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Et voici ma réaction : (je n’avais droit qu’à 1000 caractères pour y répondre sur indymedia…)

Je ne connais aucune des personnes impliquées dans cette histoire, je viens de Bruxelles, je n’ai donc aucune « concurrence politique » ou « conflits interpersonnels » à régler à travers mon intervention.

J’en ai ras-le-bol que des mecs hétéros blancs qui se prétendent anarchistes n’aient aucune vision ni analyses de la société en tant que classes sociales pas seulement économiques (race-sexe-genre-+++). « Paco n’est ni un flic, ni un patron, ni un facho, ni un militant de l’UMP ou du Parti Socialiste. ». Ben non, Paco est un MEC! C’est quand-même fou qu’après 50 ans de féminisme, vous ne soyez toujours pas capables de réfléchir en ces termes! Et un mec pédé reste un mec, avec une éducation de mec, une culture de mec et des pratiques de mec! Le viol est l’appropriation sans consentement et (parfois) avec violences du corps de l’autre. Et ça, c’est un truc de mec, qu’il soit pédé ou hétéro.

Ce qui m’énerve dans ton texte c’est que tu ne parles pas une seule fois du viol. T’es dans un déni complet de ce qui est reproché à ton pote, par contre tu divagues sur les suspicions d’appartenir aux keufs, sur du « spontanéisme » ou des « calomnies toutes plus délirantes les unes que les autres »… Serait-ce de nouvelles expressions parisiennes pour parler de viol? Il est temps qu’on se mette à jour en province! Tu sous-entends aussi que son exclusion serait liée à son homosexualité et pas au fait qu’il ait VIOLÉ un mec. En gros, tu fais de la solidarité avec ton camarade de classe, mais de classe dominante cette fois-ci, pas celle des anarchistes, non, non, pas celle des pédés, non, celle des HOMMES.

Le viol est partout, tout le temps, il est une condition d’existence de l’hétérosexualité en tant que régime politique c’est à dire qu’asservissement d’une classe sociale par une autre. Il est souvent tu, discret, il se passe dans l’intimité d’une chambre à coucher, d’une salle de bain, d’une salle de concert vide, dans une toilette, un lit, un canapé, derrière un bar. Il se passe entre amants, entre amis, entre connaissances, dans la famille. Puis il y a le viol spectaculaire, celui qui se passe à trois heures du matin dans la ruelle sombre d’une cité, par une bande d’arabes et de noirs. Celui-là est largement médiatisé, dans tous les milieux, c’est celui qu’on aime montrer comme dysfonctionnement, la bête noire du tellement-égalitaire rapport hétérosexuel (et si le dysfonctionnement est raciste, c’est encore mieux : les blancs ne sont pas des violeurs!). L’autre, le viol « ordinaire », devrait être analysé comme systémique, le ciment de la construction de la classe des hommes, la pierre angulaire du rapport hétérosexuel, alors il est occulté, caché, même dans notre avant-garde militante : les anarchistes!

Ton avis sur les groupes militants est carrément à côté de la plaque (tout le paragraphe sur la dérive sectaire et le reste!). Je ne crois pas qu’on fasse partie du même univers. Je ne sais pas qui tu fréquentes mais tu ferais peut-être bien de sortir de Paris pour voir ce qui se fait ailleurs. Et la loi du silence à laquelle je suis le plus souvent confrontée c’est à celle qui entoure les viols et les agressions racistes, sexistes et homophobes dans les milieux anarchistes (et dans tous les autres milieux d’ailleurs).

Pour terminer, j’aimerais revenir sur l’exclusion en tant que stratégie « faute de mieux ».
Dans le premier paragraphe, tu parles de l’exclusion comme d’une pratique totalitaire. Dans le deuxième paragraphe, tu dis que ce n’est pas l’exclusion en elle-même que tu critiques mais les raisons qui y ont conduit dans ce cas-ci. (Faut te mettre d’accord avec toi-même!)
Vu ce flou artistiquement accompli autour de la notion d’exclusion, un peu de clarté s’impose.
Tout d’abord, exclure quelqu’un n’a rien à voir avec des mécanismes totalitaires. Eux, ils enferment les dissidents ou les inadaptés (ou les butent). Il y a quand même une sacrée différence entre fermer une petite porte à quelqu’un qui a le monde pour se promener (je suppose que ton ami a les bons papiers?) et enfermer quelqu’un derrière une grande porte qu’il ne pourra plus jamais franchir sans l’aval des institutions ad-hoc… Arrête de victimiser ton pote, c’est insultant.
Ensuite l’exclusion d’un agresseur n’a pas vocation punitive ni curative. Cette pratique a pour but de créer des espaces safe pour nous touTEs, des espaces d’où on tej nos oppresseurs. La vocation pédagogique, ce n’est pas à nous de l’assumer, c’est à vous : l’entourage, les potes. Et c’est pas en niant les fonctionnements pourris de vos amis que vous leur permettrez de changer.
Les lieux qui prennent le parti des personnes agressées sont rares, c’est plus facile de ne pas croire quelqu’unE qui « out » son viol que de remettre en cause quelqu’un (un mec) qui a une place de choix dans la hiérarchie sociale anarchiste ou alterno. C’est plus facile de se demander qui ment et qui a raison, de se sentir légitime à demander pleins de détails sur l’histoire, des justifications, de se proclamer juge et avocat pour l’occasion, de décider d’une date de prescription des faits, accoudé au bar, plutôt que de remettre en cause un ordre social qui imprègne aussi nos milieux si politisés, plutôt que de remettre en cause nos propres fonctionnements.

Vous avez le monde pour vous, alors arrêtez de couiner comme des chiots quand certains espaces ne vous sont plus accessibles à cause de vos comportements de keums.

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