Par Cédric Douzant vendredi 23 septembre 2011

 

INTERVIEW. C’est aujourd’hui la Journée internationale de la bisexualité. A cette occasion, TÊTU a interrogé deux représentants de l’association Bi’Cause, la seule association française dédiée à la visibilité de cette orientation sexuelle.

Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de la bisexualité, créée en 1999 et célébrée pour la 3e fois en France. A la manœuvre: la seule association bi française, Bi’cause. Rencontre avec sa présidente, Nelly Ambert, et Jann Halexander, membre de son conseil administratif, pour qui la situation des bis reste souvent niée.

TÊTU: Quel est l’objectif de la Journée internationale de la bisexualité?
Jann Halexander:
Nous sommes bisexuels tous les jours mais cette journée nous donne de la visibilité. Elle rappelle que l’on existe, qu’il n’y a pas que les hétéros et les homos, et que les identités peuvent être complexes.
Nelly Ambert: Ce n’est pas une fête de la bisexualité mais un véritable marqueur idéologique, qui nous donne l’occasion de faire un état des lieux des droits et de la reconnaissance des bisexuels en France. Cette année, nous avons choisi d’axer la journée sur le thème de la biphobie. Nous entendons de nombreux témoignages d’insultes, de mépris, de réflexions qui nient notre identité, mais la biphobie est peu prise en compte.

Avez-vous le sentiment qu’elle l’est moins que l’homophobie? Quelles sont vos relations avec les autres associations LGBT?
J.H.:
Le problème est que de nombreuses victimes de biphobie n’osent pas témoigner ou appeler les associations de lutte contre l’homophobie. A tort, elles ne se sentent pas légitimes pour le faire et se disent que le témoignage d’un bi ne sera pas pris en compte. Et il a déjà pu m’arriver, dans des assocs LGBT de province, d’être le seul bi et de ressentir que je n’y avais pas forcément ma place.
N.A.: D’un point de vue institutionnel, nos relations avec les autres assoces sont excellentes. Nous sommes accueillis chaque année à la gay pride et n’avons jamais entendu aucun commentaire négatif. Mais dans l’ensemble de la société, la biphobie reste très niée.

«L’année prochaine étant une année bissextile, nous allons éditer un calendrier spécial!» Comment se traduit cette biphobie? Les garçons et les filles bi sont-ils confrontés au même type de remarques?
N.A.:
La biphobie recouvre beaucoup de choses et témoigne avant tout d’une grande méconnaissance et de nombreux fantasmes. La bisexualité n’est pas reconnue comme une identité valable, ni même possible, et des homos peuvent nous dire de nous assumer et de sortir du placard. Pour beaucoup de gens, les bi sont infidèles, inconstants. Ils ne savent ni choisir ni s’engager, et on rencontre encore souvent, dans les annonces, «bi s’abstenir». Pour les mecs hétéros, les filles bi deviennent vite un objet de fantasme sexuel. Ils pensent tout de suite à des plans à trois, se disent que l’on doit beaucoup aimer le sexe, c’est très agressif. Les femmes, elles, nous perçoivent comme des prédatrices. La bisexualité est souvent réduite à une orgie de sexe.
J.H.: Face aux bi, les hétéros sont souvent partagés entre fantasme et mépris. Certains sont admiratifs que je puisse passer d’un corps à l’autre, mais d’autres sont très intolérants et ne le supportent pas. Dans une entreprise où j’ai travaillé, quelques-uns ne m’ont plus adressé la parole dès qu’ils ont su que j’étais bi.

Quelles actions envisagez-vous pour lutter contre la biphobie?
N.A.:
Nous essayons de mettre en place un comité de travail commun avec SOS homophobie. Nous aimerions également créer des antennes de Bi’Cause en province et un dispositif d’accueil et d’écoute destiné aux bisexuels. Nous voulons par ailleurs améliorer la visibilité des bi. L’année prochaine étant une année bissextile, nous allons éditer un calendrier spécial! Enfin, nous souhaitons rédiger un livret d’aide pour donner des éléments de réponse face aux réflexions les plus fréquentes. On en profite pour lancer un appel: tous ceux qui ont des idées peuvent venir nous rejoindre!

Bi’Cause organise ce soir au sous-sol du Banana Café une soirée spéciale, avec des débats suivis d’une fête.
Entrée libre à partir de 20h, 13 rue de la Ferronnerie, 75001.

