Envahi par la bougeotte depuis fin mai, début juin, je me suis baladé au coeur d’espaces queer en dehors de Belgique, à savoir Amsterdam, Grenoble, Marseille…

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Shiftcore

 

Après ma première expérience queer en zone non-franco-belge (quoiqu’en fait ce n’est pas tout à fait exact puisque j’en ai eu une au Pays de Galle il y a quelques années, mais ce n’était pas non plus la même approche de la notion de « queer », soit), j’ai expérimenté pour la première fois la non-mixité transpédégouine, à Grenoble. C’était à l’occasion des premières rencontres audiovisuelles transpédégouines « Shiftcore » qui s’y sont tenues du 17 au 24 juin 2013.

 

Les objectifs des personnes à l’initiative de Shiftcore étaient principalement de réunir des genTEs qui s’identifient comme « transpédégouines » pour produire, en une semaine, de l’audiovisuel sur un mode DIY tels que des films, des émissions radio, de la musique, des instruments, etc. Et aussi de passer de bons moments entre transpédégouines, refaire le monde, etc. Pour les incultes, le terme transpédégouine est utilisé pour marquer une certaine radicalité – voire une radicalité certaine – dans les cultures queer et pour s’affirmer en tant que trans/pédé/gouine dans les sphères à tendance DIY, anar, autogestionnaires, etc., à l’origine en réaction aux modes de vies normatifs souvent véhiculés dans la culture LGBT.

 

Les différents lieux d’activités étaient la BAF, le centre social autogéré de Grenoble, la Bifurk/le LAA, « friche culturelle, sportive et citoyenne », le 102, un lieu autogéré où se déroulent depuis des années toutes sortes d’activités, la Malaprise, un squat féministe/gouine, le Cap Berriat qui accueille toutes sortes d’associations grenobloises, le Lokal Autogéré, «lieu d’activité, de rencontres, de luttes, d’échange et de diffusion d’information», et peut-être que j’en oublie.

 

J’y ai été en compagne des copains bruxellois de Crête et Pâquerette, que les habituéEs de ce blog connaissent bien, en principe. Nous sommes arrivés en début de soirée. Manque de bol, nous étions à peine sortis de la voiture que nous étions d’ores et déjà conviés à l’assemblée générale d’ouverture des rencontres. D’un autre côté, ça nous a permis de nous mettre dans le bain directement et de nous sentir suffisamment concernés par ce qui allait nous attendre la semaine durant.

 

A la fin de l’assemblée, après avoir mangé un bout, pris l’apéro et fait connaissance avec quelques personnes sur place, les participantEs ont commencé à être dispatchéEs dans les différents lieux d’accueil pour le dodo. En ce qui nous concerne, nous étions logés à la Piscaille, un coquet squat sans doute expulsé depuis, avec un grand jardin, un hangar et des gens accueillants. Nous y sommes arrivés à une heure tardive, après avoir pris tous les sens interdits de la ville et grillé tous les feux rouges. Cela nous a aussi permis de constater l’absence quasi totale de vie la nuit du lundi à Grenoble.

 

Le lendemain, direction la Bifurk où un point info était organisé, pour que j’obtienne différentes informations qui me manquaient pour être un minimum autonome et un vélo. En effet, le Shiftcore a pu obtenir une cinquantaine de vélos pour les participantEs aux rencontre, et a organisé en conséquence un providentiel service de prêt, qui a permis à touTEs de pouvoir assez facilement se déplacer dans toute la ville et vaquer d’un lieu à l’autre. J’ai ainsi pu constater que Grenoble est une ville très vélo-friendly, avec peu de côtes et plein de « tourne-à-droite » aux feux rouges. Big up à ce système donc.

