Emile Chapelier et la colonie « L’expérience »

Posté par Paul sur : La feuille Charbinoise

Un petit tour chez les militants libertaires en Belgique au début du XXème siècle

Notre récente virée en Belgique m’a donné envie de m’intéresser à l’histoire du mouvement libertaire dans ce pays car elle est particulièrement riche. Un premier personnage, pratiquement inconnu en France, a retenu mon attention : il s’agit d’Emile Chapelier, un militant très actif au début du XXème siècle. L’une des « traces » qu’il a laissée dans l’histoire du mouvement social est la création de la colonie « l’expérience » dans la banlieue de Bruxelles.

EmileChapelier  Emile Chapelier devient anarchiste à l’âge de vingt ans. Contrairement à d’autres militants de sa génération, ce n’est pas en famille que se sont forgées ses convictions mais grâce à sa rencontre avec un vieux mineur anarchiste avec lequel il se lie d’amitié. Son enfance et son adolescence ont été particulièrement difficiles. Sa mère est morte alors qu’il était très jeune, et son père totalement illettré ne gagne pas assez d’argent pour qu’il puisse faire des études. Elevé par sa tante et son grand-père, il ne va à l’école que pendant une seule année. Le reste du temps il travaille pour gagner son pain ; il est tour à tour ouvrier maçon, cordonnier, puis mineur. Ses apprentissages intellectuels, il les commence donc bien tard, mais il met les bouchées doubles, suivant en cela les conseils de son ami qui lui a longuement expliqué l’importance de la connaissance dans tous les domaines. Il étudie en autodidacte et s’intéresse à l’orthographe, à la grammaire, à la philosophie et aux sciences. Ce parcours est d’autant plus remarquable que quelques années plus tard Chapelier va devenir un auteur prolifique, un conférencier apprécié, et un propagandiste acharné du communisme libertaire. Son implication dans la grève des mineurs de 1893 à Liège va lui valoir ses premières démêlées avec la police et surtout avec son employeur. On ne veut plus de lui dans la province de Liège et il doit se rendre à Bruxelles pour pouvoir travailler à nouveau. L’année suivante il est condamné à une première peine de prison pour propagande antimilitariste dans une réunion publique. Chapelier se lance alors dans l’écriture : il participe à la rédaction du journal « L’insurgé » fondé par un autre militant belge célèbre, Georges Thonar. Une fois encore, la témérité de sa plume lui vaut des ennuis avec la justice ! Le journal n’est guère apprécié, que ce soit par les partis réactionnaires ou par le très influent Parti Socialiste belge. Le jeune militant est accusé de fabrication de fausse monnaie et doit franchir la frontière et chercher refuge en France pour éviter un procès dont il a toutes les raisons de se méfier.

Experience2 La clandestinité ne lui convenant pas, il revient en Belgique et se livre à la justice, ce qui lui vaut d’être condamné à cinq années de prison. Pendant cette période il a largement le temps d’approfondir ses études. Deux ans après sa sortie de prison, en 1902, il rencontre celle qui deviendra sa première compagne et tiendra une large place dans la suite de ses aventures, Marie David. La jeune femme est issue d’une famille aussi peu fortunée que celle de Chapelier ; elle a été, au gré de ses infortunes, couturière, servante ou vendeuse. Emile Chapelier se livre alors à un intense travail de propagande et il est difficile de lister tous les lieux dans lesquels il anime débats et conférences, ainsi que tous les écrits qu’il rédige. D’illettré complet qu’il était jusqu’à sa vingtième année, Emile Chapelier est devenu un auteur prolifique. Son engagement pour le communisme libertaire est total. En 1904 se réunit à Charleroi un congrès communiste libertaire auquel participent une centaine de militants. A l’issue de cette réunion, les participants décident de la création d’une « Fédération amicale des anarchistes ». Cette organisation est remplacée en 1905 par un « Groupement Communiste Libertaire ». Emile Chapelier est présent sur tous les fronts de lutte : toutes les idées nouvelles l’intéressent et il va par exemple donner de nombreuses conférences sur l’espéranto. Il déplorait le manque d’organisation de ses compagnons anarchistes et approuve totalement la création du GCL.  Il estime aussi que le temps de la propagande par le fait (période des attentats) est révolue, et qu’il faut se lancer dans la « propagande par l’exemple ». Il est temps de montrer au peuple, de façon pratique, ce que peut donner une société anarchiste. Tant que la révolution n’aura pas lieu, il n’est pas possible de changer la société dans son ensemble, mais – pense-t-il – il est possible de constituer des ilots  de propagande : des lieux dans lesquels seront mis en pratique le plus possible les idées qu’expriment les libertaires dans leurs écrits. Les compagnons ouvriers pourront ainsi s’apercevoir qu’il ne s’agit pas de simples vues de l’esprit et qu’il est possible d’expérimenter dans la vie de tous les jours les règles fondatrices de la nouvelle société dont beaucoup espèrent encore la venue.