Photos: Cédric Douzant.

 

 

Bisexualité (mot formé du préfixe bi (deux) et de « sexualité »1, sur le modèle de homosexualité et hétérosexualité) désigne l’attirance sexuelle et sentimentale pour les deux sexes, soit simultanément soit alternativement.

Origines du mot

En biologie

À l’origine, le terme s’appliquait à la biologie ; puis il a pris le sens d’une prédisposition biopsychologique à la fois féminine et masculine propre à tout être humain. Cette prédisposition n’augure en rien des conduites sexuelles à proprement parler. Il ne faut pas la confondre avec l’androgynie, c’est-à-dire un être humain dont l’apparence ne permet pas de décider à quel sexe il appartient. Quand une personne est physiquement porteuse des deux sexes, on parle plutôt d’hermaphrodite.

En psychanalyse

On distingue la bisexualité comme comportement de la « bisexualité psychique » théorisée notamment par Wilhelm Fliess et Sigmund Freud qui serait le fondement psychique inconscient de tout être humain. Selon Freud dans Trois essais sur la théorie sexuelle. Les bisexuel(le)s peuvent avoir des relations simultanées avec les partenaires de sexe masculin et féminin, pratiquer la monogamie en série avec des partenaires de l’un ou l’autre sexe, avoir des relations de plus ou moins de longue durée avec des partenaires d’un seul sexe ou pratiquer la chasteté. La bisexualité se réfère aux désirs et au concept de soi, pas nécessairement au comportement.

Orientation sexuelle ou comportement

Dans son sens actuel, il désigne les conduites et l’attirance sexuelle ou sentimentale pour des personnes de sexe féminin et masculin, soit simultanément soit alternativement. La bisexualité agie est une orientation sexuelle caractérisée par l’amour ou le désir sexuel pour les membres des deux sexes, distincte de l’homosexualité et de l’hétérosexualité (qui sont des monosexualités), de la pansexualité ou l’omnisexualité (qui sont comme la bisexualité des polysexualités) ou encore de l’asexualité.

Fondement et prédominance de la bisexualité

Article principal : Comportement érotique.

Pour quelles raisons existe-t-il des activités bisexuelles chez les hominidés ?

Dans les années 2000, les recherches en neurosciences ont montré que les êtres humains stimulent leurs zones érogènes car cela procure des récompenses / renforcements dans le cerveau2. Ces récompenses, en particulier l’orgasme, sont perçues au niveau de la conscience comme des sensations de plaisirs érotiques et de jouissances. En simplifiant, l’être humain recherche les activités sexuelles car elles procurent des plaisirs érotiques intenses.

Chez l’être humain (et le chimpanzé, le bonobo, l’orang outan et le dauphin), le comportement sexuel n’est plus un comportement de reproduction, mais devient un comportement érotique3. Au cours de l’évolution, l’importance et l’influence des hormones4 et des phéromones5,6 sur le comportement sexuel a diminué. Au contraire, l’importance des récompenses est devenue majeure2. Chez l’être humain, le but du comportement sexuel n’est plus le coït vaginal mais la recherche des plaisirs érotiques, procurés par la stimulation du corps et des zones érogènes7.

Pour ces raisons, on observe que quasiment tous les primates ont des activités bisexuelles8,9, en particulier les chimpanzés Pan paniscus (bonobo)10, que dans les sociétés sexuellement libérales les enfants et les adolescents ont des activités bisexuelles11,12,13, et qu’apparemment il existait dans toutes les sociétés anciennes de guerriers, avant l’avènement des religions actuelles qui sont peu favorables à la sexualité, des pratiques bisexuelles généralisées14. L’influence majeure du contexte culturel dans l’orientation sexuelle est bien mise en évidence par exemple dans la société Grecque de l’Antiquité, où la femme avait une position inférieure à l’homme. L’amour le plus désirable, l’« amour céleste », était homosexuel15,16. L’hétérosexualité était dévalorisée, les épouses servant à avoir une descendance légitime et une gardienne fidèle au foyer17.

Toutes ces données suggèrent qu’il existe une tendance significative à la bisexualité chez l’être humain.

Alors pour quelles raisons la bisexualité n’est-elle pas généralisée dans les sociétés occidentales actuelles ?

