Un autre monde. Un monde où l’argent ne serait pas le médiateur universel. Un monde où l’on pourrait survivre, et vivre, sans avoir besoin de toujours se confronter au mur des marchandises et de la marchandise par excellence qu’est l’argent. Un monde où l’important serait les humains, leur temps, leurs énergies, et pas leur travail, leurs possessions, leur fric.
Un monde comme ça paraît lointain. Dans le monde d’aujourd’hui, tout passe par la médiation de l’argent. Et on nous enseigne qu’il en sera toujours ainsi. Au mieux, on nous parle de troc, d’échanges de savoirs, de monnaies fondantes, de prix libre. Quand il est question de gratuité, c’est soit pour nous vendre un deuxième baril de lessive, soit dans des « zones de gratuités », fort sympathiques mais qui ne font que recycler le surplus des marchandises qui partiraient à la benne ou chez Emmaüs.
Un autre monde adviendra peut-être un jour, après une longue évolution ou après une Révolution sanglante. On ne sait pas. On verra. Mais : nous, on n’aime pas attendre. Nous sommes impatient-e-s. Nous n’attendrons pas cette longue évolution ou cette Révolution sanglante. Peut-être y prendrons-nous notre part, mais nous voulons vivre pendant notre vie, pas après notre mort.
Nous en avons assez de l’argent et de son omniprésence. Parce qu’il fausse les rapports, court-circuite les débats, se substitue à la valeur des objets, et s’immisce dans nos tête comme unique culture.

La quatrième compilation taenia solium vient donc de sortir, après quelques mois de soins attentifs et intensifs de notre équipe. La quatrième compilation taenia solium, c’est un disque gratuit, qui circule selon les codes flous du cadeau ou du potlatch. C’est un disque qui a été financé par les bonnes volontés de ses participant-e-s, et par les concerts de soutien qui ont été donnés par le gens qui figurent sur le disque et par leurs ami-e-s.
Il y a 2000 exemplaires, 1800 cds et 200 k7. Sur ces bouts de plastique, on entend 50 personnes en 22 morceaux pour une heure de musique. L’ensemble du disque a été enregistré du 8 au 14 juillet 2013 à Grenoble. La majorité des morceaux a été crée sur cette période, parfois quelques semaines avant, et est souvent le fruit des rencontres hasardeuses ou voulues des participant-e-s. Ces rencontres étaient voulues ouvertes (sans être publiques), ouvertes à plein de personnes ayant des cultures musicales différentes, des « musicien-ne-s » des « non musicien-ne-s » des « on s’en fout », des bidouilleurs/euses. Ce disque tente de sortir du circuit marchand non seulement par la gratuité, mais aussi par une remise en question de la culture et des hiérarchies « artistiques » qui sont au service du monde marchand. Les textes de présentation des 3 compiles précédentes sont , et on a aussi essayé d’expliquer notre démarche ici.

On trouve ce disque :
– à Grenoble au Lokal Autogéré (7 rue Pierre Dupont), à la BAF et au 102 lors des évènements
– à Lyon à la Luttine (92 rue Montesquieu)
– à Paris auprès de Et Mon Cul C’Est Du Tofu
– à Dijon auprès de Lady Barclay
– à Angers à L’Etincelle
– à Marseille au Seul Problème (rue Consolat)
– auprès des groupes en tournée (Revengers, La Peau et les Os, Gethen, Florence Mekouyenski, Angström, Ramasser ses miettes, Bojie Moï Orchestra, Marylin Rambo, Dumm, Louises Mitchels, Besoin Dead,…)
– etc. (« etc », ça veut dire que comme ce n’est pas un disque classique, avec un prix et tout, il va suivre des chemins improbables qu’on a du mal à déterminer vu d’ici. Mais on va essayer d’en faire parvenir dans des endroits militants et/ou contre-culturels dans différentes villes et campagnes).
– Bientôt téléchargeable ici, comme les 3 compilations précédentes.

Le disque est bien, la semaine d’enregistrement l’a été aussi, et c’est ça qui est important. La manière dont on fait les choses nous importe autant que le résultat final ; cette compile est un bel alliage des deux préoccupations.
Si l’initiative vous inspire, ne nous donnez pas d’argent. Proposez-nous des choses, ou faites les vôtres. Faites rebondir l’idée dans vos propres contrées. On l’a déjà dit : nous cherchons des complices, pas des consommateurs.
Pour que les disques punk cessent d’être un « marché ». Même pas cher, ou prix libre. Même DIY.
Pour que d’autres pratiques s’inventent. Dans la contre-culture et surtout ailleurs. Marre de cette société capitaliste.

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