insurge_1896 En 1905, avec Georges Thonar, son complice du journal « l’insurgé », il décide de créer une première colonie communiste. Le projet est largement soutenu par le « Groupement Communiste Libertaire » nouvellement formé et reçoit un nom évocateur : « l’expérience ». Un premier lieu d’implantation est choisi : il s’agit de Stockel dans la banlieue de Bruxelles. Thonar et Chapelier ne sont pas les seuls à choisir cette voie, loin de là. L’idée est en vogue en Europe à cette époque et les tentatives de milieux de vie alternatifs se multiplient. Plusieurs atteignent une certaine notoriété et une durée de vie relativement longue, comme la communauté de Romainville ou celle d’Aiglemont en France, ou bien la « Cecilia » créée par les Italiens au Brésil. D’autres ne seront qu’éphémères et consumeront comme des fétus de paille ceux qui s’y impliqueront. Lorsque la « propagande par le fait » tombe en sommeil, les anarchistes se tournent vers de nouveaux horizons : pour certains militants c’est l’entrée massive dans les syndicats, pour d’autres ce sont des luttes sectorielles comme la promotion du naturisme, l’antimilitarisme ou le néo-malthusianisme. D’autres militants n’acceptent pas ces divisions et persistent à trouver une voie commune à tous pour développer les idées libertaires au sein de la société. Certaines des colonies créées à l’orée du XXème siècle ne sont alors pas seulement des milieux de vie libre, mais aussi des foyers de propagande. L’activité militante y est intense et s’ajoute aux travaux nécessaires pour assurer la survie du collectif. Aiglemont dans les Ardennes ou Stockel à côté de Bruxelles rentrent dans cette catégorie là.

Stockel_exprience Le lieu de résidence choisi par la colonie n’a rien d’un palace. Les moyens financiers limités du petit groupe fondateur permettent de louer seulement une bâtisse en mauvais état et quelques terres dans le petit hameau de Stockel. Le bâtiment est en bien mauvais état et doit être restauré pour être habitable. Chacun met la main à la pâte. Un panneau, placé en dessus de la porte d’entrée principale expose l’un des principes majeurs de la colonie, la célèbre devise rabelaisienne « Fay ce que voudras ». Parmi les principes figurant dans la charte initiale de la Colonie on trouve cette déclaration : « [La société dont nous rêvons] aurait pour base la loi de l’entraide impliquée dans la propriété commune de toutes les richesses sociales et naturelles, chaque individu ne pouvant être heureux que si le bonheur de tous est assuré ; tous travailleraient en vue du bonheur de chacun ».
Les activités des colons sont variées, d’autant que certains se lassent vite des travaux agricoles plutôt ingrats. Le théâtre tient une place importante dans leur vie. Emile Chapelier s’est lancé, entre autres, dans l’écriture et la mise en scène de la pièce intitulée « la nouvelle clairière ». Celle-ci est interprétée par les colons en de nombreux endroits et participe du travail de propagande qui a été entrepris. Tous les dimanches c’est porte ouverte à « l’expérience » et les bons bourgeois de Bruxelles peuvent venir sur place, seuls ou en famille, pour observer, comme au zoo, la vie de ce petit groupe d’hurluberlus. On se moque souvent, on admire parfois, le travail effectué. Ces ouvriers qui « se prennent pour des paysans » ne sont guère pris au sérieux par le voisinage, d’autant qu’en plus ils sont végétariens. D’autres visiteurs, plus sérieux, viennent en observateurs critiques et s’impliquent pour un temps dans le fonctionnement de la colonie. Plusieurs personnalités connues du mouvement libertaire y séjournent un temps, notamment plusieurs membres de la future « bande à Bonnot ». Le résident le plus connu est sans doute Victor Serge dont le parcours dans le mouvement révolutionnaire sera complexe (après la Révolution de 1917, il deviendra bolcheviste, puis repassera dans l’opposition en constatant de visu, en URSS, la dérive autoritaire de la « patrie du Communisme »). Voici la manière dont il raconte son premier contact avec Chapelier et ses amis :