Il faut prendre en compte en Occident la grande valorisation culturelle du couple hétérosexuel, une très forte homophobie18, et surtout un très fort monosexualisme expliquant d’une part le fait que les bisexuels sont souvent rejetés par les hétérosexuels et également par les homosexuels (voyez à Biphobie), et d’autre part que la bisexualité n’existe pas au niveau des pratiques et des valeurs culturelles19, et qu’il est donc extrêmement difficile de vivre de manière bisexuelle20. Néanmoins, malgré la biphobie, l’homophobie et l’hétérophobie, on observe quand même qu’entre un tiers et la moitié des personnes occidentales ont eu au moins une expérience bisexuelle21, mais que vraisemblablement la plupart des personnes, en raison de toutes les difficultés et pressions psychologiques exposées précédemment, se conforment aux pratiques et aux valeurs dominantes.

Pour toutes ces raisons, la bisexualité est biologiquement normale et ne peut être considérée comme un acte contre-nature, une maladie ou un trouble psychologique. Chez l’être humain, le but du comportement érotique est la recherche des plaisirs sexuels, nouveaux, variés et intenses, « peu importe le sexe ou le genre du ou des partenaire(s) »22.

Échelle de Kinsey

Score Explication
0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le)
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)

La bisexualité dans l’Histoire

Il est important de garder à l’esprit que les termes d’hétérosexualité, d’homosexualité, de bisexualité et généralement d’orientation sexuelle correspondent à des constructions sociologiques modernes qui ne sont pas forcément adaptées dans ces contextes historiques, puisque les sociétés anciennes ne réfléchissaient pas dans les mêmes termes que nous et n’utilisaient pas notre catégorisation actuelle des orientations sexuelles. Il n’est cependant pas absurde de supposer que, de tout temps, il a existé des personnes éprouvant des attirances que nous appellerions aujourd’hui hétérosexuelles, homosexuelles ou bisexuelles, mais ces attirances ne s’inscrivaient pas dans les mêmes cadres sociaux (libertés, contraintes, modes de sociabilité, etc.) et ne prenaient donc pas les mêmes formes.

Si l’on tente d’observer les comportements bisexuels et leur acceptation ou leur rejet dans les différentes sociétés à travers l’Histoire, il apparaît que la bisexualité a une histoire universelle, selon la plupart des sources historiques et littéraires. Dans la plupart des sociétés connues, les gens ont montré des degrés variables de bisexualité, et ce sans que ce comportement ait été jugé anormal. La plupart des relations bisexuelles étaient attachées soit à une période de la vie (comme pour le shudo dans le Japon pré-moderne), soit à un troisième genre (comme pour les Deux-Esprits nord-amérindiens ou les bacchás d’Asie centrale). Ce sont plutôt les comportements hétérosexuels et homosexuels masculins, bien qu’également présents, qui semblent constituer des exceptions partout, sauf dans les sociétés influencées par les religions abrahamiques (judaïsme, islam et certaines églises du christianisme), où les comportements bisexuels et homosexuels sont fortement réprimés et l’hétérosexualité encouragée. La majeure partie de ce que l’on appelle homosexualité dans les cultures anciennes est en fait une forme de bisexualité, dans la mesure où les pratiques et relations homosexuelles sont très rarement conçues comme excluant toute relation hétérosexuelle (au contraire de la catégorisation actuelle, dans laquelle une personne homosexuelle est attirée exclusivement par les personnes du même sexe).

L’histoire de la bisexualité féminine est plus difficile à établir, dans la mesure où les sociétés les mieux connues étaient généralement patriarcales et où les sources diverses nous renseignent plutôt sur les relations entre hommes.

Dans la Grèce antique, il semble que les hommes avaient successivement des comportements majoritairement hétérosexuels, et de temps en temps homosexuels et bisexuels. L’homosexualité était associée à l’adolescence, suivie par une phase de bisexualité caractérisée par des relations pédérastiques, puis l’homme adulte se mariait, enfantait et adoptait un comportement principalement hétérosexuel. La Rome antique, la Chine et le Japon connaissent également des modèles de comportement similaires[réf. nécessaire]. Le cas le plus célèbre est sans nul doute celui d’Alexandre le Grand qui a eu beaucoup de femmes, mais entretenait aussi des relations avec au moins deux hommes, dont son ami proche Héphaestion. Mais les comportements bisexuels étaient également courants chez les empereurs romains et chinois, ou encore chez les shogun japonais.

