Je veux bien qu’on se voit, mais je suis vénal : la prostitution masculine.

 

Je suis vénal.

Tu payes ?

100 euros, je te laisse me sucer.

Si vous êtes un homme et que vous fréquentez les sites de rencontre pour hommes, vous avez peut-être déjà reçu ce genre de réponse. Il faut dire que depuis l’avènement du world wide web, les mecs qui se prostituent ont déserté nos rues pour se cantonner presqu’uniquement à l’Internet. La prostitution masculine existe depuis la nuit des temps. Elle a évolué avec la technologie. Elle est surtout bien plus multiforme qu’on ne le croit.

Il y a 20 ans, à Liège, des hommes et des adolescents se prostituaient Place de la république française, nous raconte Benjamin, éducateur de rue. Aucune asbl ne travaillait avec ce public-là. C’est pour ça qu’en 1991, Icar-Wallonie a été créée.

A l’époque, l’Internet n’existe pas. Le tapin se fait en rue, que l’on soit homme ou femme. Et les besoins des travailleurs du sexe sont criants : préservatifs (et éventuellement info sur les IST), lubrifiant, aide sociale ou administrative, soins de santé,… Icar-Wallonie décide de mettre le pied à l’étrier et va sur le terrain.

On accompagne les personnes dans leur projet de vie, explique Benjamin. Nous, on fournit de l’aide à celles et ceux qui en souhaitent. Aux autres, on montre qu’on est là et qu’ils peuvent compter sur nous.

C’est le leitmotiv de l’asbl : pas de dirigisme. La philosophie d’intervention d’Icar-Wallonie, expliquée dans les statuts de l’organisme, est basée sur la reconnaissance que la personne prostituée est une citoyenne à part entière et qu’elle a le droit d’être entendue. L’association aide indifféremment les personnes qui souhaitent sortir de la prostitution comme celles qui souhaitent en faire leur métier.

Et ça marche. Le nombre de personnes de contact sur le terrain se multiplie : des prostitué-e-s, des clients, des poteaux (des gens du quartier), des ex-prostitué-e-s. Et un véritable service d’aide sociale est mis en place.

Au début des années 2000, un changement s’opère. Des travaux sont entrepris place de la République française et de plus en plus de clients potentiels ont accès à un ordinateur avec une connexion Internet. Petit à petit, la prostitution masculine va investir les sites de rencontre : Gayroméo, Gaypax, Gayonline, gay.be, Gaydar et plus tard Grindr.

A Bruxelles, au parc royal, on trouve encore de la prostitution masculine extérieure. A Liège, c’est presque fini, poursuit Benjamin. On doit adapter nos méthodes aux nouvelles technologies.

La prostitution a toujours été multiforme. De l’étudiant bourgeois qui propose des fellations tarifées pour se faire de l’argent de poche à l’immigré roumain de première génération qui a besoin de se prostituer pour survivre, le continuum des profils des prostitués se décline à l’infini.

Ceux qui ont accès à l’Internet ne sont pas les plus à plaindre, probablement. Sous-vêtement Calvin Klein, t-shirt Abercrombie,… sur le web, de nombreux adolescents roulent des mécaniques pour se donner au plus offrant. Souvent sans prendre la peine de créer un profil escort, trop voyant.

On discute avec pas mal de jeunes hommes qui se prostituent jusque 30 ans. Après, ils arrêtent. Mais on doit encore développer les contacts dans les lieux de sortie gays ou gay-friendly, continue Benjamin. Dans certaines villes, les saunas gays ou bi, les cinémas porno et les bars avec backrooms offrent une discrétion suffisante pour les prostitués et leurs clients.

La prostitution féminine quant à elle n’a pas suivi cette tendance. La précarité de certaines femmes et les liens avec la toxicomanie sont beaucoup plus présents. Et beaucoup de prostituées ne se sentiraient pas en sécurité en travaillant sur le web. Elles préfèrent la sécurité relative de la vitrine ou au moins le contact visuel direct avec le client, conclut Benjamin.

Loin des positions abolitionnistes qui agitent la France, l’approche holistique et pragmatique d’Icar-Wallonie a permis d’obtenir la confiance de nombreux hommes et femmes dont la prostitution est une source de revenu. Et les services proposés diminuent d’autant la précarité de ce public qui, quelques fois, en a bien besoin.

 

Vincent Bonhomme

Coordonnées :

Antenne de Liège :

Rue Tour-en-Bêche, 2A à 4000 Liège

Tel : 04 223 18 26

GSM : 0499 388 846

 

Antenne de Seraing :

Rue P. De Marnix, 184 à 4100 Seraing

GSM : 0496 214 305

 

http://www.icar-wallonie.be/

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