Victor_serge « Nous arrivâmes par des sentiers ensoleillés devant une haie, puis à un portillon… Bourdonnement des abeilles, chaleur dorée, dix-huitième année, seuil de l’anarchie ! Une table était là en plein air, chargée de tracts et de brochures. Le Manuel du Soldat de la C.G.T., L’Immoralité du Mariage, La Société nouvelle, Procréation consciente, Le Crime d’obéir, Discours du citoyen Aristide Briand sur la Grève générale. Ces voix vivaient… Une soucoupe, de la menue monnaie dedans, un papier : « Prenez ce que vous voulez, mettez ce que vous pouvez ». Bouleversante trouvaille ! Toute la ville, toute la terre comptait ses sous, on s’offrait des tirelires dans les grandes occasions, crédit est mort, méfiez-vous, fermez bien la porte, ce qui est à moi est à moi, hein ! M. Th., mon patron, propriétaires de mines, délivrait lui-même des timbres-poste, pas moyen de le rouler de dix centimes, ce millionnaire ! Les sous abandonnés par l’anarchie à la face du ciel nous émerveillèrent. On suivait un bout de chemin, et l’on arrivait à une maisonnette blanche, sous les feuillages. (…) Dans la cour de ferme, un grand diable noir au profil de corsaire haranguait un auditoire attentif. De l’allure vraiment, le ton persifleur, la répartie cassante. Thème : l’amour libre. Mais l’amour peut-il ne pas être libre ».

experience-stockel2

L’amour libre est l’un des thèmes sur lequel va achopper la colonie. Il est facile de dénoncer les tares de la société autoritaire ; il est plus difficile d’échapper à une morale qui a imprégné toute une existence passée ; l’application trop stricte de principes moraux « révolutionnaires » n’est pas forcément la meilleure des méthodologies ! Les conflits entre personnes sont nombreux et empoisonnent le fonctionnement collectif du petit groupe de Stockel. Lorsqu’un équilibre est trouvé entre les principes et leur application, c’est le « monde extérieur » qui s’en mêle et génère des ennuis. Union libre, régulation des naissances, végétarisme, antimilitarisme… les thèmes de propagande sont nombreux et ne sont pas du goût des autorités religieuses ou civiles. Le 22 juillet 1906 se tient à Stockel le deuxième congrès communiste libertaire belge. Parmi les idées émises lors de cette réunion, celle de créer une Internationale Anarchiste.
Au mois d’Octobre 1906, la police fait pression sur le propriétaire du local de façon assez triviale. S’il renouvelle le bail de location, il est viré de son emploi de … garde chasse royal. Ni une, ni deux, la colonie doit déménager et chercher un local adapté à ses besoins. Un nouveau refuge est trouvé à quelques pas du village de Boitsfort, toujours dans la banlieue de Bruxelles. La maison est en bien meilleur état que la précédente, mais le terrain qui l’entoure est tout petit et ne permet plus à la colonie de chercher à vivre en auto-subsistance. Chèvres, poules ou légumes, il faut choisir. Elément positif, les anarchistes sont plutôt bien accueillis par la population locale après quelques réunions d’explication. Le propriétaire est plutôt favorable aux idées qu’ils défendent et ne se laisse pas intimider par les manœuvres de la police. La communauté édite de nombreux tracts, des brochures, présente des pièces de théâtre, anime des conférences… Mais toutes ces activités coûtent fort cher et la situation financière de « l’Expérience » boitsfortaine devient de plus en plus critiques. Les conflits entre personnes apparus à Stockel se multiplient et prennent une tournure de plus en plus sérieuse. Le couple Chapelier ne survit pas à ce contexte : Emile et Marie se séparent définitivement. Elle quitte la communauté et elle n’est pas la seule. Les effectifs, déjà réduits, fondent comme neige au soleil. En février 1908 il est décidé de mettre un terme à « l’Expérience » qui aura duré presque quatre ans.

colonie communiste Cet échec se traduit par un changement d’orientation dans les choix politiques d’Emile Chapelier. Il s’éloigne du communisme anarchiste et se rapproche du Parti Ouvrier Belge, plus modéré dans ses positions que les divers groupements auxquels il a été affilié jusqu’à ce moment. Il s’engage pour le syndicalisme révolutionnaire. En 1910 il publie un « catéchisme syndicaliste en six leçons » et devient rédacteur en chef du journal « L’exploité », journal socialiste d’action directe. Après la guerre de 1914/1918, il s’engage dans la lutte pour la Libre pensée et milite dans la Ligue matérialiste de Belgique. Chaque nouvel engagement est l’occasion pour Chapelier de se lancer dans la rédaction de nouvelles brochures, de nouveaux articles… Dans les années 20, on le retrouve dans le comité de rédaction de la revue « le Rouge et le Noir » dont le fondateur est Pierre Fontaine. Il meurt le 17 mars 1933 dans l’anonymat. Les dernières années de sa vie sont peu documentées.