Grèce antique

En Grèce antique, la pratique de la pédérastie s’inscrit dans une conception de la vie sentimentale et sexuelle qui tient d’une bisexualité successive23. Dans un premier temps, à partir de la puberté, le jeune homme est en âge d’être courtisé par des hommes d’âge mûr, et de lier avec l’un d’eux une relation pédérastique dans laquelle il est l’éromène (« l’aimé »). Ce type de relation n’empêche nullement le jeune homme de commencer à être également attiré par des jeunes gens de son âge, qu’il s’agisse de jeunes garçons ou de jeunes filles. Lorsque le jeune homme achève sa puberté, et qu’il commence à avoir de la barbe, il est tenu d’abandonner progressivement son rôle d’éromène, et songe à se marier. Une fois adulte, l’homme mûr peut avoir des relations homosexuelles, mais cette fois en tant qu’éraste (« amant »), avec des hommes plus jeunes qu’il courtise comme lui-même a été courtisé pendant son adolescence.

Le modèle social fait donc coïncider les âges de la vie avec des rôles différents dans la relation. L’homme adulte a le droit d’avoir des relations homosexuelles avec des jeunes gens, tant qu’il les courtise dans les règles, mais il est mal vu d’en venir à dédaigner toute relation avec les femmes : l’homosexualité telle qu’on la conçoit de nos jours, c’est-à-dire une attirance entièrement tournée vers les personnes du même sexe, n’était donc pas acceptée. De plus, s’il est normal pour un jeune homme d’être passif dans la relation, un homme adulte doit tenir le rôle actif : il était parfois mal vu qu’un adulte continue à tenir un rôle passif dans une relation.

Les formes de ce type de relation, et leur admission ou leur rejet par la société, sont très variables selon les cités grecques et selon les auteurs qui abordent le sujet. Ainsi Platon défend-il une conception entièrement éducative de la relation pédérastique, en en rejetant la composante sexuelle. Il faut garder une certaine distance envers ces textes, puisqu’il est très possible que certains auteurs aient tenté de minimiser cet aspect ou au contraire de l’exalter. Les sources montrent en tout cas clairement l’existence de ces relations, qu’il s’agisse des relations très codifiées de la pédérastie ou au contraire de la prostitution.

Quoi qu’il en soit, les amours homosexuels comme hétérosexuels sont abondamment évoquées par les arts grecs antiques, aussi bien la céramique que la littérature. Un thème répandu est la comparaison de l’amour des filles et de l’amour des garçons, que l’on trouve dans le Dialogue sur l’amour de Plutarque24, dans les Amours du pseudo-Lucien ou encore dans le roman grec Leucippé et Clitophon d’Achille Tatius25.

Plutarque affirme que « celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes, au lieu de supposer que les hommes et les femmes diffèrent sous le rapport de l’amour comme sous celui du vêtement »[réf. nécessaire].

La bisexualité féminine est moins bien documentée. La poétesse Sappho, connue pour ses amours lesbiennes, évoque en réalité dans ses poèmes des attirances pour des personnes des deux sexes (que ces attirances soient ou non autobiographiques). On trouve également l’évocation de relations entre femmes dans certaines séquences des Dialogues des courtisanes (attribués à Lucien).

Rome

La bisexualité est l’orientation sexuelle « normale » chez les Romains26,27. Leur règle de comportement moral suppose qu’un homme libre doit être actif, c’est-à-dire être celui qui pénètre : la passivité chez un citoyen libre est infamante, et fait perdre tout honneur à celui qui s’est fait pénétrer.

En conséquence, on ne peut pénétrer, en dehors de sa femme, aucune femme libre, célibataire ou mariée, et aucun homme libre : si deux hommes libres ont des rapports, l’homme passif est, en théorie, sévèrement puni. Si un adulte a des rapports avec un jeune citoyen non pubère, il est également puni. Les esclaves et tous ceux qui ne sont pas romains, hommes et femmes, enfants, adolescents ou adultes, sont à la disposition de leurs maîtres. Le philosophe Sénèque résume ce principe en ces termes : « La passivité sexuelle chez un homme libre est un crime, chez un esclave, une obligation, chez l’affranchi, un service27 ». Ainsi l’orateur Cicéron a une femme (et un fils), mais lui préfère les charmes de son jeune esclave-secrétaire favori27.

