Ouganda & Co.

Encourager les homos africains à l’exil?

par Antoine Gessling sur : 360°

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Une collecte de fonds lancée aux Etats-Unis pour aider les LGBTI persécutés à fuir leur pays crée la controverse.

De l’Ouganda au Nigeria, le durcissement des lois antigay en Afrique risque de pousser des milliers de personnes LGBT à s’exiler. Face à cette situation, une initiative a vu le jour en Californie. Travaillant auprès de demandeurs d’asile, une jeune avocate d’origine sud-africaine a mis en place un fonds de soutien aux Africains LGBTI persécutés désireux d’émigrer. Le «Rescue fund to help LGBT people escape Africa» a récolté près de 9000 dollars (6500 euros) en 3 semaines sur la plateforme de financement participatif Indiegogo. Il en attend 19’500 (14’000 euros) d’ici au 17 mars.

«Très jeune, j’ai pris conscience de l’Holocause et du phénomène des boucs-émissaires, ainsi que de l’importance pour les Juifs de la diaspora d’aider autrui à échapper à la persécution», explique Melanie Nathan, à l’origine du projet. Elle dispose d’une «liste de Schindler» (selon sa propre expression) de 30 cas «vérifiés» de personnes LGBTI persécutées en Ouganda, au Cameroun, au Nigeria et en Gambie, notamment. Pour motiver les donateurs, elle annonce une liste de récompenses pour les plus généreux: un drapeau sud-africain signé par la militante Edie Windsor ou des pièces commémoratives à l’effigie d’Elie Wiesel ou de Nelson Mandela. L’argent doit servir à financer la délivrance d’un passeport, d’un visa et l’achat d’un billet d’avion. Le projet est, en revanche, extrêmement vague quant à la destination et aux conditions d’accueil des réfugiés.

«Une question de vie ou de mort»
Difficile de rester insensible à cet appel. «Pour beaucoup, c’est une question de vie ou de mort», rappelle la jeune avocate. L’initiative suscite toutefois un certain malaise, ne serait-ce que par les parallèle suggéré entre les Justes qui ont sauvé des Juifs persécutés durant la Seconde guerre mondiale et la situation actuelle des minorités sexuelles en Afrique.

Dans un article republié par le site du quotidien britannique «The Guardian» jeudi, la bloggeuse sud-africaine Melanie Judge critique sévèrement l’initiative. «Certes, la fuite forcée des LGBTI exigera la mise en place de refuges. Mais la promotion d’une filière de l’Afrique vers les verts pâturages américains, sans s’attaquer aux conditions qui forcent cette migration, est dangereuse et opportuniste. Dissociée des combats menés en Afrique même pour la justice sociale, ces interventions pleines de bonnes intentions n’offrent aucune solution à long terme aux questions systémiques qui sont le moteurs de l’homophobie. Elles sont au mieux un palliatif condescendant – au pire, elles renforcent la victimisation des Africains et le statut des Occidentaux comme sauveurs.»

Au nom de l’africanité
A ce sujet, Melanie Judge est d’avis que le gouvernement sud-africain, jusqu’à présent très frileux malgré sa Constitution égalitaire en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre, doit prendre ses responsabilités et battre en brèche l’idée soutenue par de nombreux régimes que l’homosexualité est «anti-africaine». «L’Afrique du Sud, écrit-elle, devrait être en mesure de fournir un contre-récit à ceux qui professent les préjugés au nom de l’africanité.» Et de rappeler la prise de position claire de la Commission des droits de l’homme de Pretoria: «Vivre libre et d’aimer sans peur de la violence n’est pas une notion venant des pays occidentaux. La lutte pour ces libertés, comme pour d’autres, a été au cœur du combat pour la libération sur le continent africain.»

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