NDLR – La vie d’Emile Chapelier et le fonctionnement de la colonie « l’Expérience » sont assez bien documentées. La rédaction de cet article s’appuie sur plusieurs sources parmi lesquelles un texte  de Jacques Gillen publié sur le forum Recherches sur l’anarchisme, un article de la Gazette de Bruxelles intitulé « l’Expérience » (Ce site propose une bibliographie assez complète de Chapelier), ainsi que la notice concernant Emile Chapelier sur Wikipedia.  Si le sujet des communautés libertaires vous intéresse vous pouvez vous reporter aussi à une étude qui couvre l’ensemble des tentatives ayant eu lieu en France.
Les illustrations utilisées proviennent des sites « Cartoliste », « Belgique Insolite » (dernière image), et Wikipedia pour le plus grand nombre.

 

Le Ungdomshuset (maison des jeunes, en Danois), précédement “Fokets Hus” (maison du peuple) était situé au 69 de la rue Jagtvej, à Norrebro, en plein dans les quartiers populaires de Copenhague. Il a longtemps été un point névralgique de la lutte sociale, accueillant autrefois Lénine ou Rosa Luxembourg de passage dans la capitale pour les meetings de l’internationale des travailleurs. Resté plus ou moins à l’abandon à partir des années 50, le lieu est récupéré par le mouvement squat dans les années 80. S’y développe alors toute la culture DIY, les concerts punks, les réunions des autonomes… Mais malgré la détermination des occupants, l’obstination de la mairie de Copenhague vint à bout de la résistance en 2007 : lieu a été évacué, les derniers récalcitrants arrêtés et le bâtiment réduit en miettes. Le film retrace les derniers mois de la lutte pour le maintien de cet endroit exceptionnel ; entre tentatives avortées de négociation, ouvertures de nouveaux squats et émeutes sans précédent dans la capitale danoise.

Cette soirée sera aussi l’occasion de discuter de la situation actuelle à Copenhague, de l’état des luttes autour du logement, de la spéculation immobilière et des lieux autogérés.

Projection du documentaire “69″, sur l’expulsion du Ungdomshuset à Copenhague

jeudi 27 mars 2014 19:30

lieu : Biblibre
adresse : Avenue Buyl 131, 1050 Ixelles

par Les BibLibertaires

 

 http://www.ueeh.net/

Rapports Inter-Générationnels dans nos luttes et nos mémoires LGBTQI : Quels liens ? Quels oublis ?

Cette année, le colloque des UEEH (Universités d’Eté Euro-méditérranéennes des Homosexualités) se penchera sur une réflexion transgénérationnelle autour de l’histoire et de l’évolution de l’activisme LGBTQI. Nous recherchons des intervenantEs provenant du tissu associatif, chercheurEs mais aussi militantEs, artistEs LGBTQI. C’est un thème extrêmement vaste, et nous pouvons penser ensemble à quelques focus :

  • l’agisme et les rapports inter-générationnels des personnes LGBTQI : comment se parler ? Créer du lien, des ponts entre les générations ? Apprendre entre les générations ? Quelle différence ? Quelles similitudes ? Quelle sexualité ?

  • La vieillesse chez les LGBTQI : l’amour, la retraite et les solidarités envers les personnes plus agées, la précarité, les problèmes d’héritage, etc. qu’est-ce que la vieillesse transgenre ?

  • Notre mémoire : la « révolution sexuelle », la Déportation, transmission, archives, histoire des UEEH.

  • Le SIDA et son impact : quelles structures et quels soins ? Quel accompagnement des séropositifs plus agés ?

  • La montée du fascisme : quel apprentissage des personnes qui ont des expériences plus longues ? Les problèmatiques d’immigration homosexuelle ?

  • La reproduction éthique (PMA, GPA, adoptions,…) et les  »familles queers »

  • L’évolution du langage (genre, queer, féminisme, etc.)

  • La mixité ou/et le manque de mixité LGBTQI à différentes périodes.

Ce colloque aura lieu le Samedi 26 Juillet 2014 dans une grande salle à Marseille (après-midi et soirée). Il sera sans doute suivi par une journée « after-colloque » à Luminy le dimanche 27 Juillet, sous forme d’ateliers de discussion afin de développer les thèmes évoqués lors du colloque et ceux non-évoqués. Par exemple, il y aura une invitation à un atelier sur l’histoire des UEEH.

