 1956, «Sur la Route» en 1957, «Le Festin nu» en 1959) des trois auteurs emblématiques pour que la presse, et l’histoire littéraire s’en emparent. Une appropriation rétrospective de ce qui s’apparente moins à un mouvement, au sens programmatique du terme, qu’à une constellation de singularités partageant des valeurs anti-bourgeoises, libertaires, et des formes d’existence nourries par la route, les expériences hallucinatoires et l’amour libre.

Car l’Amérique de ces années-là n’a rien d’un pays de Cocagne: censure maccarthyste (la traque aux communistes fait rage à partir des années 50), racisme, homophobie, extension de la toute-puissance des lobbies et des complexes militaro-industriels, culte de la consommation. La toile de fond sur laquelle vont se jeter ces individualités avides de nouveaux rythmes est un mélange de puritanisme, d’éthique du travail et de peur atomique. Bien avant les mouvements de 1968, ces hédonistes inspirés opposent au conformisme de la société américaine des années 50, la désobéissance civile, l’éloge de la paresse et de l’errance, la franche camaraderie et la sainteté du corps. On oublie aujourd’hui le sens de la provocation qu’il fallait avoir pour se déclarer ouvertement, comme Ginsberg, «communiste et pédé», pour se laisser photographier nu à côté de Gregory Corso (poète, ami du groupe), ou pour lire le 13 octobre 1955, à la Six Gallery de San Francisco, ce poème incantatoire et révolutionnaire qu’est «Howl». Un « long tunnel noir, suintant les larmes et le sperme » écrira Christine Tysh, la biographe d’Allen Ginsberg. Un ouvrage qui, comme «Sur la route» de Kerouac, vaudra à son auteur autant de déboires (censure) que de reconnaissance auprès de ceux qui, peu à peu, vont s’identifier au style de vie que ces livres et leurs auteurs propagent.

Les sources organiques de l’art
Nous voici au coeur battant d’une aventure humaine transfigurée par l’écriture. Une écriture en prise directe sur l’expérience, où l’âme et le corps s’unissent dans un même mouvement de libération:« Les corps chauds brillent ensemble/dans l’obscurité, la main s’avance/vers le centre de la chair/la peau tremble de bonheur/et l’âme vient joyeuse à l’œil – oui, oui, c’est ça » écrit Allen Ginsberg dans un élan d’adhésion sensuelle à la matière du monde. Élégiaque et lumineuse, son œuvre est une ode à la sainteté des organes – « La langue et la queue et la main et l’anus sacrés ! » – tout autant qu’un hymne au décloisonnement:« Des pensées batifolent dans mes génitoires ».

Loin du patron romanesque classique ou de la métrique serrée, ce qui guide ces fadas de la plume et de «l’émotion pure», c’est la quête du point de rencontre entre rythme intérieur et phrasé, pulsion de vie et tempo syllabique. D’où leur fascination pour le jazz (Charlie Parker) dont Kerouac s’inspira pour donner ce «caractère spontané de l’improvisation» à «Sur la route». Véritable œuvre totémique d’une communauté, où se réfractent les péripéties relationnelles, les envolées au hasch et à la benzédrine, les jeux d’amour à trois ou à quatre, les visions hallucinées des paysages américains. Dans ce roman au flot ininterrompu, Allen Ginsberg est Carlo Marx, William Burroughs, Old Bull Lee, Kerouac lui-même, Sal Paradise.

«Neal Cassady vit de débrouille, de lectures, de plans cul»

Mais ce livre n’aurait pas trouvé sa forme flamboyante, comme jaillie d’un seul flux de conscience, sans l’énergie de Neal Cassady, qui prendra le pseudonyme de Dean Moriarty. «J’ai eu l’idée du style spontané de «Sur la route» en voyant comment ce bon vieux Neal écrivait ses lettres: toujours à la première personne, une écriture rapide, folle et pleine de détails, comme une confession». Voici ce qu’écrit Jack Kerouac à propos de son irrésistible et sulfureux ami rencontré à la fin de 1946. Charmeur athlétique au tempérament excessif, tour à tour manœuvre aux chemins de fer fédéraux, mouleur de pneus rechapés chez Goodyear, Neal Cassady vit de débrouille, de lectures, de plans cul. Écrivain sans œuvre, son talent littéraire transparaît pourtant dans ses lettres dont les éditions Finitude ont publié ce printemps un premier volume.