Japon

Article détaillé : Shūdō.
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Shūdō: un homme homosexuel embrasse une femme, alors qu’il couvre les yeux de son compagnon.

La bisexualité dans la culture occidentale

Les homosexuels ont parfois adopté l’étiquette « bisexuel(le) » de façon à garder le privilège de l’hétérosexualité. En découle l’idée reçue que tous ceux qui s’identifient comme bisexuel(le)s sont en réalité des gays ou lesbiennes ayant peur de l’admettre. Cette idée fausse explique cependant un des adages de la culture gay : « Bi maintenant, gay plus tard ».

Beaucoup de bisexuels ne se sentent de véritable place ni dans la communauté gaie ni dans le monde hétérosexuel. Parce qu’ils ont tendance à rester invisibles au public (vivant sans attirer de l’attention des sociétés homosexuelles et hétérosexuelles). C’est plus tard qu’est née la communauté bisexuelle.

« Biphobie » est un néologisme28 caractérisant une personne pensant que la bisexualité n’existe pas, ayant de nombreux préjugés contre ces personnes, c’est-à-dire croyant qu’on ne peut être qu’hétérosexuel ou homosexuel, ou possédant des clichés défavorables sur la bisexualité, comme par exemple le fait qu’être bisexuel rendrait infidèle ou instable.

Le modèle binaire, monosexualiste, qui ne reconnaît que l’hétérosexualité et l’homosexualité reste encore prépondérant, malgré les pratiques de facto bisexuelles de nombreux adultes dits hétérosexuels ou homosexuels mises en évidence par des études comme les rapports Kinsey29.

Plus récemment, une étude menée par Lisa M. Diamond, chercheuse en psychologie à l’université d’Utah aux États-Unis, qui a suivi un groupe de 79 femmes non hétérosexuelles pendant dix ans30, a montré l’existence d’une orientation bisexuelle pérenne chez les femmes, la pérennité de l’orientation bisexuelle (92%) sur dix ans étant supérieure à celle de l’orientation lesbienne (66 %).

La bisexualité en France

Lors d’une enquête sur l’orientation sexuelle en France menée par l’IFOP début 201131, 3% des personnes interrogées se déclaraient bisexuelles. Extrapolé à l’échelle du pays, ce pourcentage donne environ 1,48 millions de personnes bisexuelles en France31. Parmi les personnes qui se déclarent bi ou homos, l’enquête constate une légère surreprésentation des hommes sur les femmes, ainsi qu’une légère surreprésentation des personnes âgées de moins de 50 ans, peut-être en raison de la libération des mœurs après 196031. Il n’y a en revanche aucune différence entre les bisexuels, les hétérosexuels et les homosexuels en termes de répartition géographique ou de milieu social31. Les bisexuels sont légèrement plus nombreux que les homosexuels à vivre en couple (55% contre 46%) ; ils sont aussi plus nombreux à avoir des enfants à la maison (24% contre 14%)31.

Symboles bisexuels

Le drapeau de la fierté bisexuelle

Le drapeau de la fierté bisexuelle créé par Michael Page en 1998.

Pour plus de visibilité et pour créer un symbole pour le rassemblement de la communauté bisexuelle, Michael Page a créé le drapeau de la fierté bisexuelle en 1998, sur le modèle du drapeau arc-en-ciel, afin d’accroître la visibilité des bisexuels au sein de la communauté LGBT.

Le drapeau bisexuel a une raie rose en haut pour l’homosexualité, une raie bleue en bas pour l’hétérosexualité et violette au milieu pour représenter la bisexualité, le violet étant la combinaison du rouge et du bleu. Cette dernière est plus petite que les autres, figurant ainsi la non-visibilité des bisexuel(le)s dans la société.

Autres symboles

Le « double croissant » bisexuel représente deux lunes opposées et tangentes en un point. Utilisé essentiellement en Allemagne, il a été conçu en 1998 par Vivian Wagner avec l’assistance d’une équipe, afin d’offrir un autre symbole que le triangle rose, peu apprécié à cause de son lien avec la déportation des homosexuels sous le régime nazi 32.

Journée de la bisexualité

Article détaillé : Journée de la Bisexualité.