En tant qu’organisateurices des UEEH, ce thème de l’inter-générationnalité nous tient à cœur car les Universités existent maintenant depuis plus de trente ans et ont énormément évolué, soutenant les différentes démarches des activistes volontaires pour organiser cet événement. Nous ne pouvons que constater une réduction des personnes plus agées présentes et nous souhaitons nous remettre en question sur l’image des UEEH et sa diversité. La mémoire des luttes est importante, plus particulièrement à cette époque où des droits se créent (le droit au mariage gay et lesbien, la place de l’Identité de Genre dans des textes légaux et le suivi des personnes trans) et d’autres continuent d’être violemment brimés (la PMA, les remboursements des soins trans associés à la psychiatrisation, les refus de financement des associations de minoriséEs, etc.), une époque où les homophobies se rendent nettement visibles et où nos espaces de liberté et de visibilité tendent à se réduire… en entrant dans un fonctionnement de plus en plus commercial et normatif de « la » communauté LGBT, jetant nos corps dissemblables hors du chemin…

Par ce colloque et nos discussions, nous espérons créer du lien entre nos histoires, rompre les barrières de l’âge ou du vocabulaire, pour pouvoir créer des solidarités intergénérationnelles et internationales, et ainsi solidifier notre mouvement et nos identités avec le respect de nos différences.

Pour introduire notre thème, nous pensons projeter en amont, et parmi d’autres, les films « Les Invisibles » de Stéphane Lifshitz (France, 2013), « Nitrate Kisses » de Barbara Hammer (USA, 1992), « Eagora?Lembra-me » de Joaquim Pinto (Portugal, 2013). Egalement, dans le cadre d’une pensée saferspace, il y aura des ateliers d’autodéfense spécifiquement adressés aux personnes fatigables et handis queer, dans une perspective inter-générationnelle.

Nous serions heureuxSES de recevoir vos propositions d’interventions sur ces sujets, et toutes vos idées set vos aides ont les bienvenues ! N’hésitez pas ! Que ce soit sous forme d’interventions au colloque (entre 15 et 30 minutes), de témoignages (entre 5 et 15 minutes), ou de propositions d’ateliers pour l’« after-colloque »… Et aussi : en format vidéo, audio, plastique, sérigraphie !! On les montrera !

Les propositions peuvent être envoyées par mail à educpop@ueeh.net avant le 30 Mai 2014, les auteurSEs des propositions retenues seront informéEs au plus tard le 16 Juin. Les textes des communications retenues pourront être envoyés avant le 18 Juin 2012, afin de permettre la mise en place de la traduction (Traduction simultanée, interface LSF sous réserve). Les actes feront l’objet d’une publication sur le site des UEEH.

~ La commission colloque des UEEH ~

(BienvenuEs aux UEEH du 17 au 30 Juillet 2014)

 
Une histoire du mouvement punk rock

Lu sur le blog de zones subversives : « La culture punk semble désormais muséifiée. Selon les journalistes et autres experts en tout genre, le punk a disparu. C’est juste la bande sonore de la jeunesse révoltée des seventies. Pire, la contre culture punk s’est tellement intégrée au capitalisme que son état d’esprit jeune et rebelle devient le moteur des nouvelles formes de management. Jusqu’à Mathieu Pigasse, le « banquier punk » proche du PS. Au contraire, Bruno Blum s’attache à faire revivre la révolte punk et souligne son originalité dans un livre récent. Sa présentation synthétique des groupes punks permet de comprendre leur originalité.

Lire la suite ici

 

l est essentiel que nous connaissions notre passé, surtout lorsque le nationalisme (même bien déguisé) refait surface chez nous comme ailleurs.

Faites circuler pour la dignité et la mémoire des Congolais.

 

 
Queer Maroc

Queer Maroc

Sexualités, genres et (trans)identités dans la littérature marocaine
Jean Zaganiaris, Queer Maroc. Sexualités, genres et (trans)identités dans la littérature marocaine, Paris, éditions Des ailes sur un tracteur, 2013, 372 p., Postface d’Arnaud Alessandrin, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, les auteur.e.s de la Transyclopédie, ISBN : 978-1-291-61695-8.
Notice publiée le 22 janvier 2014

Présentation de l’éditeur

Depuis longtemps, le sexe est perçu comme l’un des grands tabous des pays islamiques. Pourtant, la sexualité est évoquée dans de nombreuses productions culturelles du monde arabe. A partir de l’étude des discours oraux et écrits d’écrivain.e.s, il s’agit ici de rendre compte de la place des sexualités, des genres, des identités trans et queer au sein de la littérature marocaine.

Loin d’un exotisme littéraire, c’est un miroir que tendent les artistes aux sociétés. Les formes de vie hybrides et métissées viennent faire contrepoids aux différents normativismes identitaires, les œuvres littéraires marocaines mettent la lumière sur quatre grands enjeux politiques : le renversement des rapports de domination des hommes sur les femmes ; la présence d’une sexualité hors mariage déculpabilisée à l’égard du sentiment religieux ; la force du désir homosexuel ; la beauté des corps transidentitaires. Rompant à la fois avec les postures culturalistes et néo-colonialistes, cet ouvrage entend restituer sociologiquement et philosophiquement – donc sans tabou – les représentations plurielles de la sexualité, du genre et de l’identité au sein des productions littéraires marocaines.