 

Ensuite, j’ai été voir à la BAF ce qui se passait, puisque c’est dans ce lieu que se trouvaient quelques tableaux où l’on pouvait s’inscrire pour faciliter le fonctionnement des rencontres. Et enfin, retour à la Bifurk pour commencer à tourner joyeusement le déjà célèbre clip de Crête et Pâquerette, « H.O.M.O », qu’une fois de plus on ne présente plus aux afficionados de QueerPunxBelgium. Le coup de la plage, vous y avez cru ? Eh bien c’était en fait une peinture murale située sur une sorte de plage artificielle de beach volley au sein même de la friche de la Bifurk. Une après-midi très fun, et un des rares moments où nous étions en majorité des pédés durant ces rencontres où il y avait tout de même une large majorité de gouines – ceci étant exprimé en toute sympathie, ne vous méprenez pas !

 

Puis, et ça allait être le cas tous les jours suivants, retour à la BAF vers 18h pour la « crisée » ou « criée » selon les interprétations. Durant toutes les rencontres, chacunE avait la possibilité de glisser, anonymement ou non, un mot dans une boite qui était lu chaque soir lors de cette crisée. Et enfin, direction la Malaprise pour le banquet vegan qui allait être le second rituel de chaque soir du Shiftcore.

 

En vrac, les jours suivants, j’ai, pour ma part, fait connaissance avec le Cap Berriat où était situé l’espace geek-MAO-montage son du Shiftcore, commencé à prendre du son pour l’enregistrement de l’émission DégenréEs consacrée au Shiftcore, monté les sons, un peu flâné aussi, tenté tant bien que mal de co-préparer un karaoké qui s’est finalement très bien fait tout seul, incrusté dans le tournage d’un court-métrage (après avoir joué le rôle d’un curé dans le clip des copains, j’ai joué le rôle du Maréchal Boutin qui donnait la réplique au Général La Gaule, faudrait que je songe à arrêter les fachos)… Un chouette moment de déconnexion de Shiftcore a été le concert des chéris de Taulard sur une place publique dans le contexte des fêtes de la musique. Au passage, je me suis même offert un atelier coiffure perso histoire de me refaire une petite santé capillaire bien méritée.

 

Samedi, c’était le jour de l’enregistrement de l’émission radio, qui, selon les personnes présentes, s’est bien passé, ce qui a été confirmé par les retours que j’ai eu de personnes qui ont écouté l’émission. Mission accomplie !

 

Enfin, le dimanche, c’était jour de début de rangement, puis l’assemblée de clôture des rencontres, puis une performance joyeusement sordide, et enfin la fête finale. Une fête bien comme il faut avec, en guise d’introduction, un premier visionnage public des productions Shiftcoriennes, suivi par un concert de l’indétrônable Infidel Castra, toujours les Crête et Pâquerette, et de la musique débile pour en finir avec tout ça. Le lendemain, départ rapide, avec une escale chez les pédales de Nancy.

 

Au final, ce furent de chouettes rencontres, de chouettes retrouvailles dans certains cas, et une dynamique assez enthousiasmante. Quelques regrets cependant : je n’ai pas réussi à me « caler » une après-midi pour participer à la préparation de la nourriture du soir, et vu la disparité des lieux d’activités, malgré les vélos, il me semblait difficile d’avoir une vue d’ensemble de ce qui se passait et de rencontrer de la sorte touTEs les participantEs. Cela dit, c’était une excellente opportunité de découvrir la vie alternative de Grenoble, que l’on me recommande depuis 2008. Et surtout, cela a plus que probablement contribué au développement d’une culture transpédégouine qui lui est propre, et à faire proliférer des espaces « safe » où l’on peut se retrouver sans risquer d’être confronté à la domination hétéro-patriarcale qui se retrouve presque partout ailleurs.

 

Lors de l’assemblée de clôture, deux villes se sont pressenties pour que s’y déroulent les prochaines rencontres Shiftcore : Toulouse et… Bruxelles ! Si vous êtes transpédégouines et intéresséEs à participer, n’hésitez pas à contacter la team, et si vous voulez que ça se fasse à Bruxelles, faites-le savoir haut et fort !

 

Vous pouvez contacter la mystérieuse entité shiftcore sur contact at shiftcore point org .

Et en attendant, vous pouvez consulter les productions déjà en ligne sur la web TV du Shiftcore.

 

 

Au prochain épisode, direction Marseille où nous blablaterons sur l’Eurocrade, médirons sur l’Europride et cancanerons sur les UEEH.

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