La journée de la Bisexualité a été créée en 1999. Elle est célébrée le 23 septembre par les bisexuels du monde entier à chaque année. Elle donne lieu à diverses initiatives militantes de communication auprès du grand public et de lutte contre la biphobie.

Représentations de la bisexualité dans les arts

Cinéma : filmographie chronologique

Théâtre

Littérature

BD et mangas

Musique et chanson

Séries télévisées

  • Plus belle la vie (à partir de 2004) : dans la saison 4, Céline Frémont découvre qu’elle est bisexuelle.
  • Doctor Who : la deuxième série, lancée en 2005, aborde régulièrement des thèmes LGBT et laisse entendre la bisexualité de plusieurs personnages. Le personnage de Jack Harkness (John Barrowman), qui joue également dans la série dérivée Torchwood, est même défini comme « omnisexuel » (il a des relations aussi bien avec des humains qu’avec des extra-terrestres de diverses espèces)40.

Web-séries

Rose By Any Other Name, une web-série réalisée par Kyle Schickner pour FenceSitter Films et lancée en 2009, a pour personnage principal une femme qui s’identifie d’abord comme lesbienne, puis se découvre bisexuelle lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme41.

Notes et références

  1. Étymologie sur le site du Trésor de la langue française informatisé [archive]. Page consultée le 10 octobre 2010.
  2. a et b (en) AGMO Anders Functional and dysfunctional sexual behavior [archive] Elsevier 2007.
  3. Les distinctions entre comportement sexuel, comportement de reproduction et comportement érotique sont expliquées dans les articles Comportement érotique et Comportement de reproduction. Ces expressions ont été proposées par les auteurs Martin Johnson et Barry Everitt dans leur ouvrage Reproduction (De Boeck Université 2001), afin de tenir compte des différences comportementales et neurobiologiques du comportement sexuel entre les espèces. L’ouvrage qui présente le plus de vérifications expérimentales de cette distinction est Functional and dysfunctional sexual behavior [archive] du neurobiologiste Anders Agmo.
  4. BUVAT J. : Hormones et comportement sexuel de l’Homme : données physiologiques et physiopathologiques, Contracept. Fertil. Sex., 24/10:767-778, 1996
  5. ZHANG J. , WEBB D. M. Evolutionary deterioration of the vomeronasal pheromone transduction pathway in catarrhine primates, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 100(14):8337-8341, 2003
  6. FOIDART A. , LEGROS J.J. , BALTHAZART J. : Les phéromones humaines : vestige animal ou réalité non reconnue, Revue médicale de Liège, 49/12:662-680, 1994
  7. (fr) WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [pdf] [archive] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.
  8. WALLEN K. , PARSONS W. A. Sexual behavior in same-sexed nonhuman primates: is it relevant to understanding human homosexuality? Annu. Rev. Sex Res., 8:195-223, 1997
  9. BAGEMIHL Bruce : Biological exuberance, St Martin Press, New York, 2000
  10. DE WAAL Frans : De la réconciliation chez les primates, Flammarion 1992
  11. FORD Clellan S. , BEACH Frank A. : Patterns of sexual behavior, Methuen & Co, London, 1965
  12. MALINOWSKI Bronislaw : La Vie Sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie, Petite bibliothèque Payot 1970
  13. DIAMOND M. Sexual behavior in pre contact Hawai’i : a sexological ethnography, Re vista Española del Pacifico, 16:37-58, 2004
  14. SERGENT Bernard : L’homosexualité initiatique dans l’Europe ancienne, Payot 1986
  15. Le banquet, Platon, Flammarion, réédition 2001
  16. De l’Amour, Plutarque, Flammarion, réédition 2005
  17. VEYNE Paul. Sexe et pouvoir à Rome, Tallandier, 2005.
  18. BAGLEY C., TREMBLAY P. Elevated rates of suicidal behavior in gay, lesbian, and bisexual youth, Crisis, 21(3):111-117, 2000
  19. RODRIGUEZ-RUST Paula C. Bisexuality : the state of the union, Annual Review of Sex Research, 13:180-240, 2002
  20. EVANS Terry. Bisexuality : negotiating lives between two cultures, Journal of bisexuality, 3(2):91-108, 2003
  21. KINSEY Alfred C., POMEROY Wardell B., MARTIN Clyde E. Le comportement sexuel de l’homme, Rayonnement de la pensée, 1948
  22. Philippe Brenot, Serge Wunsch, Neurobiology of pleasure, Sexologies, 13(50):17-27, 2004