Où l’on découvre ou décortique les images, miroirs et personnages proposées par les auteurs marocains : Driss Chraïbi, Badia Haj Nasser et Lamia Berrada Berca, Mamoun Lahbabi, Abdellah Taïa et de Mohamed Leftah, Fatima Mernissi, Rajae Benchemsi, Stéphanie Gaou et de Valérie Morales Attias, Ghita El Khayat et Chrysultana Rivet, Siham Bouhlal, Rajae Benchemsi et Siham Benchekroun, Mohamed Choukri et El Mostafa Bouignane, Mohamed Nedali, Baha Trabelsi, Tahar Benjelloun, Ghita El Khayat, Abdelkébir Khatibi et Bouchra Boulouiz, Hicham Tahir…

Auteur

Jean Zaganiaris

Enseignant-chercheur au CERAM/EGE Rabat, il est l’auteur de Penser l’obscurantisme aujourd’hui, Casablanca, Afrique orient, 2009.

 

Faites tourner!!!

Appel à contribution

DÉGAINEZ VOS STYLOS !

timult prépare sa 8ème (a)parution (en septembre 2014, yeah!).

Comme toujours, ça bouillonne dans nos ganaches… on veut partager avec vous certaines des questions qui nous traversent et qu’on trouverait intéressantes à aborder dans des écrits :
– Le capitalisme industriel, les sciences, les technologies et le monde qui va avec : Comment développer une critique anti-industrielle sans être réactionnaire ? Pourquoi je rêve d’une révolution des cyborgs ? Pourquoi j’aime marcher pieds nus dans l’herbe mais que la “Nature” me fait gerber?
– Quelles mixités ou non-mixités dans nos luttes ? Est-ce que la mixité est souhaitable ? Quelles alliances former et comment ? Pourquoi certaines luttes sont blanches (sans vouloir l’être) ? Retours sur expérience.
– L’autodéfense féministe, entre outil d’émancipation et instrument de politiques et idéologies racistes, sécuritaires, classistes… entre analyse collective et structurelle et élément de développement personnel. Nos idées, expériences, craintes.
– Les séries télévisées : refuge des idées subversives ou guet-apens ?
– Parlons d’urbanisme, de modes de vie et des luttes qui vont avec ;
– Le comment et le pourquoi des choix d’a/sexualité ;
– Récits de frontières ;

Ou encore plein d’autres trucs, ce qui vous intéressera

timult souhaite être un espace où débattre, critiquer, alors envoyez-nous vos retours, textes apportant d’autres points de vue sur des textes publiés dans le n°7, coups de gueule, réactions…

toutes sortes d’écrits sont les bienvenues : des BD, des textes de slam, des textes hors-norme et hors-format, des rébus, des analyses, des récits, des nouvelles graphiques, des mots croisés ou fléchés, des blagues… enfin tout ce que vous pourriez avoir envie d’écrire ! On est aussi ravi.es de contributions graphiques : photos, dessins, peintures, séries de gribouillages…

Comme d’habitude, il n’y a pas nécessité à rester seul.es face à l’écrit: contactez-nous si vous avez envie d’un processus d’écriture plus collectif ou partagé et nous verrons ce que nous pouvons inventer ensemble (coups de main, atelier d’écriture, binôme de travail, interview, discussion…). N’hésitez pas à nous faire part de vos projets et/ou envies, d’idées de textes ou d’images, d’ébauches de pensées que vous voudriez partager, ou voir prolonger dans l’écrit…

Femmes, lesbiennes, trans, gouines et autres monstres, produisons donc de l’écrit politique qui fait réfléchir, avancer et lâchons-nous !

Nous aurons besoin des idées et textes – en version presque finalisée ou au stade de prise de note – pour le printemps. Faites-nous signe avant le 15 avril.

Chaleureusement, timult…

Faites passer le mot

https://timult.poivron.org/07/

 

Do It Yourself de Fabien Hein, Autodétermination et culture punk

displayFabien Hein est maître de conférence à l’Université de Lorraine et chercheur au laboratoire lorrain de sciences sociales. Il a publié Ma petite entreprise punk et Sociologie du système D. Avec Do It Yourself, il nous livre un ouvrage essentiel (édité au Passager Clandestin en 2012) pour comprendre et jeter un éclairage sur l’histoire, la culture, l’idéologie et les paradoxes d’un mouvement. Le punk apparaît en 1971 à New York. En 1976 Il est exporté en Grande Bretagne qui en devient alors l’épicentre.

