Je suis pansexuel, j’aime les hommes, les femmes, les trans, etc.

Christophe Madrolle | Artiste pansexuel

source: rue89


Christophe Madrolle (DR)

J’aime tout le monde. Je suis donc pansexuel.

Je fais partie de cette génération qui accepte mal qu’on lui impose des frontières ; géographiques, sociales ou plus intimes.

Au collège, je suis tombé amoureux de Sylviane, de Claire, d’Aymeric, de Marie, de Nicolas, d’Emilie et même de mon professeur d’histoire-géo. Et je ne suis sorti avec personne. Probablement trop moche, ou trop seul.

Making of

A la fin du mois de janvier, Christophe Madrolle nous a écrit un e-mail. Il voulait nous présenter « son nouveau clip, “Le Point G”. Un clip pour… les pansexuels. » Les « pan quoi ? » avons-nous demandé ? Christophe a accepté de nous éclairer, de nous raconter son histoire et sa perception de la sexualité. R.G.

Mais ce que je retiens de cette période, c’est que je n’ai jamais cherché à appartenir à une communauté. A savoir si j’étais gay, ou bi, ou hétéro. Je m’en fichais.

Les choses ont commencé à évoluer vers 17 ans, lors de mes premières embrassades avec Magalie. Et Joris ! J’ai enchaîné les histoires de cœur et les breaks sentimentaux pour savoir qui j’étais. J’aime les filles ? Oui ! J’aime les garçons ? Aussi ! Et tout un tas de questions : dois-je choisir ? Suis-je bi ? Ou juste homo ? Est-ce provisoire ? Est-ce normal ? Une torture mentale quand on ne sait pas.

Dire que j’étais bi ? L’idée ne me plaisait pas

Je me suis alors réfugié dans la musique et j’ai commencé à écrire. Cette recherche d’identité, ce mal-être a duré plusieurs années. Il s’exprimait plus ou moins par période. Ça allait mieux quand j’en parlais dans mes textes.

Quand on me demandait où je me situais sexuellement, je ne disais pas que j’étais bi. L’idée ne me plaisait pas, car cette catégorie me semblait exclure certaines personnes.

Je ne me suis pas autoproclamé pansexuel pour faire parler de moi. Il est vrai qu’il y a un an de cela, je ne savais même pas que ce terme existait. Je l’ai découvert par hasard sur Internet en participant à un forum de discussions sur la sexualité. Ce jour-là, j’ai été heureux. J’ai trouvé ce terme beau et je me suis intégralement reconnu là-dedans.

Le premier trans qui a fait battre mon cœur…

La pansexualité se traduit par une attirance sexuelle et sentimentale, sans considération pour le genre ou le sexe. C’est une définition standard. Mais c’est moi ça !

Le sexe de l’autre n’a pas d’importance, car j’ai du plaisir quel qu’il soit. Ce n’est pas parce qu’une femme n’est pas « 100% féminine » qu’elle ne m’attire pas, ce n’est pas parce qu’un homme n’est pas « 100% masculin » qu’il ne m’attire pas.

Je n’ai jamais couché avec quelqu’un qui a un sexe masculin et une poitrine de femme, mais ça ne me dérangerait pas. Je sais que beaucoup de gens seraient dégoûtés par cette idée, moi, au contraire, je trouve que cela peut-être excitant. Je ne me focalise pas là-dessus.

Il y aussi plein d’autres choses qui entrent en compte : le look, les idées, les goûts. Quand on est pansexuel, on prend surtout en compte la personnalité de celui ou celle que l’on rencontre.

Le premier transsexuel à avoir fait battre mon cœur s’appelait Fragile. Il animait des soirées karaoké sur Tours. Je lui ai chanté « Aimé déjà » de Lara Fabian, et il m’a regardé avec des yeux… qui en disaient long ! Il n’a jamais su qu’il m’avait séduit. Ça fait cinq ans.

On peut être pansexuel et fidèle

Depuis, je suis sorti avec d’autres. J’ai toujours admiré ce côté indompté que dégagent les transsexuels et les travestis. Ce sont souvent de vrais artistes affirmés, drôles, et avec du caractère. Et puis c’est courageux de faire ce choix. Si j’avais souhaité être une femme, je ne sais pas si j’aurais eu le courage d’aller jusqu’au bout de mon idée. Je suis très admiratif de ça.

Mon quotidien sentimental, c’est donc de me promener en regardant ceux qui attirent mon attention. Je me retourne sur une belle poitrine, de jolies fesses, un torse musclé, un regard aguicheur. Je passe des soirées à côtoyer les filles, les garçons, les travestis, les transsexuels.

Pour moi, le désir et l’excitation sont différents avec chacun, et ça va plus loin qu’une simple différence de pratique ou de pénétration. Du moment que la personne est séduisante, et que le feeling est là, c’est simple ! Tellement simple d’aimer tout le monde !

Etre pansexuel ne signifie pas pour autant que l’on s’autorise tout et n’importe quoi. On peut être pansexuel et vouloir être fidèle. Et ne pas tenir compte du sexe ne veut pas dire non plus qu’il n’y a aucune limite. L’âge par exemple.

Si tout le monde était pansexuel…

Aujourd’hui, je me sens fier d’être pansexuel ! Fier d’en parler et fier de l’être. Je me sens riche et inspiré. Il faut être mature pour assumer ça.

Je n’ai d’ailleurs pas fait de « coming out », je n’en ai pas eu besoin car tout le monde sait que je suis pansexuel. Mes amis ont écouté mes morceaux, ils ont vite compris. Les gens en parlent bien sûr, mais d’une manière assez réservée. Et j’apprécie.

Je ne suis pas militant ou prosélyte, mais si tout le monde était pansexuel, il y aurait moins de conflit. A être pansexuel, on devient compréhensif, conciliant car on apprend à harmoniser nos désirs avec nos partenaires. On devient donc le partenaire idéal et le parfait conjoint.

   
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