Sociabilité érotico-littéraire
«Un truc très beau qui contient tout» (tel est son titre) constitue la caisse de résonance des affects, des projets, des idées et des engueulades d’amis dispersés entre New-York et la côte ouest de États-Unis où vit Neal. On y découvre la profondeur et la complexité d’amitiés prises dans des imbroglios de sentiments qui feront la sève des créations littéraires à venir. Une sociabilité incluant éros et logos, et qu’illustre bien la relation entre Allen Ginsberg et Neal Cassady. Aimanté mentalement et sexuellement par la virilité solaire de ce dernier, Allen Ginsberg flashe dès leur deuxième rencontre. À la suite d’une virée nocturne bien arrosée avec Jack Kerouac, les trois acolytes vont dormir chez un ami commun. «Neal et moi, nous avons dû partager un lit, confie Ginsberg à Jean-François Duval. Je tremblais, il l’a senti et, plein de compréhension, il m’a entouré de ses bras. C’est ainsi que nous avons fait l’amour. Je ne m’y attendais pas, parce que je le trouvais très macho».

Toutes les lettres de Neal à Allen porteront la trace de ce désir sublimé. Conscient d’avoir instillé le trouble chez son ami, Neal Cassady cherche alors à préserver leur «unité psychologique» tout en la déchargeant de l’énergie érotique libérée, allant jusqu’à écrire:«je sais que je suis bisexuel mais je préfère les femmes». Leur relation épistolaire sera rythmée par ces jeux de séduction et de mise à distance dont Neal a le secret. Dans ses mémoires, Carolyn Cassady, sa seconde femme, révèlera un passage de lettre où Neal joue à l’acrobate pour tout à la fois préserver le béguin de son ami et lui rappeler l’incompatibilité de leurs désirs: «je veux devenir plus proche de toi que personne. Mais je ne veux pas manquer inconsciemment de sincérité en niant ma non-inversion sexuelle pour te faire plaisir». Désespéré, Allen Ginsberg finira par se faire embaucher sur un paquebot en partance pour Tanger, où William S. Burroughs traînera quelques années plus tard son âme damnée et ses hallucinations géniales.

Postérités
William Burroughs, qui ne s’associera jamais au mouvement beat (trop anar pour cela), voyait pourtant dans cette constellation d’œuvres et de vies un phénomène sociologique global de première importance. En dépit, ou grâce à leurs orientations différentes, ces œuvres «ont brisé toutes sortes de barrières sociales», et ouvert la voie aux revendications et aux expérimentations des générations futures. Avec des livres comme «Junkie», «Queer», «Le Festin nu», «Nova Express», «The Soft Machine», Burroughs est un inspirateur majeur de la scène underground des années 60 jusqu’à nos jours. Lui qui multiplia les expérimentations sonores avec des artistes comme Kurt Cobain, Tom Waits ou Patti Smith, et aimanta d’innombrables créateurs visuels de la culture pop. Ce pionnier dans l’usage du cut-up en littérature, fut aussi un satiriste aussi sombre qu’étincelant de l’état policier et de ses techniques de surveillance dont nous ne sommes, de loin pas, sortis.

La liste des influences et des héritiers de cette génération «battue» (un des sens anglais de beat) est longue: essor de la contre-culture, protest-songs de chanteurs comme Joan Baez ou Bob Dylan (grands lecteurs de Kerouac), mouvements hippies, mobilisations contre la guerre au Vietnam, anti-nucléaires, libération sexuelle, légalisation de la marijuana et défense des droits des homosexuels aux Etats-Unis, autant de revendications qui puisent dans l’image d’un «moi» organique, hospitalier, interconnecté au « Grand tout » cher à Ginsberg.

Mais au-delà des thèmes politiques et sociaux qui trouvent aujourd’hui une résonance particulière, ce que cette bande de potes nous lègue à travers ses écrits et ses lettres, c’est une image de l’amitié comme espace de liberté et de création. Une amitié réticulaire, vaste et contradictoire, où l’exigence côtoie l’ivresse, le poème d’amour la retenue, et où l’on peut, sans crainte, s’entendre dire: « On y va. – Mais où? – Je sais pas, mais on y va.»

Biblio:
Alain Dister, La Beat Generation, la révolution hallucinée, Découvertes Gallimard, 1997.
Carolyn Cassady, Sur ma route, Denoël&D’ailleurs, 2000.
Jean-François Duval, Kerouac et la Beat Generation. Une enquête, PUF, 2012.
Neal Cassady, Un truc très beau qui contient tout, éditions Finitude, 2014.

 

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sur : slate.fr par Annabelle Georgen

Hambourg, une nuit de l’été 1980. Armé d’un marteau, Corny Littmann, un activiste homosexuel allemand, alors candidat des Verts au Bundestag, s’attaque au miroir vissé à l’intérieur d’une pissotière du quartier de Saint-Pauli. Entouré d’une nuée de journalistes, il veut montrer les basses méthodes employées par la police de l’époque pour traquer les homosexuels.