« Il faut choisir, se reposer, ou être libre. » (Thucydide)

Cela doit paraître étrange de citer Thucydide en ouverture d’un livre sur le Punk, au lieu de citer des extraits de paroles des Sex Pistols ou des Ramones. Mais ce n’est pas si étrange que ça. Si en France nous n’avons retenu que le folklore et les clichés du mouvement, Fabien Hein nous fait vite comprendre, et ce dès les premières pages, que nous n’avons rien compris au Punk. Quand on entend le mot Punk, on pense à tous ces singes surexcités et braillards qui en fait viennent ternir l’image et l’idéologie du mouvement. Alors que les vrais punks sont Henry David Thoreau, Gustave Courbet, Edward Abbey, ou Penny Rimbaud. Il est important de savoir que le punk existait avant que la scène punk existe. Il est important de savoir que le Punk, Do it Yourself, est une invitation à prendre les affaires en main, et à voler de ses propres ailes. A faire avec les moyens du bord, et ouvert à tous.

« Ëtre punk ne se décrète pas. Ëtre punk se vit. Concrètement. Sans différé. Sans l’aval de quiconque. Par l’engagement et par l’action. Avec l’autonomie et l’indépendance pour horizon. L’émancipation pour élan. Et l’autodétermination pour tout bagage. En cela, la culture punk est bien davantage qu’une musique. Elle ouvre les possibilités, dresse des perspectives, donne du sens, offre un mode d’existence positif, encourage la créativité »

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On est loin du cliché No Futur crié par les Sex Pistols. On est loin de la violence, des drogues et de l’alcool, des punks-à-chiens semi-clochards, de la destruction et de l’auto-destruction. La pratique punk c’est construire, apprendre, expérimenter, bricoler, créer, participer, réfléchir, imaginer, mobiliser, rêver, coopérer, connecter, innover…

Comment faire tout ça si on est totalement défoncé ? Voilà un premier cliché qui vole en éclat, et qui est issu du triptyque « Sex, Drugs and Rock n’roll » véhiculé par des junkies comme Sid Vicious, Dee Dee Ramones et bien d’autres… Flex your Head (Sers toi de ta tête) est le rejet des cerveaux ramollis par les drogues, le rejet de l’auto-destruction. C’est l’importance de la lucidité des actes, le Positive Mental Attitude, lancé par des groupes comme Crass, Minor Threat, ou Bad Brains…

Le mouvement punk meurt avec les signatures des Sex Pistols et des Clash dans des majors (1976-1977). Punk is Dead (Crass, 1978). Apparaissent alors 2 logiques contradictoires : ceux qui signent dans des majors, et ceux qui restent indépendants. Certains, comme Henry Rollins, défendent leurs signatures par la stratégie du Cheval de Troie, être à l’intérieur du système pour le faire exploser. D’autres se défendent en disant qu’enfin, grâce à leur signature, ils vont pouvoir se consacrer exclusivement à la musique et quitter leurs petits jobs minables. Les arguments sont légitimes, toujours est-il que le punk est rattrapé par la société de consommation, devient un véritable produit, un véritable outil promotionnel des grandes marques qui véhiculent des modèles économiques dissonants. Un véritable revival lucratif : Contestation-Récupération, Skate-punk, Vans, Think Different… Et l’expression parfaite de cette Me Decade, la décennie du « moi, moi, moi » qui souligne la tendance au recentrement sur soi où l’irrévérence et la provocation constituent les meilleurs atouts pour se dégager du lot, pour devenir des stars…

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Mais la valorisation d’une démarche à caractère non-commercial, et de l’indépendance trouve aussi sa légitimité et sa réussite, et permet d’entrevoir de nouvelles possibilités d’existence. En septembre 1993, le groupe Fugazi a atteint le sommet de sa popularité. Le groupe est courtisé par toutes les multinationales du disque qui leur offrent tout « ce qu’ils veulent ». Mais Fugazi n’est pas à vendre. Ils déclinent toutes les offres, et justifient leur démarche : « signer avec une major aurait été la plus stupide et la plus autodestructrice des choses à faire. Cela n’avait aucun sens pour nous. Dès le moment que vous signez avec une major vous devenez un investissement dont on attend des retours. Il n’y a pas quelque chose de mal ou de bien là-dedans. Mais nous ne sommes pas intéressés par l’idée d’être instrumentalisés pour les besoins de quelqu’un qui doit faire du fric. Au final, il nous semble plus intéressant de rester un groupe punk-rock ultra-indépendant. ».

Fugazi a fait de l’indépendance une valeur et une condition nécessaire de sa liberté de création. C’est l’un des rares groupes à avoir réussi à être connu tout en restant indépendant et fidèle à l’éthique Do It Yourself.