  23. Le terme de bisexualité est employé par Eva Cantarella, Selon la nature, l’usage et la loi : la bisexualité dans le monde antique, La Découverte, 1991, qui justifie dans son Introduction l’emploi de ce terme contemporain à propos des sociétés antiques.
  24. Dialogue sur l’amour (Erotikos), 750 sq.
  25. À la fin du livre II.
  26. Sur le sujet, voir Eva Cantarella, Selon la nature, l’usage et la loi : la bisexualité dans le monde antique, La Découverte, 1991, et Pascal Quignard, Le Sexe et l’effroi. Gallimard, 1994
  27. a, b et c Homosexualité : l’Antiquité grecque et romaine [archive] – Sexodoc
  28. Il figure notamment dans le Dictionnaire de l’homophobie dirigé par Louis-Georges Tin (PUF, 2003).
  29. Article « Sommes-nous tous bisexuels ? » de Laurence Lemoine sur le site Psychologies.com, octobre 2002 [archive]. Page consultée le 6 novembre 2010.
  30. Lisa M. Diamond, « Female bisexuality from adolescence to adulthood: Results from a 10-year longitudinal study », Developmental Psychology, vol. 44 (1), janvier 2008, p. 5-14. Résumé en anglais sur le site de l’American Psychological Association [archive].
  31. a, b, c, d et e « Une enquête exclusive répond enfin à la question : qui sont les homos français? », article de Paul Parant sur tetu.com le 24 juin 2011 [archive]. Page consultée le 24 juin 2011.
  32. (en) « Gay Symbols 5 », article par Matt & Andrej Koymasky sur leur site personnel [archive].
  33. Représentations au Petit Gymnase, Paris, du 18/09/2007 au 31/12/2007.
  34. La chanson exprime les doutes d’une femme dont le mari, après des années de mariage heureux, semble soudain troublé par un homme : « Quand nous faisons l’amour / Dis-moi à qui tu penses / Il y a sous nos caresses / Des points de suspension / Dieu que tu as changé / Depuis qu’il vient chez nous / Toi l’invulnérable et tendre / Qui ne jurait que par moi / Parfois j’ai peur de comprendre / Se qui se révèle en toi ».
  35. Le thème principal de la chanson est l’ambiguïté de genre, puisqu’il est question de garçons habillés de façon féminine et vice-versa, mais le refrain inclut la phrase : « et j’aime cette fille aux cheveux longs / et ce garçon qui pourrait dire non. »
  36. Les paroles commencent par A pretty girl in her underwear / If there’s anything better in this world who cares (« Une jolie fille en sous-vêtements / S’il y a quelque chose de mieux au monde, qui s’en soucie ? ») et se poursuivent par A pretty boy in his underwear / If there’s a better reason to jump for joy who cares (« Un joli garçon en sous-vêtements / S’il y a une meilleure raison de bondir vers le plaisir, qui s’en soucie ? »).
  37. Ysa Ferrer a écrit la chanson en hommage à la communauté bi, comme elle l’explique dans une interview sur le site Cité Gay le 1er février 2008 [archive] : « Tof : Pourquoi as-tu voulu parler de ce sujet là en particulier ? – Ysa Ferrer : Je trouve qu’en France on est vraiment très loin du top de la tolérance et quand je vais sur des sites où on parle de Bi, je m’aperçois que c’est un sujet encore totalement tabou chez les gens. A mon sens c’est vraiment LA communauté qui est le moins représentée. Et j’ai été particulièrement sensible au fait qu’ils parlent d’eux-mêmes comme étant « le peuple de l’Invisible » . Je trouve ça monstrueux de vivre comme ça ! Apparemment aujourd’hui on peut être homo ou lesbienne, mais les bi n’ont pas le droit d’exister. »
  38. Katy Perry a indiqué que cette chanson lui avait été inspirée par ses attirances pour des femmes, mais elle ne se définit pas comme lesbienne : (en)« Katy Perry: The New Gay Interview », 10 juin 2008, sur le site de culture LGBT The New Gay [archive].
  39. (en) Lady Gaga admits her hit song ‘Poker Face’ is about her bisexuality [archive]
  40. « Going to the obvious, he’s — in terms of wording from this day and age — he’s bisexual, but in the realm of the show, we call him omnisexual, because on the show, [the characters] also have sex with aliens who take human form, and sex with male-male, women-women, all sorts of combinations. », interview de Russell T. Davies dans « Spike from ‘Buffy’ and ‘Torchwood’s Captain Jack Harkness – Yowza! », article de Maureen Ryan sur le blog The Watcher du Chicago Tribune le 14 juillet 2007 [archive]. Page consultée le 28 mai 2011.
  41. (en) Letter From Out Bisexual Director Kyle Schickner of FenceSitter Films about new Web TV Series Rose By Any Other Name, blog Binet USA News and Opinions, 18 octobre 2009. [archive]