Derrière le miroir se trouve une cache depuis laquelle les policiers peuvent surveiller tout ce qui se passe à l’intérieur des toilettes –et prendre en flagrant délit les hommes qui s’y retrouvent pour avoir des relations sexuelles. Car à cette époque, l’homosexualité est toujours considérée comme un délit passible d’une peine de prison en Allemagne.

L’action menée par Corny Littmann déclencha un scandale dans tout le pays, rappelle Der Spiegel, qui consacre une série d’articles à un phénomène tombé dans l’oubli en Allemagne: la persécution des homosexuels dans les décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. Comme l’écrit l’hebdomadaire:

«La police a mené une véritable chasse aux homosexuels dans les années 1950 et les années 1960 et faisait régulièrement des descentes dans les bars qui étaient connus pour être des lieux de rencontre gay. Des dizaines de milliers d’homosexuels ont atterri en prison dans les jeunes années de la République fédérale.»

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, malgré les crimes perpétrés par les nazis à l’encontre des homosexuels –environ 50.000 ont été condamnés entre 1933 et 1945 et plus de 15.000 d’entre eux sont morts dans les camps– la jeune République fédérale reprend le paragraphe 175 du Code pénal tel qu’il avait été renforcé par les nazis.

D’après les estimations de la fondation fédérale Magnus-Hirschfeld, créée en 2011 à l’initiative du ministère de la Justice allemand, environ 50.000 homosexuels auraient été condamnés à des amendes et des peines de prison rien que jusqu’à 1969, année où la loi a été assouplie. Mais il faudra attendre jusqu’en 1994 pour que le paragraphe 175 soit abrogé.

A titre de comparaison, l’homosexualité a été dépénalisée en France en 1982. Comme le rappelait en 2012 le magazine queer Yagg, Robert Badinter, alors garde des Sceaux, avait prononcé un discours mémorable à l’Assemblée nationale, condamnant l’article 331, alinéa 2 du Code pénal, instauré sous Pétain, avec ces mots:

«Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels comme à tous ses autres citoyens dans tant de domaines. La discrimination, la flétrissure qu’implique à leur égard l’existence d’une infraction particulière d’homosexualité les atteint –nous atteint tous– à travers une loi qui exprime l’idéologie, la pesanteur d’une époque odieuse de notre histoire.»

Contrairement aux homosexuels persécutés par les nazis, ceux qui ont été pourchassés des décennies durant par la police allemande n’ont reçu aucune réparation. La fondation fédérale-Magnus Hirschfeld s’est donc donnée pour objectif de recueillir les témoignages des victimes du paragraphe 175 afin de documenter cette période sombre de l’Allemagne contemporaine et réhabiliter les victimes.

En 1970, le cinéaste gay allemand Rosa von Praunheim avait lui aussi dénoncé à sa façon les discriminations dont étaient victimes les homosexuels avec le film Nicht der Homosexuelle ist pervers sondern die Situation, in der er lebt («Ce n’est pas l’homosexuel qui est pervers, mais la situation dans laquelle il se trouve»), provoquant un scandale lors de sa diffusion. Un monument de la conscience queer outre-Rhin.

 
Femmes et anarchistes – Voltairine de Cleyre et Emma Goldman
Lu sur Les Presses du réel : « L’égalité politique des femmes, le rapport entre mariage, prostitution et esclavage sexuel, l’action directe, la réforme de l’éducation moderne, les minorités et le progrès, les causes de la jalousie (et ses remèdes), la désillusion en Russie en 1917, la fausse démocratie, etc. : le recueil de textes, pour la plupart inédits, de deux figures de l’anarchisme féminin aux États-Unis au tournant du XXe siècle.

Dès la fin de la guerre de Sécession, les États-Unis s’affirment comme l’une des puissances clés du monde industriel et capitaliste émergeant. Incarnation du « rêve » d’un monde meilleur pour ses nombreux immigrants, le pays se construit à travers les crises sociales, identitaires et politiques qui traversent l’ensemble du monde occidental. Revenir sur cette époque à travers les écrits de Voltairine de Cleyre (1866-1912) et d’Emma Goldman (1869-1940), militantes anarchistes, permet de mettre en perspective certaines de nos problématiques actuelles.
Les textes, pour la plupart inédits en français, ont été écrits au long d’un demi-siècle crucial, entre 1880 et 1940. Ils disent l’articulation entre la critique franche de la société moderne et la redéfinition du statut des femmes. De quoi est-il question ? De sexualités, de prostitution, de mariage, de contrôle des naissances, d’amour, de jalousie, de propriété, de liberté, d’éducation, de leurre idéologique, notamment… de dissidence et de liberté surtout.
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Voir un entretien avec Emilie Notéris ici

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