Le Punk est donc un refus affirmant que tout est possible. C’est le refus d’abandonner son sort aux mains de l’industrie culturelle ou d’un quelconque système politique. C’est l’autodétermination qui renouvelle la possibilité d’une prise sur le monde en réaffirmant les potentialités créatives de l’Homme. Sans répondre aux impasses de la société contemporaine, la pratique punk ouvre la voie à d’autres formes d’engagement et d’action collective.

La révolution ne consiste pas en une révolte contre l’ordre existant, mais dans la mise en œuvre d’un nouvel ordre contraire à l’ordre officiel…

« Sentiment sans action n’est que ruine de l’âme » (Edward Abbey).

Fabien Hein, Do it Yourself, Autodétermination et culture punk, édition Le Passager Clandestin, mai 2012

 

Penser le savoir queer avec et sans Foucault

Mardi 12 Novembre, 18h

Bruxelles

ULB, Institut de Sociologie, Salle Henri Janne (15ème étage)

 

Abstract
Au moment où elle irrigue les espaces académiques en études genre et sexualité, la théorie queer est souvent considérée comme l’héritage laissé par Michel Foucault, et notamment par ces réflexions sur le sujet et le pouvoir. Pourtant, une généalogie de la théorie queer en tant que « politique de l’expérience » reste encore à faire. Autrement dit, si la voie foucauldienne du queer a été et est encore très amplement discutée et travaillée, la voie expérientielle du queer telle que formulée dans les productions politiques et poétiques de Guy Hocquenghem, Mario Mieli, Monique Wittig et Teresa de Lauretis, notamment, demeure une région inexplorée des études sur le genre et la sexualité. Comment alors saisir la mise en discours du queer comme expérience ?
Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, en pleine épidémie du sida, un groupe de personnes soucieuses de faire œuvre de témoignage et de mémoire historiques lance une grande enquête nationale en Grande Bretagne, la National Lesbian & Gay Survey. Cette enquête (N=250) a permis de recueillir des documents autobiographiques et réflexifs particulièrement riches de gays et de lesbiennes produisant un savoir ancré dans l’expérience et le vécu de leur homosexualité. Ces discours donnent à voir une forme expérientielle d’un savoir qui se définit alors comme queer et qui ouvre sur une autre histoire de la théorie queer. Il s’agira ici, dans une approche généalogique de saisir le fondement expérientiel du queer, avec et sans Foucault.

Biographie
Massimo Prearo est docteur en Études Politiques de l’EHESS (Paris). Sa thèse sur la construction d’un mouvement inter-associatif LGBT en France sera publiée prochainement. Il a travaillé pendant quatre ans au Centre LGBT de Paris, où il a réalisé des recherches approfondies sur l’histoire et l’actualité du mouvement français. Il est également traducteur de l’ouvrage de Mario Mieli, Éléments de critique homosexuelle, Paris, EPEL, 2008, et rédacteur en chef de la revue Genre, sexualité & société. Il a été Visiting research fellow à l’University of Sussex au Centre for the Study of the Sexual Dissidence et est actuellement Marie Curie Fellow à l’Université de Vérone, où il conduit des recherches sur les mouvements LGBT italiens.


Pour plus de renseignements, contacter:

Cathy Herbrand (FNRS/ULB)
David Paternotte (FNRS/ULB)

 

vendredi 15 novembre 2013 à 20h00

lieu : Salle Molière
adresse : Rue d’Aumale, 2, Anderlecht

Une adaptation inédite de « La Kahina ou Dihya » de Kateb Yacine

Un hommage à la femme au travers du personnage historique qu’est la Kahina ou Dihya, mais également un appel à la résistance, à l’image de la volonté de Katek Yacine.
Certains penseurs disent que c’est une des premières féministes bien avant le Moyen Âge et une des premières reines guerrières de l’Histoire.

On notera quelques propos de Dihya :
« Ils s’étonnent de vous voir dirigés par une femme. C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves. Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux, la plus belle fille n’est que marchandise. Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. » On comprend mieux d’où vient son surnom « La Kahina… » (voir :http://fr.wikipedia.org/)

Huit comédiens dont une musicienne, vous racontent cette histoire, un moment de grande intensité !

Interprétation : Seloua M’Hamdi, Marwane El Boubsi, Ossyane El Hassouni, Thimothy Fildes,
Aurelio Mergola, Samira Draa, Annette Gatta, Karine Germaix.
Production : Yapluka… asbl

A 20h, Salle Molière, rue d’Aumale, 2 – 1070 Anderlecht (Place de la Vaillance)
Réservation indispensable : 02/528.85.00 – http://www.escaledunord.net/
Tarif : 10€, 7,5€ (abonnés), 6€ (-12 ans), 1,25€ (Art27)

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