Annexes

Bibliographie

Sur la bisexualité aujourd’hui

  • (fr) Coll. (Jean-Bertrand Pontalis dir.), Bisexualité et différence des sexes, Gallimard (Folio Essais no 359), 2000 (ISBN 2070411869)
  • (en) Coll. (D. Hall et M. Pramaggiore, dir.), Representing Bisexuality, Subjects and Cultures of Fluid Desire, New York, New York University Press, 1996.
  • (en) Coll. (BI Academic Intervention), The Bisexual Imaginary: Representation, Identity and Desire, Londres et Washington, Cassel, 1997.
  • (en) Coll. (Jonathan Alexander, dir.), Bisexuality and Transgenderism: Intersexions of the Others, New York, Harrington Park Press, 2004.
  • (en) Coll. (Jonathan Alexander, dir.), Journal of Bisexuality, publication académique de l’American Institute of Bisexuality (4 numéros par an), Routledge, 2000-aujourd’hui.
  • (fr) Christian David, Bisexualité psychique, Payot-poche, 1992 (ISBN 2228883999)
  • (fr) Samuel Demers, Polyvalente Hyacinthe, Delorme, 2007.
  • (fr) Catherie Deschamps, Bisexualité et bisexuels. De l’invisibilité à l’idéologie de la diversité : histoire d’un rapport ambivalent à la domination, doctorat d’anthropologie sociale, Paris, EHESS et ENS, 1999.
  • (fr) Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, une socio-anthropologie de l’invisible, Balland Modernes, 2002 (Livre tiré de la thèse de doctorat de l’auteure).
  • (fr) Pierre Des Esseintes, Osez… la bisexualité, Édition La Musardine 2006.
  • (en) Edith A. Firestein (dir.), Becoming Visible. Counseling Bisexuals Across the Lifespan, New York-Chihester, Columbia University Press, 2007.
  • (fr) Jean-Luc Hennig, Bi, Gallimard, 1996.
  • (fr) Rommel Mendes-Leité, Bisexualité, le dernier tabou, Calman-lévy, 1996.
  • (fr) Karl Mengel, Pour et contre la bisexualité, éd. La Musardine, coll., L’attrape corps, 2009.
  • (fr) Régis Revenin, « Hétérosexualité ? Homosexualité ? Mouvance des identités et des pratiques sexuelles chez les adolescents masculins dans la France des Trente Glorieuses », dans Catherine Deschamps, Laurent Gaissad et Christelle Taraud (dir.), Hétéros : discours, lieux, pratiques, Paris, Éditions EPEL, 2009, p. 193-204.
  • (fr) Charlotte Wolff, Bisexualité, Stock, 1977.

Sur la bisexualité dans l’histoire

  • (en) Steven Angelides, A History of Bisexuality, Chicago, University of Chicago Press, 2001.
  • (fr) Claude Aron, La bisexualité et l’ordre de la nature, Odile Jacob, 1996.
  • (fr) Eva Cantarella, Selon la nature, l’usage et la loi : La Bisexualité dans le monde antique, La Découverte, 1991.
  • (fr) Marie Delcourt, Hermaphrodite : mythes et rites de la bisexualité dans l’antiquité, PUF 1958.
  • (fr) Michel Larivière, Homosexuels et bisexuels célèbres, Delétraz Editions, 1997.

Documentaires télévisuels

Émission de radio

  • (fr) « Tous bi ? » sujet de l’émission « Et si c’était ça le bonheur ? », Faustine Bollaert, diffusée sur Europe 1 le 2 octobre 2009.

Articles connexes]

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